10 décembre 2012

La situation «pénible» des musulmans en France perdurera en 2013

La situation «pénible» des musulmans en France perdurera en 2013

 Propos recueillis par DK News, le 09 décembre 2012    

La situation des musulmans en France, "de plus en plus  pénible", est "très inquiétante" et cela va perdurer même en 2013, a affirmé le président de l'Observatoire français contre l'islamophobie, M. Abdellah Zekri.

"La situation des musulmans en France devient de plus en plus pénible et elle très inquiétante. Avant, c'était l'extrême droite, notamment le Front  national (FN) qui exploitait naturellement cette peur du musulman. Cependant, maintenant, c'est même des partis qui se disent normaux comme l'Union pour un  mouvement populaire (UMP), qui le font", a déclaré dans un entretien à l'APS  M. Zekri qui effectue une visite privée en Algérie.

Il a ajouté que cette situation allait perdurer, parce que il y a "une crise identitaire, économique et moral dans la société française. Durant ces  crises, on a toujours cherché des boucs émissaires, et maintenant c'est le musulman",  a-t-il souligné.  Interrogé sur les raisons de l'utilisation du culte musulman comme enjeu à chaque joute électorale, M. Zekri a indiqué que tout avait été fait pour que "l'islam fasse peur, en extrapolant des événements qui se passent au Moyen et Proche-Orient et ce qui se passe dans les pays arabes ainsi qu'en France. Ensuite on dit, regardez c'est ça l'islam", a déploré le président de l'Observatoire. 

Les actes antimusulmans ont progressé de 42,2 % du 1er janvier au 30  octobre derniers, et cette statistique concerne seulement les atteintes pour  lesquelles il y a eu dépôt de plainte et main courante dans les commissariats et gendarmeries. Déjà en 2011, les actes islamophobes et anti musulmans étaient en forte progression et ont connu une augmentation de 34 %.

"On utilise l'islam parce que c'est un épouvantail qui fait peur",  a-t-il estimé. "Tant qu'on tape sur les musulmans, on peut gagner les élections", a-t-il  dit, déplorant le manque d'unité des musulmans en France face à cette situation.  M. Zekri récuse le concept d'islam de France, "cher à l'ancien président Sarkozy", affirmant qu'il ne reconnaîtrait jamais cette idée. Il s'est interrogé, à ce sujet, sur les raisons qui font qu'on évoque "l'islam de France", alors qu'on ne parle pas de "christianisme de France" ou de "judaïsme de France".

"Ce sont des religions universelles, elles doivent être traitées de la même manière", a-t-il encore estimé. Pour lui, ce qui se passe actuellement dans le parti de droite l'UMP, qui connaît une phase de turbulence, est "révélateur" de l'enjeu que constitue la communauté musulmane en France. "Nous voyons d'ailleurs ce qui se passe à l'UMP, il y a ceux qui souhaitent l'apaisement, comme l'ancien Premier ministre, M. François Fillon, qui dit d'arrêter de taper sur les musulmans, car ça n'apporte rien du tout et d'autres qui mélangent tout", a soutenu M. Zekri.

Selon M. Zekri, l'actuel secrétaire général de l'UMP, Jean-François Copé, "a tout mélangé", alors qu’il ne "connaît rien à l'islam""M. Copé voulait toujours faire plaisir à la droite de son parti, avec  une 'droitisation' du parti synonyme de haine du musulman. Il a commencé à taper sur les musulmans pour des besoins purement électoralistes, mais malheureusement les gens sont influencés", a-t-il encore affirmé, rappelant, à ce propos, qu'à l'époque où Jacques Chirac était le patron de la droite française, ce courant politique français "avait une politique arabe cohérente par rapport au Maghreb, à la Palestine et à l'Irak". Le racisme anti musulmans en France, selon M. Zekri, a pris une "certaine tournure dans la mesure où on a tout mélangé". A un certain moment, a-t-il poursuivi, c'était "l'émigré" et par la suite, "on a sauté de l'émigration à la religion". 

"Or la religion, c'est de "la sphère privée", a-t-il estimé. "Comment voulez-vous que les choses s'arrêtent quand des hommes politiques en haut lieu disent que le problème de la France c'est l'islam et les musulmans",  s'est-il interrogé. Abordant l'affaire Merah, M. Zerkri a indiqué que l'Algérie avait raison de refuser son enterrement sur son sol, parce qu'il n'est pas immatriculé au consulat et n'a pas de documents algériens.

"C'est un terroriste français, le leur, c'est eux qui l'ont fabriqué. Il a tué des enfants juifs, des enfants innocents, mais il a tué également des  musulmans, ça on a voulu le mettre de côté, on parlait uniquement de Toulouse", a-t-il souligné sur cette affaire.  S'agissant de l'émigration, M. Zekri a fait remarquer que quand on parle de l'émigration clandestine, "les français vous disent c'est les Arabes, surtout les Algériens, parce que l'Algérie leur est restée au travers de gorge".

Pourtant, pour lui, l'émigration qui pose problème actuellement est  l'oeuvre des personnes qui viennent "des pays émergents et des pays de l'Est".  M. Zekri a reconnu, par ailleurs, qu'avec l'arrivée de François Hollande il y avait une évolution de la situation des musulmans, même si "nous n'avons pas encore ressenti le changement espéré. Nous savons qu'il est à l'écoute de  ces problèmes", a-t-il dit. 

"Moi je sais qu'il y a actuellement des personnes à l'Elysée qui sont  en train de travailler sur ce dossier puisque qu'elles m'avaient contacté à ce sujet", a-t-il indiqué, estimant qu’"'il y a indéniablement une évolution".  L'Observatoire français contre l'islamophobie, mis sur pied le 10 juin  2010, est un organisme rattaché au Conseil français du culte musulman (CFCM). Il a pour mission principale de recenser tous les actes islamophobes commis sur le sol français, d'en réduire le nombre et de présenter ces auteurs devant la justice.

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