23 octobre 2012

Raphaël Liogier: "Il n’est pas exclu que survienne un Anders Breivik à la française"

Raphaël Liogier

"Il n’est pas exclu que survienne un Anders Breivik à la française"

Propos recueillis par Oumma.com, le 22. octobre 2012

Dans cet entretien accordé à Oumma, le sociologue Raphaël Liogier revient sur l'occupation de la future mosquée de Poitiers par le groupe Génération identitaire. Il estime que "nous sommes dans une situations explosive" et "qu'on ne réalise pas clairement le danger de la situation dans laquelle nous nous trouvons".

L'occupation de la future mosquée de Poitiers par le groupe Génération identitaire marque-t-elle une nouvelle escalade dans les actes islamophobes ?

Il faut bien comprendre que depuis le milieu des années 2000 nous sommes entrés dans un système extrêmement dangereux s’appuyant sur le mythe de l’islamisation. C’est cela que j’essaye d’expliquer dans mon livre. L’espace public est devenu une sorte de scène théâtrale tragique avec quatre acteurs principaux : le héros défenseur de l’Occident, le peuple trompé, le traître multiculturaliste (que l’on appelle parfois «l’idiot utile»), et enfin le jihadiste (qui s’est confondu ces derniers mois avec le «salafiste», nouveau mot valise très populaire dans les médias).

J’avais déjà essayé d’expliquer qu’Anders Breivik et Mohamed Merah sont les deux faces de la même pièce. L’un s’identifie au héros défenseur de l’Occident, l’autre au jihadiste. Ces rôles peuvent être joués de façon légère, et cela n’aboutit pas au drame, mais certains individus parce qu’ils sont socialement frustrés et psychologiquement fragiles, peuvent passer à l’acte, et par exemple revêtir le vêtement de l’islam ou celui de l’identité européenne menacée pour justifier des actes violents.

Il n'y  a  plus besoin de réseaux pour passer à l'action violente

Tout à fait ! L’image du jihadiste, du martyre, peut devenir attractive pour des jeunes en déshérence. Des jeunes qui n’avaient, avant cette soif d’en découdre avec le monde, souvent aucune culture musulmane. Ils se découvrent musulman pour devenir jihadiste.

Avec Génération identitaire, qui occupe une mosquée en construction à Poitiers (ville emblématique s’il en est) aux cris de «Reconquista», nous sommes dans le même scénario, mais cette fois avec des acteurs qui se vivent en héros protégeant l’Europe contre l’islamisation. Le plus grave n’est pas ce qui s’est passé ce week-end, mais que nous sommes dans une situation explosive où il n’est pas exclu que survienne un Anders Breivik à la française qui serait psychologiquement plus fragile, auquel pourrait répondre, comme en écho, un nouveau Mohamed Merah.

Comment jugez-vous les réactions de la classe politique suite à cette Occupation ?

Evidemment la classe politique a condamné cette action, mais cependant avec des pincettes. Je pense qu’on ne réalise pas clairement le danger de la situation dans laquelle nous nous trouvons. Le mythe de l’islamisation est si bien intériorisé aujourd’hui que la classe politique ne peut pas dénoncer trop franchement ce type d’action sans prendre un fort risque électoral (rappelons que selon un sondage ifop de 2011 près de 76 % des Français estiment que l’islam progresse trop dans le pays, et que selon un autre sondage de 2012, toujours de l’ifop, plus de 60 % des européens seraient convaincus que les musulmans refusent consciemment de s’intégrer).   

Peut-on parler d'une obsession française de l'islam ?

L’islam n’est pas, ou au moins n’est plus seulement une obsession française, mais il  est devenu une obsession européenne, toujours depuis le milieu des années 2000. Au moment précisément où les identités européennes se sont senties fragilisées. On a assisté à des débats sur les identités nationales partout en Europe, en France bien sûr, mais aussi en Hollande, en Allemagne, au Royaume-Uni, etc.

L’Europe traverse une crise d’identité extrêmement forte : les européens ne sont plus ce qu’ils ont été, le centre du monde. Aujourd’hui la première puissance mondiale, les Etats-Unis, regarde plutôt du côté de la Chine, de l’Inde ou même du Brésil, et moins du côté des petites nations européennes incapables de se fédérer, de s’unir continentalement. C’est dans ce contexte de grande fragilité que s’est constitué un nouveau populisme anti-musulman fondé sur le mythe de l’islamisation, l’idée d’une occupation progressive quantitative (numérique) et qualitative (culturelle) de l’Europe par l’islam.

Comment lutter efficacement contre l'islamophobie ?

A mon avis, nous sommes plus dans la paranoïa que dans la phobie. Le paranoïaque cherche une intention maligne dirigée contre lui, et contre laquelle il doit absolument se défendre d’urgence, contrairement au phobique qui se contente d’éviter l’objet de sa peur. Le mythe de l’islamisation construit une mise en scène paranoïaque. C’est contre cette mise en scène qu’il faut aujourd’hui lutter, si l’on veut lutter contre les risques de passage à l’acte violent qui risquent de devenir de plus en plus incontrôlable si l’on ne s’attaque pas au problème à sa racine.

Les actions des «héros défenseurs de l’Occident» de «génération identitaire» ou  les jihadistes improvisés comme Jérémie Sidney et ses acolytes font partie du même système. Il faut réaliser qu’en déconstruisant le mythe de l’islamisation, on lutte à la fois contre l’islamophobie, contre l’islamisme extrémiste, contre le terrorisme, mais aussi contre la judéophobie. Il faudrait me semble-t-il que nos politiques prennent leurs responsabilités à ce sujet et comprennent qu’au-delà de leur intérêt politique à court terme, c’est la paix civile qui est en jeu

15:32 Écrit par Rachid Z dans Europe, Islam et musulmans | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Lettre ouverte de Génération Identitaire à M. le Premier ministre


NOVOpress, le 22 octobre 2012

Suite aux réactions hystériques des mondes politique et médiatique à l’occupation symbolique et non violente du chantier de la future mosquée de Poitiers, Génération Identitaire a adressé une lettre ouverte au Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Lettre que nous reproduisons ci-dessous.

Monsieur le Premier ministre,

Samedi 20 octobre, à six heures du matin, en compagnie d’une centaine de jeunes militants, nous sommes entrés sur le chantier de la Grande Mosquée de Poitiers. En fin de matinée, alors même que vous étiez en déplacement en Asie, vous avez publié un communiqué officiel. Si nous regrettons votre condamnation morale de notre action, nous nous félicitons, en revanche, de l’intérêt que vous portez à notre mouvement, et dont témoigne votre célérité à réagir.

Pour autant, nous voulons croire que votre point de vue découle d’une appréciation inadéquate des faits. En effet, si notre pays connaît régulièrement des occupations d’usines, de bureaux, d’églises, notamment du fait de la CGT ou d’associations de soutien à l’immigration clandestine, celles-ci ne sont pas toujours pacifiques et ne relèvent pas forcément du débat politique. Or, notre occupation du chantier de la Grande Mosquée de Poitiers a été non-violente et est à inscrire dans notre volonté d’un débat public. Notre présence se résume à la pose d’une banderole et à des slogans. L’évacuation s’est faite dans le calme.

Notre objectif était – et reste – d’attirer l’attention de l’opinion publique sur le problème de l’immigration et de l’islamisation en France. Nous savons que sur ces points, vous êtes d’un avis contraire. Ainsi, alors que vous étiez maire de Nantes, vous avez versé 200 000 euros de subvention publique à un centre “culturel” musulman, pourtant proche des mouvances islamistes radicales. Depuis votre nomination à la tête du gouvernement, vous inscrivez clairement votre action dans le développement et l’enracinement de l’immigration en France. Soit ! C’est votre droit et, peut-être, votre devoir au regard d’exigences d’Etats comme le Qatar ou l’Algérie.

Nous avons, quant à nous, un avis contraire. Nous sommes de ceux qui pensent – car nous avons encore le droit de penser – que si les Français devenaient minoritaires, alors la France ne serait plus la France. Fantasme ? Non. Il suffit pour s’en convaincre de considérer les récentes études chiffrées de l’INSEE sur les jeunes d’Ile-de-France ou le nombre de mosquées construites ces dernières années chez nous.

Vous voulez que cela continue ? Nous voulons que cela cesse !

Vous ne voulez pas demander l’avis des Français ? Nous désirons un referendum !

Tel était le but de notre action à Poitiers. A cette dernière, votre parti, le PS, mais aussi vos alliés du Front de gauche et d’Europe écologie les Verts, ont répondu unanimement par la haine. Pensez-vous vraiment, monsieur le premier ministre, que, dans une république, on puisse légitimement interdire d’expression des personnes qui réclament un referendum ? Si votre république n’est pas qu’un mot, n’est pas un rapt sémantique, alors, bien évidemment, la réponse est non.

Nous ne vous demandons pas de nous comprendre. Nous vous demandons, Monsieur le premier ministre, de reconnaître notre droit à l’expression.

Nous voulons un débat public et apaisé ? Les partis qui soutiennent votre gouvernement répondent par des invectives et des menaces. Nous voulons ouvrir les urnes ? Ils brandissent le bâton. N’est-ce pas eux, pourtant, qui, naguère, défendaient les Pussy Riot, entrées dans une église russe ?

Certes, vous nous répondrez que la justice a décidé de nous poursuivre. Mais, soyons sérieux, Monsieur le Premier ministre. Pourriez-vous nous jurer que pas un seul de vos ministres n’ait appelé Monsieur le procureur de Poitiers ? Savez-vous d’ailleurs la raison de la mise en examen de quatre d’entre nous ? “Incitation à la haine raciale” pour avoir scandé, entre autres slogans : “Charles Martel !”. Est-ce cela votre république ? Est-ce là votre réponse aux centaines de milliers de jeunes Français qui refusent l’immigration parce qu’ils en souffrent régulièrement ?

C’est de tout cela, Monsieur le Premier ministre, que nous souhaitons vous entretenir. Nous vous demandons donc de nous fixer un rendez-vous ou, à défaut, une rencontre avec l’un de vos conseillers.

Dans cette attente,

Nous vous prions de croire, Monsieur le premier ministre, à l’expression de notre très haute considération.

La direction de Génération Identitaire

Écrit par : Rachid Z | 24 octobre 2012

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