17 octobre 2012

Un vote musulman aux élections communales ?

Un vote musulman aux élections communales ?

Le Soir, le 16 octobre 2012

Corinne Torrekens, docteure en sciences politique et sociale, FNRS, GERME, Université libre de Bruxelles.

Bruxelles-Ville, Molenbeek, Schaerbeek, Saint-Josse : à Bruxelles, les électeurs d’origine étrangère représentent une manne de voix importante dans une série de communes. Un vote forcément offert aux candidats de leur communauté d’origine ? Corinne Torrekens, docteure en sciences politique et sociale et chercheuse au FNRS et à l’ULB, analyse le vote de dimanche.

Le communautarisme s’est largement invité aux élections communales de ce dimanche. Preuve en est la victoire de la N-VA à Anvers, premier vote communautaire en Belgique, il faut le rappeler. Mais revenons-en à nos moutons. Le vote musulman a-t-il existé lors des élections communales de ce dimanche ? Non au sens où – tout comme pour d’autres communautés – le nombre de candidats d’origine musulmane a explosé.

Les personnes souhaitant exprimer un vote "communautaire" ont donc eu l’embarras du choix. Ainsi donc, le vote musulman s’est dispersé. Il n’empêche que des candidats ont pu bénéficier de leur campagne faite dans ou à proximité des mosquées et/ou de leurs réseaux «musulmans». Mais ces candidats ne sont pas forcément eux-mêmes musulmans. Les voix de préférence de Philippe Moureaux (PS) et de Bernard Clerfayt (FDF), dans des communes bruxelloises très comparables de ce point de vue, respectivement Molenbeek et Schaerbeek, s’expliquent aussi par leur capital sympathie auprès de la population musulmane. Considérer que les musulmans votent nécessairement à gauche s’avère, par conséquent, simpliste, surtout aux communales, ne serait-ce que par cette affirmation appuyée sur une catégorisation religieuse ne prend pas en question leur positionnement sociologique de classe (et donc la question des discriminations socio-économiques). Mais, la surprise a été créée par les résultats du parti Islam (troisième refondation du parti Nour) qui – sur les trois listes et candidats présentés à la Ville de Bruxelles, à Anderlecht et à Molenbeek – obtient deux sièges dans ces deux dernières communes.

Les candidats Ahrouch Redouane et Ait Jeddig Lhoucine, qui ont sans doute bénéficié du soutien d’une partie de la communauté chiite, arrivent même 6e en termes de voix de préférence, Ait Jeddig Lhoucine ayant sans doute grignoté des voix au bourgmestre Philippe Moureaux dans son combat très serré avec la chef de file du MR, Françoise Schepmans. Malgré son programme aberrant (présentant par exemple des objectifs relevant d’autres niveaux de pouvoir) et son manque de moyens expliquant une campagne limitée à des distributions de tracts dans des lieux publics ciblés, Islam a très certainement bénéficié d’un coup marketing. Sa percée – à Bruxelles et à Anderlecht, il réussit mieux que d’autres listes alternatives même additionnées – témoigne aussi de la croissance de trois revendications au sein d’une partie de la communauté musulmane : les repas halal, les jours de congés et le port du foulard. A ce titre, on a pu observer une véritable attitude schizophrénique de l’ensemble des familles politiques traditionnelles sur cette question : refus de candidates voilées sur certaines listes et pas dans d’autres, exclusion de certains candidats des sections locales pour avoir abordé le sujet, candidates faisant campagne avec leur voile mais se déclarant prêtes à l’enlever une fois élues, présentation de candidates mais impossibilité à arrêter une position commune claire sur la question, toutes les combinaisons ont été possibles cette année.

On le sait, le nombre de votes blancs et nuls est en augmentation par rapport à 2006, significativement dans les communes populaires où la population musulmane est importante. Si divers facteurs économiques et politiques viennent expliquer ce phénomène, le positionnement du Think thank Vigilance musulmane en faveur d’un vote blanc à Bruxelles et en Wallonie en raison des atteintes aux libertés fondamentales et qui a abondamment circulé sur les réseaux sociaux semble aussi avoir pesé lorsque l’on analyse à chaud les résultats.

Il reste un dernier enseignement à tirer du scrutin de ce dimanche : à Saint-Josse, Emir Kir, qui en 2006 avait vu lui échapper le mayorat alors qu’il arrivait en tête des voix de préférence, devient le premier bourgmestre issu de l’immigration turque d’une commune bruxelloise. La participation politique des personnes d’origine étrangère – et là, bien évidemment pas seulement musulmanes, entendons-nous bien – aux élections communales vient donc de franchir un cap et ne se limite plus à la présentation d’une liste de candidats. Alors, à quand une bourgmestre belge voilée ?

Commentaires

C’est un constat alarmant qui a terme donnera raison a Bruxelles a des partis comme la NVA
La population doit changer son fusil d’épaule dans l’intérêt de tous.

justicia

Écrit par : justicia | 17 octobre 2012

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Justicia prônerait-il le White Power ?

Écrit par : Spice Girl | 17 octobre 2012

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non pas du tout au contraire , saint Josse peu être fière de sa multiculturalisme , nous parlons ici de politique.

justicia

Écrit par : justicia | 17 octobre 2012

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Je ne comprends pas pourquoi ce qui relève davantage d’un vote ethnique est qualifié par certains chercheurs ou journalistes de vote musulman. Il serait plus convenable de ne pas se précipiter à étaler dans les médias des analyses prétendument scientifiques. Pour ma part j'observe que cette "manne de voix" est essentiellement influencée et guidée par des considérations liées à la culture d’origine des électeurs et ce, quelle que soit la confession ou la supposée confession. Sans oublier les pressions et les ingérences toujours exercées par certains services consulaires et diplomatiques des pays dont ils sont originaires. Même s'il est vrai qu'on peut observer, par exemple, que les membres des minorités chrétiennes ou juives originaires de Turquie ou du Maroc n’adoptent pas forcément un comportement électoral semblable à celui de leurs compatriotes musulmans, j'ai de bonnes raisons d'affirmer qu'il vaudrait mieux parler de vote immigré, de vote communautariste sur base de l’appartenance ethnique et pas toujours pourvu de conscience, de responsabilité citoyenne. Et n'est-ce pas en fonction de quotas ethniques que les listes électorales des partis traditionnels sont composées.

Écrit par : Rachid Z | 17 octobre 2012

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"Sans oublier les pressions et les ingérences toujours exercées par certains services consulaires et diplomatiques des pays dont ils sont originaires."
croyez vous que les chiites de la liste Islam font bande à part malgré le fait qu'ils soient d'origine marocaine? et leurs électeurs, sont ils hors cadre?? négligés par les services...oubliés par les encadrants amicalistes..
cependant, l'électeur indigné pourra bien, dans son coin, préparer son coup d'état en votant à contre courant afin de sanctionner et modifier le jeu politique.

Écrit par : antoine | 17 octobre 2012

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Le vote "ISLAM", par rapport à la masse de "l'électorat musulman" (multi-ethnique) est une exception et une réalité sociologique qui ne date pas d'hier mais ne sombrons pas dans l'amalgame, les analyses ne se pondent pas comme les dépêches, elles s'élaborent dans la sérénité.

Écrit par : Rachid Z | 17 octobre 2012

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"les analyses ne se pondent pas comme les dépêches, elles s'élaborent dans la sérénité."
vous ne répondez pas à ma question, Mr Rachid Z
nous savons que l’électorat musulman s'affine dans les mosquées présidées par des amicalistes pro-socialiste(sauf a Schaerbeek c'est FDF) et dont les imams sont subventionnés par les services marocains (pas le ministère des cultes belge) qui les forment au préalable à la manipulation mentale de la nouvelle génération de musulmans ignorants en matière d'Islam du fait de la non maîtrise de l'arabe classique et la présence dans les librairies spécialisés Islam, d'ouvrages traduits en Français mais à tendance (madahib), de mauvaise qualité intellectuelle et comme au moyen age, certains livres proposent des methodes pour accéder au paradis clef sur porte..souvent des auteur salafiste, frere musulman et wahabites..c'es rare qu'on trouve un Dr Adnan Ibrahim ou autre qui critique les hadiths de alboukhari ou muslim..

le reste de l’électorat maghrébinen c'est dans les cafés qu'on va la chercher..des caids patriarches s'en chargent et d'ailleurs à Schaerbeek la candidate Moureau était accompagnée par un marocain et un tunisien.. un flop cuisant

Écrit par : antoine | 17 octobre 2012

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Ces maléfiques qui emploient les religions, ou ces malvaillants qui emploient la politiques, non rien avoir ni avec la politique ni avec les religions tu pense pas antoine?

pourquoi des lors les lies tu ? est tu contre les religions?

Écrit par : ant-oine | 17 octobre 2012

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