11 novembre 2012

Iran: le Parlement va enquêter sur la mort d'un blogueur en prison

Iran

Le Parlement va enquêter sur la mort d'un blogueur en prison

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Nouvel Observateur, le 11 novembre 2012

Le Parlement iranien va enquêter sur la mort en détention d'un blogueur iranien arrêté en octobre, et rendra son rapport public, a déclaré dimanche le vice-président du Majlis Mohammad Hassan Aboutorabi cité par l'agence Isna.

"La commission de la sécurité nationale a été mise au courant de cette affaire et a commencé une enquête", a-t-il déclaré. "J'ai demandé au président de la commission Allaeddine Boroujerdi d'informer les parlementaires et la population une fois que l'enquête sera terminée".

Plusieurs organisations internationales de défense des droits de l'Homme ont annoncé que Sattar Behechti, qui animait un blog critique à l'égard du régime, était mort au centre de détention de Kahrizak, près de Téhéran, où il était détenu après avoir été arrêté le 28 octobre.

Selon Amnesty International, le blogueur, âgé de 35 ans, pourrait être décédé des suites de tortures après avoir porté plainte contre les sévices dont il était victime.

Amnesty mais aussi les gouvernements français, britannique et américain ont appelé les autorités iraniennes à faire toute la lumière sur cette affaire.

Le député iranien conservateur Ahmad Tavakoli, connu pour son franc-parler, a demandé de son côté à la justice de fournir des explications sur la mort de Sattar Behechti, a rapporté l'agence Mehr dimanche.

"Pourquoi l'appareil judiciaire ne donne-t-il pas d'explications? Il y a eu un décès et il faut l'expliquer", a-t-il dit en soulignant que "les gouvernements étrangers font de la propagande" autour de cette affaire.

M. Tavakoli a par ailleurs critiqué la répression menée par le régime contre les blogueurs, affirmant que les autorités feraient mieux de "lutter contre les responsables de la corruption au lieu de mener la vie dure aux blogueurs", selon Mehr.

Le centre de détention de Kahrizak s'était déjà tristement illustré en juillet 2009, avec la mort de trois opposants victimes de sévices de la part des gardiens.

A la suite de cette affaire, ce centre de détention avait été fermé provisoirement sur ordre du Guide suprême iranien Ali Khamenei et plusieurs de ses responsables avaient été traduits en justice. Des centaines d'opposants --responsables politiques, journalistes, blogueurs, avocats, militants des droits de l'Homme, syndicalistes, cinéastes-- sont détenus en Iran, selon les organisations internationales de défense des droits de l'Homme.

Commentaires

Sattar, le courageux blogueur iranien tué sous la torture

Marc Reeves, le 09 novembre 2012

Le blogueur iranien, Sattar Behechti, 35 ans, a été tué sous la torture en Iran. Selon l'AFP, Paris a immédiatement demandé des explications à Téhéran sur la mort de ce courageux prisonnier politique qui dénonçait sur son blog les exactions des mollahs. Malgré des menaces incessantes, Satar n'a pas cédé d'écrire pour faire valoir la vérité sur le sort des prisonniers politiques dans son pays. « Je ne me tairai pas même si je suis sur le point de mourir. Ne torturez plus, ne massacrez plus, et nous ne le ferons plus savoir. Sinon, non seulement nous révélerons des informations, mais bientôt aussi votre système répressif s’effondrera sur vous », avait-il notamment écrit dans son dernier billet.

La France exprime « sa plus vive inquiétude »

« Nous sommes profondément choqués d'apprendre la mort en détention du blogueur Sattar Behechti », a déclaré Vincent Floréani, porte-parole adjoint du Quai d'Orsay qui a ajouté: « La France exprime sa plus vive inquiétude quant à la dégradation constante de la situation des droits de l'homme en Iran ».

Selon l'AFP, « les Moudjahidine du peuple iranien (OMPI), principal groupe de l'opposition iranienne, ont également annoncé la mort de l'activiste des droits de l'homme. Le prisonnier politique Sattar Behechti, 35 ans, a été tué sous la torture par les bourreaux du régime, huit jours après son arrestation, ont-ils indiqué dans un communiqué ».

Dans son communiqué, l'OMPI précise que le 30 octobre « des agents du renseignement, le Vevak, sous couvert de police du contrôle de l’Internet, ont fait une irruption chez lui pour l’arrêter et l’emmener vers un lieu inconnu. Il avait déjà été incarcéré lors de la révolte étudiante de 1999 et depuis sa remise en liberté, était la cible de la haine du régime à cause de ses positions politiques courageuses. »

Selon des témoins, ses tortionnaires l’ont tellement supplicié pour obtenir des aveux forcés que son corps était comme « écrasé » sous le poids de la torture. Bien que les stigmates de tortures soient évidents sur tout le corps de Sattar, les bourreaux ont mentionné la maladie comme cause du décès, alors que selon sa famille, il était en bonne santé.

Sattar Behechti avait écrit dans son blog avant son arrestation :

« Hier ils ont menacé de dire à ma mère qu’elle porterait bientôt du noir (de deuil) si je ne la fermais pas. Ils ont dit qu'on fait tout ce qu’on veut. Vous allez la fermer et vous arrêtez de donner des infos sinon on va vous étrangler, dans l’anonymat ! Nuit et jour, les menaces par téléphone n’arrêtent pas. En tant qu’Iranien, je dis que je ne peux pas rester silencieux devant toutes ces malheurs. Je réponds : "Messieurs c’est vous qui parlez de trop et avec toutes ces balivernes, vous avez détruit le pays".

« Je ne me tairai pas même si je suis sur le point de mourir. Où que je sois au monde et de qui vienne la menace, cela m’importe peu. Messieurs, fermez-la, n’opprimez pas et nous on n’aura rien à révéler (...) Ils ne parlent pas des arrestations, des prisons et des exécutions collectives quotidiennes. Ils font subir les pires situations et les pires conditions aux prisonniers politiques pour les briser (…) ils disent qu’ils vont arrêter les filles et les membres de la famille. C’est leur slogan : on arrête, on torture (…)

« Pourquoi vous n’abandonnez pas le pouvoir ? (…) N’arrêtez plus, ne torturez plus, ne massacrez plus, et nous ne le ferons plus savoir. Sinon, non seulement nous révélerons des informations, mais bientôt aussi votre système répressif s’effondrera sur vous (…) Nous devons savoir que l’on nait un jour pour disparaitre un jour, alors il vaut mieux vivre dans la dignité et mourir avec honneur. »

Écrit par : Rachid Z | 11 novembre 2012

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