16 décembre 2012

Non au racisme ANTI-GOY !

Non au racisme ANTI-GOY !

Alain Soral

Commentaires

Racisme anti-blanc : négation universitaire du phénomène

Contrepoints, le 16 décembre 2012

Quelle est la réalité du racisme anti-blanc ? Est-il aussi grave que le racisme pratiqué par les blancs et défini par certains universitaires comme un système de domination à l’encontre des minorités ?

En utilisant récemment l’expression « racisme anti-blanc », Jean-François Copé a suscité un grand nombre de commentaires. Pour les uns, il dénonçait un phénomène impossible à nier. Pour les autres, l’expression risquait de minimiser le « vrai racisme », celui dont les blancs sont les auteurs, voire de le justifier.

Mme Hammel (sociologue, coauteur d'une étude non finalisée sur le racisme en général, menée par l'Ined) :

Quand on demande des lieux où est constaté ce racisme, les immigrés et leurs enfants citent tous les espaces de vie : travail école alors que la population majoritaire n’en fait état que dans l’espace public.

Pour le premier on a pu démontrer qu’il s’agit d’injures qui n’entrainent pas de discrimination dans l’accès au logement ou à des services.

Véronique de Rudder (de l'Unité de recherche migrations et société, rattachée au CNRS)

Ces actes sont isolés et ne remettent pas en cause l’ordre social inégalitaire.

Le racisme est moins un ensemble de faits divers qu’un système où les dominants maintiennent même inconsciemment les dominés (les minorités ethnicisées) à l’écart de certaines ressources.

Nacira Guenif (maître de conférence à l’université Paris XIII) :

Les Français font la douloureuse découverte qu’être blanc, ce n’est plus être dominant et que cela ne garantit plus l’obtention ou le maintien des privilèges hérités d’une hégémonie longtemps légitimée par la race, entendue comme système de pouvoirs et d’oppression.

Le blanc reprend sa juste place dans le nuancier.

Le racisme blanc, système de domination économique, constitue réellement un racisme au contraire des actes isolés venant des minorités.

Cela amène à poser trois questions :

La nature particulière des deux « racismes » a-t-elle été correctement identifiée ?
Peut-on affirmer que le racisme que subissent les minorités est plus grave que celui subi par les blancs ?
Cela justifie-t-il de nier la réalité du racisme anti-blanc ?

Identification de la nature particulière des deux racismes

La prépondérance des discriminations dans le racisme anti-minorités et des injures dans l’espace public dans le racisme blanc semble aller de soi. Assimiler l’un à un système de domination économique et l’autre à un ensemble de faits divers est-il pour autant fondé ?

Vérifions, à partir des discriminations pratiquées par les entreprises, si le racisme à l’encontre des minorités correspond à la définition du racisme donnée par Mme de Rudder : "Le racisme est un système où les dominants maintiennent les dominés (les minorités ethnicisées) à l’écart de certaines ressources."

Le racisme anti-blanc est-il un système de domination économique ?

Les discriminations à l’embauche ont-elles pour objet un profit économique dans l’esprit des employeurs qui les pratiquent ? Dans ce cas le profit est-il attendu pour eux-mêmes ou pour la race blanche ? L’idée de Mme de Ruddy selon laquelle les discriminations consistent à maintenir les minorités à l’écart de certaines ressources suggère que leur but est d'en permettre l'accès à d’autres personnes. Ainsi, les travailleurs blancs obtiendraient in fine les emplois dont les personnes composant les minorités seraient exclues.

Si tel était l’objectif des employeurs, ils n’utiliseraient pas le moyen adéquat car les discriminations ne présentent pas d’avantages pour les blancs en général. L’emploi n’étant pas un gâteau qu’il conviendrait de se partager, le retrait d’une partie de la population du marché du travail n’augmentera pas le taux d’accès à l’emploi des blancs en général. L’effet d’une telle pratique est seulement de limiter la division du travail, ce qui sera défavorable à la masse des blancs. Le gain qu’ils pourraient escompter en raison d’un meilleur positionnement au sein de la hiérarchie des producteurs sera plus que compensé par la perte de compétence qu’ils subiront en tant que consommateurs. Mme de Ruddy semble accepter la pertinence de l’analyse économique du Front National pour qui un emploi en plus pour un immigré revient à supprimer l’emploi d’un Français. Ce n’est pas ainsi que l’économie fonctionne.

Peut-être croit-elle que les employeurs blancs ne sont pas conscients des effets réels de leur initiative ? Peut-être cherchent-ils à favoriser la position économique relative des blancs dans leur ensemble, objectif pour lequel les discriminations sont appropriées ? Mais dans les deux cas, n’est-il pas absurde de concevoir un employeur sacrifiant ainsi ses intérêts pour un gain aussi mince à l’échelle de sa race ?

Et si, en discriminant, l’employeur ne recherchait pas avant tout son propre intérêt ? L’employeur qui discrimine se prive d’un salarié plus compétent. Dans le cas des différences de salaires à compétences égales, son intérêt sera d’employer ceux qui sont discriminés et dont le salaire est inférieur aux compétences. Discriminer selon la race ne présente pas d’intérêt économique pour lui. Si l’objectif d’un tel employeur n’était pas le profit et l’exploitation mais la «domination» des personnes d’une autre race, s’il considérait en somme davantage sa position relative que sa position absolue, il devrait au contraire les employer pour mieux les dominer. Comme il est difficile de croire à une erreur d’appréciation de l’employeur dans la poursuite de son intérêt propre, les discriminations ne sont à l’évidence pas utilisées dans un but d’exploitation économique.

Si le racisme devait être assimilé à un système, son fondement serait davantage le rejet et l’exclusion que la domination ou l’exploitation. Les électeurs du Front national veulent voir les immigrés et leurs enfants retourner dans « leur » pays. Or, on ne peut dominer celui avec qui on n’a pas de liens parce qu’on l’a justement exclu. Le génocide qui représente le pire de ce à quoi le racisme peut aboutir est d’ailleurs incompatible à terme avec les idées d’exploitation ou de domination.

Cela ne rend pas les discriminations moins grave, mais montre qu'une analyse marxiste fondée sur la domination ne s'y applique pas.

Le racisme à l'encontre des minorités est-il plus grave que celui subi par les blancs ?

Cette idée souligne deux formes de différences entre les deux racismes : différence dans la gravité « moyenne » des faits et dans leur nombre.

Le point sur lequel nous sommes en accord est que les membres des minorités sont en moyenne plus souvent victimes d'actes racistes que les blancs comme nous l'avons montré dans le premier article de la série. 14% des blancs déclarent avoir été victimes au moins une fois d'un acte raciste contre 50% des immigrés noirs de première génération et 60% de leurs enfants par exemple. La différence serait probablement plus importante si l'on intégrait le nombre d'actes racistes dont chacun estime avoir été victime. Il n'est pas contestable non plus que les racismes en question se manifestent de manière différente, par des injures dans l'espace public quand il provient des minorités, par des discriminations économiques lorsqu'il s'agit des blancs.

Est-il pour autant légitime d'en conclure que le racisme contre les minorités est forcément plus grave ? Pas nécessairement.

Tout d'abord, même si les personnes issues des minorités sont davantage victimes en moyenne, il est tout à fait possible que le total des victimes (ou des actes racistes subis) soit moins important.

Ensuite, il n'est pas forcément vrai que les comportements dans l'espace public soient nécessairement moins graves que les discriminations. Le constat de nombreuses discriminations à l'encontre des minorités en même temps que leur taux de pauvreté ou de chômage plus élevé peut faire croire que le premier explique le second mais cela n'est pas prouvé. Rappelons que le racisme n’a pas empêché certaines minorités d’obtenir en moyenne une position économique préférable à la population majoritaire. Ainsi les asiatiques ont-ils aux États-Unis un revenu moyen supérieur à celui des blancs alors qu’a existé dans ce pays une vraie « tradition » raciste à leur égard et qu’on ne voit pas de raison pour laquelle celui qu’ils y subissent de nos jours serait différent de celui qui frappe les personnes originaires d’Asie du sud-est en France. Plus loin dans le passé, l’antisémitisme antérieur à la seconde guerre mondiale n’a pas empêché de nombreux Juifs d’acquérir une position éminente au sein de la société. Seules des lois discriminatoires imposées par les États sont parvenues à les exclure du marché du travail. C'est pourquoi, l'effet des discriminations est peut-être plus psychologique qu'économique. Dans ce cas il serait à rapprocher des injures dans l'espace public.

Enfin, le racisme anti-blanc peut également prendre la forme d’agressions violentes dont il est impossible de nier la gravité, même si elles sont heureusement plus rares.

Les différences entre les deux racismes autorisent-elles à nier la réalité du racisme anti-blanc ?

Il reste que relever de telles différences entre les racismes est une chose. En conclure qu’il est possible de retirer cette qualification pour l’un d’eux en est une autre. La moindre gravité éventuelle (voir plus haut) des injures que font les racistes anti-blanc en comparaison des discriminations subies par les minorités n’autorise pas à conclure que de telles injures ne sont pas du racisme.

Toutefois, le plus choquant tient à la manière dont la qualification de racisme sera refusée à certains faits, même s’ils présentent une gravité particulière, parce qu’ils se rapportent à la forme de racisme dont la portée au sein de la société est jugée moindre, ou n’entrant pas dans une grille de lecture préconçue, manifestement issue du marxisme. Telle est l’impression donnée par la définition de Mme de Rudder. Selon elle, le racisme se rattache à une forme de domination économique. Cela semble impliquer non seulement que l’acte particulier en question doit se rattacher à un tel objectif mais encore qu’existe au sein de la société un système de domination en relation avec le racisme dont procède l’acte en question. Avec une telle approche, un meurtre gratuit ne pourrait être qualifié de raciste. De même, une discrimination économique décidée par une personne originaire d’Afrique contre un blanc ne serait pas non plus du racisme car il ne serait pas possible de la rattacher à un système général de domination des Africains à l’égard des blancs.

Il est certain qu’un tel discours aura pour effet de biaiser la répression judiciaire de faits équivalents en surestimant la gravité des uns et sous-estimant celle des autres mais son effet essentiel sera probablement à chercher davantage dans le programme politique qu’il favorise qu’à travers les conséquences propres à chaque cas individuel.

Le racisme anti-blanc, ramené à une accumulation de faits divers, ne justifie que des réponses isolées, dont la responsabilité est essentiellement judiciaire. Le racisme provenant des blancs est lui présenté comme un problème de société justifiant des réponses politiques destinées à le faire disparaitre au moyen d’un accroissement de l’emprise de l’État sur la société.

C’est pourquoi il est indispensable d’interroger l’idée centrale de ces auteurs faisant du racisme pratiqué par les blancs un système de domination à l’encontre des minorités. De façon générale, la manière dont les sociologues analysent les comportements de la jeunesse turbulente de banlieue est de plus en plus en décalage avec la réalité. Lorsqu'elle pille des téléphones portables derniers cris, elle proteste contre la société de consommation à outrance. Lorsqu'elle s'attaque à des équipements collectifs ou saccage des bus, elle dénonce l'abandon de ses missions de service publique par l’État. Lorsqu'elle traite quiconque de "sale blanc", elle se révolte contre le racisme. Prendre en compte les facteurs d'ordre ethnique, c'est-à-dire que cette jeunesse puisse nourrir à l'égard des blancs les sentiments racistes qui sont régulièrement reprochés à ceux-là, est une explication plus convaincante de bien des comportements, même s'ils sont favorisés et amplifiés par d'autres éléments, d'ordre économique. Nier le phénomène en croyant favoriser la paix sociale mènera à une impasse. Il est plus utile et plus juste de rappeler qu'à côté de ceux qui choisissent la violence, de nombreux immigrés et leurs descendants contribuent à la bonne marche de la société française ; valoriser la "révolte" des premiers n'est pas une bonne manière de les remercier.

Écrit par : Rachid Z | 16 décembre 2012

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