12 novembre 2012

La criminalisation de la liberté d’expression au service du sionisme

La criminalisation de la liberté d’expression au service du sionisme

Ginette Hess Skandrani, le 12 novembre 2012

Pour avoir réalisé un livre-CD intitulé Nique la France, Devoir d’insolence, le sociologue Saïd Bouamama et le rappeur Saïdou de Zep sont mis en examen pour «Injures publiques envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une race ou une religion».  Après Dieudonné, érigé par les médias en ennemi public numéro 1 pour avoir osé démasquer dans ses spectacles le sionisme et l’islamophobie, après Houria Bouteldja poursuivie en appel par le parquet de Toulouse pour «racisme anti-Blanc», c’est donc  le tour de Saïd Bouamama et de Saïdou. Demain, Zebda risque de connaître le même sort.

Alors qu’il est reconnu à Charlie Hebdo un droit de liberté d’expression quand il publie ses caricatures islamophobes, étrangement ce droit disparaît quand il s’agit de ceux qui osent dénoncer le sionisme et l’islamophobie, les rapports de domination coloniaux et néo-coloniaux. Et le concept de «racisme anti-Blanc» est bien commode pour criminaliser ce qui relève du combat pour l’égalité. Les résistants algériens qui ont combattu pour leur libération, les Noirs sud-africains qui ont lutté contre l’apartheid ou les Noirs américains qui ont milité pour l’égalité des droits, tous opprimés, étaient donc des racistes notoires

Cette inversion des rôles de l’oppresseur et de la victime vise à étouffer toute parole d’opposition au racisme institutionnel. Il s’agit là d’une technique bien rôdée chez les sionistes, lesquels sont les principaux idéologues de l’islamophobie. Traquer systématiquement toute expression qui pourrait fissurer la domination sioniste : telle est la fonction  de cette chasse aux sorcières.

Le Comité Action Palestine condamne ces méthodes. Il réaffirme que tout militantisme antisioniste authentique se doit de dénoncer non seulement le colonialisme juif en Palestine mais aussi toute organisation ou institution qui travaille ici au service de l’ordre colonial sioniste.

Commentaires

Racisme anti-blanc : quelle réalité ?

Par Tom Lanneau, le 12 novembre 2012

Tom s’interroge sur le racisme anti-blanc. Pour lui, il existe puisqu’il l’a subi. Mais le phénomène n’a pas l’ampleur que lui attribuent certains hommes politiques.

J.F Copé a remis au goût du jour le terme. Racisme anti-blanc… Quand je lance le sujet dans mon entourage, je suis automatiquement estampillé fasciste. De ceux qui arborent la croix gammée et qui seraient capable de torturer un étranger avec le sourire. Comme mes interlocuteurs ne sont pas enclins au débat et qu’en guise de contre argument je n’ai le droit qu’à des « Nazi» ou bien au mieux à des « tu oublies la souffrance de ce peuple! Il faut bien qu’ils se vengent !», j’ai décidé de coucher sur papier ma pensée.

En effet, cela m’étonnerait fort que vous puissiez interrompre mon article en me traitant de salop par écran interposé. Laissez-moi donc vous donner mon opinion, moi jeune blanc de banlieue, donc particulièrement concerné par ce thème de racisme anti-blanc.

Cela me choque d’entendre dans tous les médias traditionnels que ce terme fut uniquement créé afin d’engendrer une polémique. Sûrement parce que j’ai moi-même vécu ce phénomène. Tout d’abord lorsque j’étais plus jeune avec les paroles du rappeur Sefyu »Quand tu vois un babtou (blanc) y’a une hagra (gentille taquinerie voire plus …) qui va avec« . Élevé dans la culture « Black Blanc Beur», je n’avais jamais fait de distinction entre Noir, Arabe, Asiatique ou Moldave, et voila que je me retrouve le temps d’un couplet dans la peau de la cible potentielle, d’ « une gentille taquinerie et plus » en raison de ma couleur de peau. Qui, il est inutile de le préciser, est indépendante de ma volonté.

En grandissant, j’étais témoin de plusieurs agressions, j’en ai même subies, des combats singuliers à huit contre un. Est-ce parce que je suis petit, pour mon portable ou pour la couleur de ma peau que j’attire les poings des voyous ? Il m’a semblé que dans certains de ces pugilats, mon teint était clairement un des critères de sélection.

Le racisme ce n’est pas seulement des coups c’est aussi souvent des injures. Par deux fois on m’a qualifié de « sale blanc/Babtou » pour des motifs aussi futiles que de ne pas donner de cigarettes (et pour cause, je ne fume pas). Bien sûr, ce genre d’incidents est à relativiser. Je n’ai été victime que deux fois d’injures raciales dans ma vie, alors que je me déplace, travaille ou habite dans des quartiers populaires depuis près de 20 ans.

Mais pour moi, le racisme anti-blanc le plus choquant est lorsqu’il touche par ricochet d’autres populations. Cet exemple me vient de ma mère, institutrice à Bobigny : un élève a jeté une chaise au visage d’un camarade : ce dernier le « traitait» de faire « son » Français car il mangeait des chips au bacon…

Même si je les ai subis, ces actes racistes ne sont après tout pas si fréquents. Il m’arrive plus souvent de jouer avec une dizaine de noirs en étant le seul blanc, sans subir pour autant une seule remarque désobligeante. D’ailleurs, souvent, les jeunes de banlieue possèdent un panel d’amis d’origine étrangère très large. Ce territoire est selon moi un lieu de mixité et d’échanges. J’avoue pour ma part, connaitre par gourmandise bien plus le goût du thé à la menthe et des gâteaux arabes que le goût des produits du terroir français.

De plus je ne suis pas d’accord avec ce que le FN met derrière la notion de racisme anti-blanc. Selon eux, « les Français de souche ne se sentent plus chez eux », ils sont obligés de changer de trottoir, de baisser les yeux quand ils sortent dans la rue et ils se font insulter quotidiennement de sale blanc. Il en est de même pour la déclaration du secrétaire général de l’UMP selon qui dans de nombreux quartiers d’Ile-de-France certaines personnes se font souvent traitées de « sale gaulois » ou bien lorsque son parti s’attaque violemment à la nourriture hallal dans les banlieues.

Le FN pointe souvent la Seine-Saint-Denis dans ses discours alors que je n’ai jamais dû changer de trottoir et je ne me fais pas insulté tous les jours sous le prétexte que je suis blanc alors que j’habite à 100 mètres de Montreuil, deuxième ville malienne au monde. D’après mon ordinateur, je ne vis qu’à 40 kilomètres de Meaux. Il me semble pourtant que les faits que Jean-François Copé dénonce ne sont constatés que par lui. Il en est de même pour la question de la viande hallal. Il est vrai que dans mon quartier, on dénombre quatre boucheries hallal. En quoi ces commerces devraient-ils créer en nous la sensation de ne plus être en France? Le goût est le même. Et puis lorsque je croque dans un poulet hallal, le sol ne se dérobe pas sous mes pieds pour me téléporter au Maghreb, je n’ai pas non plus l’impression de cracher sur le pays dans lequel je vis.

Alors bon, il est vrai que le terme de « racisme anti-blanc » n’est pas totalement faux Mais la mixité dans nos quartiers est la règle, les clivages intercommunautaires qu’elle peut entrainer sont des exceptions. Toute forme de racisme représente un handicap pour la victime mais aussi pour le coupable puisque la mixité enrichie notre pays comme le disait avant moi Saint-Exupéry : « Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis… ».

Écrit par : Rachid Z | 12 novembre 2012

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Sartre et le « racisme antiraciste »

Par Alain Gresh, le 06 novembre 2012

Le débat sur le racisme anti-Blancs continue de plus belle. Jean-François Copé tente d’utiliser ce thème pour se faire élire président de l’Union pour un mouvement populaire (UMP). Cette offensive, largement reprise à droite et à l’extrême droite, peu combattue à gauche, tente de mettre un signe d’égalité entre toutes les formes de rejet de l’autre. Elle ignore totalement la spécificité des situations et surtout que le racisme est une forme de domination institutionnalisée.

Jean-Paul Sartre l’avait bien compris, qui s’expliquait dans une préface à l’Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française, de Léopold Sédar Senghor (Presses universitaires de France (PUF), Paris, 1948, rééd. « Quadrige », 2001).

Ce texte, intitulé « Orphée noir » (PDF), se terminait par cette citation d’Aimé Césaire, qui appelait les Noirs à saisir la chance historique censée leur permettre de « pousser d’une telle raideur le grand cri nègre que les assises du monde en seront ébranlées ».

Sartre revient surtout sur la spécificité du combat des Noirs et ce qui le différencie de celui des prolétaires blancs. A méditer quand on évoque les luttes de l’immigration dite post-coloniale, le racisme anti-Blancs et l’islamophobie :

« Le nègre, comme le travailleur blanc, est victime de la structure capitaliste de notre société ; cette situation lui dévoile son étroite solidarité, par-delà les nuances de peau, avec certaines classes d’Européens opprimés comme lui ; elle l’incite à projeter une société sans privilège où la pigmentation de la peau sera tenue pour un simple accident. Mais, si l’oppression est une, elle se circonstancie selon l’histoire et les conditions géographiques : le noir en est la victime, en tant que noir, à titre d’indigène colonisé ou d’Africain déporté. Et puisqu’on l’opprime dans sa race et à cause d’elle, c’est d’abord de sa race qu’il faut prendre conscience. »

« Ceux qui, durant des siècles, ont vainement tenté, parce qu’il était nègre, de le réduire à l’état de bête, il faut qu’il les oblige à le reconnaître pour un homme. Or il n’est pas ici d’échappatoire, ni de tricherie, ni de “passage de ligne” qu’il puisse envisager : un Juif, blanc parmi les blancs, peut nier qu’il soit juif, se déclarer un homme parmi les hommes. Le nègre ne peut nier qu’il soit nègre ni réclamer pour lui cette abstraite humanité incolore : il est noir. Ainsi est-il acculé à l’authenticité : insulté, asservi, il se redresse, il ramasse le mot de “nègre” qu’on lui a jeté comme une pierre, il se revendique comme noir, en face du blanc, dans la fierté. L’unité finale qui rapproche tous les opprimés dans le même combat doit être précédée aux colonies par ce que je nommerai le moment de la séparation ou de la négativité : ce racisme antiraciste est le seul chemin qui puisse mener à l’abolition des différences de race. »

« Comment pourrait-il en être autrement ? Les noirs peuvent-ils compter sur l’aide du prolétariat blanc, lointain, distrait par ses propres luttes, avant qu’ils se soient unis et organisés sur leur sol ? Et ne faut-il pas, d’ailleurs, tout un travail d’analyse pour apercevoir l’identité des intérêts profonds sous la différence manifeste des conditions : en dépit de lui-même l’ouvrier blanc profite un peu de la colonisation ; si bas que soit son niveau de vie, sans elle il serait plus bas encore. En tout cas il est moins cyniquement exploité que le journalier de Dakar et de Saint-Louis. Et puis l’équipement technique et l’industrialisation des pays européens permettent de concevoir que des mesures de socialisation y soient immédiatement applicables ; vu du Sénégal ou du Congo, le socialisme apparaît surtout comme un beau rêve : pour que les paysans noirs découvrent qu’il est l’aboutissement nécessaire de leurs revendications immédiates et locales, il faut d’abord qu’ils apprennent à formuler en commun ces revendications, donc qu’ils se pensent comme noirs. »

« Mais cette prise de conscience diffère en nature de celle que le marxisme tente d’éveiller chez l’ouvrier blanc. La conscience de classe du travailleur européen est axée sur la nature du profit et de la plus-value, sur les conditions actuelles de la propriété des instruments de travail, bref sur les caractères objectifs de la situation du prolétaire. Mais puisque le mépris intéressé que les blancs affichent pour les noirs — et qui n’a pas d’équivalent dans l’attitude des bourgeois vis-à-vis de la classe ouvrière — vise à toucher ceux-ci au profond du cœur, il faut que les nègres lui opposent une vue plus juste de la subjectivité noire ; aussi la conscience de race est-elle d’abord axée sur l’âme noire ou plutôt, puisque le terme revient souvent dans cette anthologie, sur une certaine qualité commune aux pensées et aux conduites des nègres et que l’on nomme la négritude. »

« Or il n’est, pour cons­tituer des concepts raciaux, que deux manières d’opérer : on fait passer à l’objectivité certains caractères subjectifs, ou bien l’on tente d’intérioriser des conduites objectivement décelables ; ainsi le noir qui revendique sa négritude dans un mouvement révolu­tionnaire se place d’emblée sur le terrain de la Réflexion, soit qu’il veuille retrouver en lui certains traits objectivement cons­tatés dans les civilisations africaines, soit qu’il espère découvrir l’Essence noire dans le puits de son cœur. Ainsi reparaît la subjectivité, rapport de soi-même avec soi, source de toute poésie dont le travailleur a dû se mutiler. Le noir qui appelle ses frères de couleur à prendre conscience d’eux-mêmes va tenter de leur pré­senter l’image exemplaire de leur négritude et se retournera sur son âme pour l’y saisir. Il se veut phare et miroir à la fois ; le premier révolutionnaire sera l’annonciateur de l’âme noire, le héraut qui arrachera de soi la négritude pour la tendre au monde, à demi prophète, à demi partisan, bref un poète (...). Et la poésie noire n’a rien de commun avec les effusions du cœur : elle est fonctionnelle, elle répond à un besoin qui la définit exactement. Feuilletez une anthologie de la poésie blanche d’aujourd’hui : vous trouverez cent sujets divers, selon l’humeur et le souci du poète, selon sa condition et son pays. Dans celle que je vous présente, il n’y a qu’un sujet que tous s’essayent à traiter, avec plus ou moins de bonheur. De Haïti à Cayenne, une seule idée : manifester l’âme noire. La poésie nègre est évangélique, elle annonce la bonne nouvelle : la négritude est retrouvée. »

Écrit par : Rachid Z | 13 novembre 2012

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