28 novembre 2012

Salafisme et Wahhabisme : Des notions qui prêtent à confusion

Salafisme et Wahhabisme

Des notions qui prêtent à confusion

Baptiste Brodard, le 27 novembre 2012

Les terminologies de «wahhabisme» et de «salafisme» se confondent selon les auteurs, certains stipulant une similitude complète entre les deux concepts et d’autres soutenant une différence des deux termes, qui peine malgré tout à être précisée. Souvent, salafisme et wahhabisme sont donc pris l’un pour l’autre et se confondent au gré des interlocuteurs. Il semble dès lors nécessaire de proposer une brève définition de ces concepts, avant de justifier du choix du terme qui sera utilisé pour se référer à ce phénomène dans communauté afro-américaine.

Pour réellement appréhender ces terminologies, il convient d’abord de revenir sur sa définition interne ou spécifiquement islamique. En effet, la compréhension théologique du wahhabisme et du salafisme et de leurs spécificités permettra ensuite une lecture sociologique plus éclairée.

Pendant des siècles, l’islam sunnite se rejoignait autour des quatre grands courants, reconnus par l’unanimité comme garants de l’orthodoxie. Au XVIIIème siècle, une mouvance sectaire est apparue dans la Péninsule arabique. Elle est née d’un théologien très controversé, Ibn Abdel-Wahhab, qui créa alors un courant réformiste par opposition aux quatre grandes écoles et à l’establishment religieux d’alors. Sa doctrine gagna de l’influence mais resta marginale jusqu’au XXème siècle, où elle devint la religion officielle du Royaume saoudien. Appuyée par ce dernier, elle parvint à s’exporter et à gagner le monopole idéologique dans certaines communautés. Dès le début, cette mouvance est intimement liée au pouvoir et elle a continuellement utilisée l’appui politique et militaire pour persister et se répandre. Elle fut nommée «wahhabisme» par les musulmans des écoles traditionnels en raison du nom de son fondateur. De nos jours, les théologiens nomment cette tendance tantôt «wahhabisme», tantôt «salafisme», en fonction de leurs profils. Généralement, ce sont les héritiers de l’islam traditionnel sunnite (entendons-là les quatre grandes écoles reconnues) et du soufisme qui ont recours au terme de «wahhaisme», à connotation quelque peu négative. Les adeptes de la tendance utilisent quant à eux le terme de salafisme, aussi employés par la plupart des autres penseurs musulmans contemporains. Ce terme se base sur la dénomination arabe de «salaf», pieux prédécesseurs, et renvoie donc à l’idée de tradition originelle et d’orthodoxie.

On s’accorde pour reconnaître deux grandes tendances du salafisme : le salafisme cheikhiste, jusque-là largement majoritaire en Occident, et le salafisme djihadiste. Tous deux reposent sur une méthodologie commune en matière de jurisprudence et de croyance (marquée par une interprétation littéraliste du Coran et de la Sunna et par l’occultation de la tradition musulmane), mais proposent une vision de la société et la politique radicalement différente. Tous deux reposent sur les fondements dogmatiques de Ibn Abdel-Wahhab et renvoient donc à la terminologie de wahhabisme. Mais alors que le salafisme cheikhiste prônait le respect et la soumission aux régimes arabes, le salafisme djihadiste s’est systématiquement construit dans une logique belliqueuse face aux entités politiques réfractaires à l’islam ou à leur idéologie. Cet article traitera exclusivement du salafisme cheikhiste, qui correspond au terme de «wahhabisme», interprétation religieuse officielle de l’Arabie saoudite, car c’est cette mouvance qui se rencontre massivement dans la communauté afro-américaine. (Ceci était vrai en tout cas il y a quelques années. Aujourd’hui, le djihadisme gagne un regain d’intérêt chez la jeunesse des pays occidentaux et bénéficie d’une forte publicité par le biais d’internet).

Le terme «salafisme» a été très prisé des médias ces dernières années, qui l’emploient parfois à tort. Il fait aussi partie du vocabulaire des sociologues, qui l’utilisent avec plus de rigueur et de précision. Cependant, c’est dans le monde musulman que cette appellation est la plus problématique, tant elle désigne des mouvances hétérogènes. C’est devenu une terminologie politique et controversée, qui habille les discours et les polémiques. Ainsi, il y a des Frères musulmans qui se réclament du salafisme, quand bien même leur doctrine diverge profondément avec le wahhabisme. Pour certains musulmans, le salafisme ne désigne en effet pas spécifiquement la doctrine wahhabite, mais plutôt une méthodologie qui consiste à revenir aux sources de l’islam, donc un réformisme religieux face aux écoles traditionnelles. En ce sens, le terme de salafisme a été utilisé par différents théologiens qui n’appartiennent pas au courant wahhabite mais qui se situent dans un certain réformisme face aux quatre grandes écoles sunnites.

Pour ces raisons, le terme «wahhabisme» est plus précis et adapté au phénomène que le terme de «salafisme», dont la définition est beaucoup plus vague et aléatoire au point de vue religieux. Par contre, les travaux sociologiques et les articles médiatiques ont le plus souvent recours au terme de «salafisme». Pour des raisons de précision dans l’appellation d’un phénomème d’abord inscrit sur une lecture religieuse particulière, j’aurai recours au terme de «wahhabisme» qui renvoie précisément au courant idéologique crée par le théologien Ibn Abdel-Wahhab au XXème siècle et qui est le réel support dogmatique à la mouvance que l’on retrouve dans le contexte américain.

Cette tendance de l’islam présente une interprétation qui lui est propre en matière de dogme, de législation rituelle et d’applications dans la vie quotidienne. Elle prétend incarner l’islam originel du prophète et par conséquent être le garant de l’orthodoxie, à l’opposé des autres interprétations de l’islam qualifiées d’hérétiques ou d’égarées.

11:34 Écrit par Rachid Z dans Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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