01 juin 2012

Musulmans et non-musulmans doivent dialoguer

Musulmans et non-musulmans doivent dialoguer

Felice DASSETTO, le 01 juin 2012

Depuis quarante ans, les musulmans belges et européens cherchent la voie de leur implantation en Europe. Et les Européens de souche, ainsi que les diverses institutions, cherchent la voie d’une relation avec la nouvelle présence musulmane. Ce cheminement long, souvent hésitant, a été perturbé par plusieurs faits majeurs. D’une part, l’émergence d’une idéologie politique, en vue de la création d’un Etat islamique. Cette idéologie a marqué les 40 dernières années et marquera encore l’avenir du monde musulman. Elle rebondit également dans le contexte européen. A l’islam politique s’est juxtaposé l’islam conservateur, littéraliste, à la fois politique et moral, prôné par le salafisme saoudien.

Ces courants de l’islam ont aussi produit des fractions radicales. Les musulmans européens ont été confrontés au dilemme : suivre ces voies d’ailleurs ou suivre un chemin propre ? Et si c’est un chemin propre, sous quelle forme ? Quelles visions de l’islam ? Les issues restent diverses, souvent hésitantes. Face à ces vécus musulmans européens, au nom de dynamiques nationalistes et identitaires, surgissent des réactions hostiles à cette nouvelle présence. Dans presque tous les pays sont nés des partis hostiles à l’immigration et à l’islam : cela va du Vlaams Belang au Front national, du Partij voor de Vrijheid de Geert Wilders au Pays Bas à la Ligue Nord en Italie en passant par bien d’autres. Au-delà de ces partis, au sein des populations émergent des inquiétudes, mal formulées et fondées souvent sur l’absence de réponses claires. Des idéologues les alimentent, au nom d’une nostalgie trompeuse d’une Europe du passé, blanche, chrétienne : immuables. Ils confondent référence historique et identitaire indispensables et rigidité mentale.

Et enfin, en amont, il y a le bouleversement mondial du système productif, le déplacement des grands pôles de l’économie mondiale. Le chômage structurel est persistant et règne une profonde incertitude d’avenir. Les populations moins outillées des classes populaires, dont celles immigrées, sont les plus frappées. Le devenir est perçu à la lumière d’une sorte de fatum malveillant : pour y échapper, les uns auront alors recours au religieux, les autres aux idéologies nationalistes.

Des expressions exacerbées s’expriment. Malgré ces contextes perturbés, malgré la nouveauté historique constituée par la présence de l’islam en Europe, la relation entre européens de souche, les institutions et les nouvelles populations musulmanes ne s’est pas trop mal passée. Certes, nombreux conflits et maladresses ont eu lieu. Parfois l’un ou l’autre épisode dramatique. On peut regarder la moitié vide de la bouteille ou la moitié pleine. Compte tenu du contentieux et des affrontements réciproques de 14 siècles entre monde européen et monde musulman, on peut regarder la moitié pleine de la bouteille. Cela aurait pu très mal se passer. Ce constat positif ne doit pas être assorti d’une sorte de complaisance béate. Car des questions nouvelles et les difficultés réelles du vivre ensemble commencent. Car jusqu’à présent la cohabitation entre musulmans et non-musulmans n’a touché que des aspects de surface. Prenons quelques exemples parmi bien d’autres. Les mosquées s’étaient faufilées dans le tissu urbain, dans des espaces résiduels. Maintenant les musulmans tendent à leur donner pignon sur rue. Ce qui va changer la symbolique patrimoniale et l’identité bâtie des villes, marquées jusqu’ici pas les églises, hôtels de ville, maisons du peuple, institutions économiques. Il y aura en plus les mosquées. Cette visibilité devra être nouvellement négociée. Les revendications musulmanes, comme celles du port du foulard, avaient été animées jusqu’à présent par des personnes qui vivaient un peu au seuil de la société. Ces revendications, animées par un considérable engouement religieux, ne tenaient souvent pas trop compte du contexte, de la recevabilité. Depuis des années, et de plus en plus, ce sont des citoyennes et citoyens musulmans jeunes, au plein cœur de la cité, qui en sont les porteurs.

Un double défi. D’une part, ces jeunes, immergés dans la société, devront tenir davantage compte du contexte. Ils seront plus en débat avec la société qu’ils connaissent mieux. D’autre part, les demandes de ces citoyens devront être entendues, non pas comme des demandes d’un corps étranger, mais comme pour toute demande publique, elles feront objet de débat. Les revendications musulmanes ont été portées par des idées en grande partie "venant d’ailleurs": des Frères musulmans, des Salafistes ou d’autres encore. Ce sont des doctrines importées. Même l’engouement des bâtisseurs de mosquées ou la codification de l’obligation du foulard en sont. Une phase nouvelle de la construction d’une pensée enracinée dans le vécu des musulmans européens devra s’ouvrir, indissociable, bien entendu, du monde musulman. Elle devra se confronter à ce que signifie, dans le fond et comme vécu "possible", être musulman européen. Autrement dit : la phase d’approfondissement de la présence des musulmans en Europe ne fait que commencer.

Les musulmans devront repenser leurs modalités de présence (dans la cité ? à part ? dans une distance prudente et purement instrumentale ?) et le mode de déploiement de leur enthousiasme religieux. Les non-musulmans, les médias, les autorités publiques devront revoir leurs attitudes, devront approfondir leur connaissance concernant leurs nouveaux concitoyens. Les défis restent grands, en Belgique comme dans les autres pays européens. Pour Bruxelles, en particulier, l’enjeu est crucial et présente des aspects et des difficultés spécifiques, tant du côté musulman que non-musulman. Force est de constater qu’à Bruxelles, plus qu’ailleurs, le chantier d’un débat constructif n’est pas entièrement ouvert. Et se sont forgées des narrations différentes de ce qu’est être bruxellois. L’une vient de la société non-musulmane, bourgeoise, souvent agnostique ou catholique conservatrice, âgée ou plus jeune. L’autre vient de la société musulmane, de sa jeunesse qui, ou bien se voit regardée dans "sa" ville comme si elle était une excroissance étrangère, ou bien se vit dans un ailleurs.

Des ponts sont jetés, certains tentent d’écrire une histoire commune : des hommes et femmes politiques, des acteurs du monde culturel, des entreprises, l’une ou l’autre association. Mais pour les enjeux à venir cela ne suffira pas, car les tendances et les forces qui poussent à la séparation, à la production de deux histoires différentes et opposées sont plus fortes que les dynamiques de construction d’une histoire commune, si on ne fait rien en sens contraire. Les pistes d’action sont nombreuses. Elles attendent des artisans, surtout parmi les jeunes musulmans et non-musulmans. De là pourra naître une nouvelle narration de l’histoire commune bruxelloise.

Commentaires

Voilà une forme écrite de l'antidote à fourger aux aficionados du salafisme débile des videos précedentes..
Charia4Belgika de chez vous autres vient de brandir sa planche de surf pour flotter sur les évenements ..cfr google actu belgique..
Félice aussi..Je trouve potable sa version..moins agressive que la mienne..mais unir les rebeu-smilum de Bruxelles s'avère être la préoccupation des théoriciens de la farce..Bruxelles ou vivent le plus de consanguins incultes est le labo idéal pour planter sa tente pilote..ciao petit smilum

dis merci a bou khrour..je relance le débat ici
d'acc ou pas d'acc qu'il ya un os dans la bouillabesse

Écrit par : Abou khrour | 01 juin 2012

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