27 avril 2012

Aspects géopolitiques, historiques et linguistiques des aventures de Tintin

Aspects géopolitiques, historiques et linguistiques des aventures de Tintin

Par Daniel Justens, Professeur à la Haute École Francisco Ferrer, Auteur d’ouvrages scientifiques et d’études concernant la bande dessinée

Présenté par Charles Huygens, Directeur général de Département de l’Instruction publique de la Ville de Bruxelles

Vendredi 4 mai 2012 à 18 heures 30

 Bibliothèque des Riches Claires

Rue des Riches Claires 24 - 1000 Bruxelles 

Tél. : 02/548.26.10  Fax : 02/548.26.48

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"Tintin au Congo" ou la mission civilisatrice de la colonisation.

Par Smarra, 28 novembre 2009

Hergé dessine et écrit "Tintin au Congo" en 1930 et 1931. Il s'agit du second album des aventures du reporter. L'idée en revient à l'abbé Norbert Wallez, directeur du quotidien Le vingtième siècle où Hergé (alias Georges Remi) est embauché en 1925. Après avoir plongé Tintin en Bolchévie ("Tintin au pays des Soviets"), Wallez convainc le dessinateur de s'intéresser au Congo, l'unique, mais gigantesque colonie belge, un territoire 80 fois plus grand que celui de la petite métropole !

La colonisation du Congo fut tout à fait particulière, une des plus sauvages et des plus singulières du continent. A partir du dernier tiers du XIX° siècle, le roi des Belges Léopold II songe à se tailler un territoire au centre de l'Afrique équatoriale. En jouant des rivalités entre les grandes puissances (Royaume Uni, Allemagne, France), il parvient à ses fins à l'issue de la conférence de Berlin, en 1885. Le bassin du Congo lui est attribué à titre personnel. Seul contrainte pour Léopold II, maintenir la liberté de navigation et de commerce dans le bassin du Congo, pour les autres puissances européennes. Les compagnies étrangères ne peuvent obtenir de concessions qu'en passant des accords avec Léopold II.

Ce dernier entend bien exploiter au mieux les richesses de son nouveau bien, notamment l'ivoire, puis le caoutchouc. Les faibles densités du Congo posent très vite le problème du recrutement de la main d'oeuvre. Le monarque résoud la difficulté en ayant recours au recrutement contraint des populations, astreintes au travail forcé. Le souverain passe alors en Europe pour un roi philanthrope. Dans les faits, il utilise les procédés les plus cruels pour exploiter au mieux le Congo. Les populations locales sont obligées de fournir par tous les moyens le caoutchouc aux milices de Léopold. Les récalcitrants, ou ceux qui ne rapportent pas les quantités fixées par avance, subissent les pires violences: incendies des villages, mutilations, assassinats, quand leurs familles ne sont pas prises en otages !

Cette exploitation forcenée de la colonie est enfin dénoncée par des enquêtes courageuses menées par des Britanniques. Devant le tollé que provoque la révélation des violences perpétrées en son nom au Congo (il n'y a jamais mis les pieds), Léopold II lâche sa juteuse priopriété, dont il parvient encore à tirer profit puisqu'il la vend à la Belgique, en 1908.

Voilà pour le cadre territorial et historique dans lequel se déroule Tintin au Congo. Le dessinateur, lui non plus, ne se rend pas directement au Congo. Pour réaliser son travail, il utilise deux sources principales: la fréquentation assidue du Musée colonial de Tervueren, en Belgique, ainsi que Les silences du colonel Bramble d'André Maurois (1918). Ses choix sont aussi représentatifs de la représentation que se font alors de nombreux Européens de leurs colonies et des populations colonisées.

Hergé déclarera ainsi à propos de l'album : « Pour le Congo tout comme pour Tintin au pays des Soviets, il se fait que j’étais nourri des préjugés du milieu dans lequel je vivais… C’était en 1930. Je ne connaissais de ce pays que ce que les gens en racontaient à l’époque : "Les nègres sont de grands enfants, heureusement que nous sommes là !", etc. Et je les ai dessinés, ces Africains, d’après ces critères-là, dans le pur esprit paternaliste qui était celui de l’époque en Belgique. » Certes, il convient d'éviter l'anachronisme et il ne s'agit pas d'exercer une justice rétrospective. Nombre de tenants de la colonisation étaient pétris de bonnes intentions. Par exemple, un personnage tel que Jules Ferry était réellement dans l'ambivalence: à la fois impérialiste et défenseur des droits de l'homme. Mais Hergé dessine son "tintin" en 1931, bien plus tard donc. Ce qui nous montre en tout cas le cheminement des esprits sur la question de la colonisation.

Cette œuvre est révélatrice de la perception qu'ont de nombreux Européens des Africains. Sous le crayon du dessinateur, les Noirs apparaissent tour à tour paresseux, puérils, gentils, stupides et parlent "petit nègre". L'album est rempli de stéréotypes typiques de la vision qu'avaient de l'Afrique les Européens à cette époque. Ce qui passe sans problème dans un pays acquis à l'idée colonialiste. Cela n'est pas perçu comme du racisme, mais du paternalisme. En effet, les conquêtes coloniales européennes se déroulent dans la bonne conscience. Comment l'expliquer? L'universalisme des Lumières ou des missionnaires méthodistes britanniques est contrecarré dans la deuxième moitié du XIX° siècle par les théories "scientifiques" sur la classification des populations et l'inégalité des races. Considérer les populations indigènes comme arriérées ou primitives permet de justifier la mission "civilisatrice". Si les Africains ou les Asiatiques sont de grands enfants, alors il est du devoir des Européens de les éduquer, les placer sur la voie de la civilisation. Or, on le constate en parcourant "Tintin au Congo", ce discours paternaliste reste de mise au moins jusqu'à la seconde guerre mondiale.

Pourtant, à la même époque, les voyages au Congo (français en l'occurence) dessillent les yeux de nombreux Européens. André Gide avec son Voyage au Congo (1927),

Albert Londres dans Terre d'ébène (1928) dénoncent les abus du système. Ils sont ainsi effrayés par les conditions de travail et d'existence sur les chantiers du Congo Océan, la ligne de chemin de fer construite au Congo français permettant de désenclaver le territoire en permettant l'exportation de ses ressources. Dans l'hebdomadaire Voilà, en 1932, un compatriote d'Hergé, Georges Simenon, dénonce violemment les méthodes coloniales de son pays dans "l'heure nègre".

Il faut dire qu'Hergé est à la fois catholique, nationaliste et conservateur. Fidèle à son mentor, il affirme qu'il doit tout à l'abbé Wallez, un personnage tonitruant, à la fois anticommuniste, antisémite et admirateur de Mussolini. Hergé concédera qu'il était "fascistisant". Bref, sans être un fasciste lui-même, le jeune Hergé gravite autour des milieux d'extrême droite nationaliste. Lorsque sort Tintin au Congo, en 1931, le système colonial paraît à son apogée. La même année, en France, l'exposition coloniale remporte un succès colossal. Les métropoles ont notamment pu mesurer l'apport appréciable des troupes coloniales au cours de la grande guerre. D'autre part, l'intense propagande coloniale commence à porter ses fruits.

Le regard européen sur le monde dominé n’évolue que lentement. Les opinions publiques restent majoritairement colonialistes jusqu'à la seconde guerre mondiale (propagande, expositions coloniales). Ce qui ne veut pas dire pour autant que la curiosité n'ait pas sa place dans cet intérêt pour les colonies comme le prouve le regard des intellectuels et des artistes qui s’y intéressent : Matisse, Picasso se passionnnent pour la statuaire africaine, Malraux, parmi d'autres, revient ébloui de son voyage en Indochine.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, sans se renier, le dessinateur corrige ses albums et rectifie parfois le tir. Ainsi, il dénationalise son héros dans ses aventures au Congo. De moins en moins Belge, le jeune reporter est de plus en plus Européen.

Le cours d'histoire sur la Belgique de la version originale (1931) se transforme en un cours d'arithmétique dans la version de 1946.

On doit en grande partie ces évolutions à Casterman, l'éditeur de "Tintin", qui met en place une censure par crainte de susciter des remous. Anticipant le principe de précaution, pendant toute une période, l'éditeur ne réimprime pas "Tintin au Congo" par crainte des tiers-mondistes européens. De fait, au cours des années soixante, l'album décrié est relativement oublié.

Après avoir présenté le cadre général de l'élaboration et de la réception de l'album, tentons de nous pencher sur l'oeuvre en elle-même. La bande dessinée permet d'identifier les missions civilisatrices que prétendent y accomplir les métropoles. Il s'agit aussi d'un témoignage du regard que de nombreux Européens portent sur les populations indigènes.

Eduquer

Le 28 juillet 1885, dans son fameux discours devant les députés, Jules Ferry évoque la “mission civilisatrice” de l'Europe. « Je répète qu’il y a pour les races supérieures un devoir pour elle. Elles ont le droit de civiliser les races inférieures. » Il convient donc d'"éclairer" ces populations. Cette éducation passe par l'apprentissage de la langue, mais aussi de l'histoire, mais pas n'importe laquelle, celle de la métropole. Ainsi, en Belgique comme en France, l'objectif des autorités reste l'assimilation des populations colonisées. Dans cette optique, elles ne doivent donc rien ignorer du passé de leurs métropoles respectives. En Afrique occidentale française, les enfants s'intéressent à leurs "ancêtres les Gaulois". Tintin, quant à lui, s'adresse à ses élèves, non sans condescendance ( "mes chers amis") comme suit: "(...) je vais vous parler de votre patrie: la Belgique". Son cours s'interrompt très vite, puisqu'un léopard pénètre dans la salle de classe. On notera au passage que, loin de déserter, le bon Tintin est prêt au sacrifice. Il est responsable de ses élèves qu'il doit défendre coûte que coûte, quitte à y laisser la vie. C'est aussi une manière pour le dessinateur de souligner l'abnégation des colons qui donnent le meilleur d'eux-même pour les colonies, à l'image de la mère-patrie, toujours prodigue à l'égard de son empire ou de ses colonies.

A l'époque, l’enseignement élémentaire est parfois dispensé dans les langues indigènes, mais l’enseignement secondaire et supérieur l’est toujours dans la langue du colonisateur. Il y a une volonté d’acculturation des populations, et surtout des élites (celles-ci retourneront d'ailleurs souvent les valeurs de la métropole contre elle). La difficile maîtrise du français et les fautes de syntaxe abondent dans la bouche des Congolais dans la bande dessinée. Ils s'expriment en "petit nègre", un sujet de moquerie classique dont Hergé ne se prive pas. Par contraste, le chien, doté de la parole (ce qui est en soi surprenant) s'exprime beaucoup mieux que les Hommes.

L'extrait ci-dessous d'un manuel scolaire des frères de Saint-Gabriel, au Congo belge, en 1937 vaut sans doute toutes les explications. Il est important de savoir que cet ouvrage était rédigé en lingala, la langue vernaculaire la plus usitée au Congo. Il s'agit ici d'une leçon intitulée "Congolais":

"Le Congo est un grand pays renfermant la forêt et des eaux. Dieu y a mis beaucoup de bêtes pour nourrir les hommes. Les Noirs vivent au Congo. Jadis ils étaient des sauvages, mais actuellement leur intelligence s'est développée, rapidement. Nous remarquons que beaucoup d'argent sort des mains des travailleurs. Quelques Noirs sont capables de s'acheter un vélo ou une machine à coudre.

Mais la richesse de la terre est vaine devant Dieu. Les prêtres sont arrivés chez les Noirs pour apprendre aux sauvages la foi en Dieu. Beaucoup de Noirs se sont convertis à leur enseignement. Voilà pourquoi nous rencontrons de nombreux bons chrétiens au Congo.

Les prêtres soignent L'âme des Noirs ; des médecins soignent le corps des malades. A dire vrai, la terre du Congo est en train de progresser sur la voie de l'éducation. Nous rendons grâce à Dieu pour avoir envoyé des Belges dans notre pays."

Rappelons pour terminer sur ce point qu'il ne faut pas exagérer l'importance de cette scolarisation qui concerna toujours un très faible pourcentage d'enfants. Ainsi, d'après Bernard Droz (voir sources), à la fin des années 1930, le taux de scolarisation n'atteint que 4% en AOF et 1% en AEF. A n'en pas douter, les chiffres pour le Congo belge devaient être approchants.

Juger et pacifier

A plusieurs reprises, on peut voir Tintin rendre des jugements afin de clore des différends opposants les populations indigènes entre elles. Tel le sage Salomon, il ne trouve rien de mieux que de couper en deux un chapeau afin de satisfaire deux hommes qui se le disputent Ces derniers partent satisfaits du verdict rendu, même si leur moitié de chapeau ne leur est plus d'aucune utilité. De la même manière, nous le verrons plus loin, c'est Tintin qui ramène la paix et permet de mettre un terme aux querelles intestines qui minent la région. Certes les Européens forment des auxiliaires "indigènes" qui les aident et les secondent dans leurs tâches administratives. Or, comme le rappelle Jean-Pierre Chrétien (voir sources): " Finalement le "bon Africain", quand on lit la littérature coloniale, c'est celui qui reste dans son village avec son chef traditionnel. Les autres, précisément ceux qui "évoluent", sont considérés comme des déracinés, des gens qui mentent, des fauteurs de troubles."

Soigner

La médecine traditionnelle, largement teintée de superstition, s'avère bien incapable de combattre les maladies qui affectent les populations congolaises. A contrario, le savoir faire de Tintin fait merveille et permet de remettre sur pied en un tour de main le malade qui était jusque là aux mains d'un charlatan.

Dans ce dernier domaine, les réalisations des autorités coloniales ne sont pas négligeables. En parallèle avec l'action des missionnaires, elles participent aux progrès de l’hygiène et de la médecine et contribuent ainsi à ce que la population indigène s’accroisse fortement (du moins une fois passées les terribles hécatombes liées au travail forcé en Afrique centrale) . Il faut dire aussi que ces innovations intéressaient les colonisateurs pour leur propre santé. Des enquêtes sont menées sur les épidémies, les découvertes dans la lutte contre le paludisme ou la maladie du sommeil, permettent en outre de légitimer la colonisation.

Mettre au travail ou la justification du travail forcé

L'idée que "l'Africain" se complaisait dans l'oisiveté, qu'il était naturellement paresseux a pris corps lorsque les Européens ont voulu utiliser sa force de travail dans le cadre de la traite des Noirs. Le stéréotupe se développe durant la période coloniale. Dès le début de la conquête, les Etats colonisateurs eurent besoin de main d'oeuvre pour le portage, pour l'exécution de travaux d'équipements. Les dures conditions de travail, très faiblement rémunéré, n'attirèrent guère les agriculteurs locaux. Aussi, les gouvernements coloniaux utilisèrent différents moyens pour obtenir les travailleurs dont ils avaient besoin. Le système des prestations ou corvées s'accompagna de nombreux abus. La main d'oeuvre restant toujours insuffisante, l'administration eut recours au travail forcé. Dans ces conditions, on comprend le peu de zèle des populations exploitées. Or, nombre de colonisateurs justifièrent l'emploi du travail forcé par la nécessité de civiliser les Africains.

Ainsi, Jean Brunhes Delamarre, dans son ouvrage "La France dans le monde, ses colonies, son empire" (1939) écrit en conclusion de son chapitre consacré à l'Afrique noire:

"La France a commencé par poursuivre une politique alimentaire. Jusqu'à notre arrivée, sauf peut être au Sénégal, les indigènes ne se nourrissaient qu'avec des produits de cueillette. Maintenant ils cultivent plus régulièrement des champs, et en bien des régions, ayant ainsi des vivres en suffisance, ils se nourrissent mieux. Mais il a fallu souvent vaincre la force d'inertie du Noir. Est-il sous alimenté, lui proposer gratuitement des semences de paddy suffit il ? Est-il dans la misère, essayer simplement de le soulager suffit-il ? Ne vaut-il pas mieux, pour sa propre dignité, l'astreindre au travail en attendant qu'il ait repris le goût de l'effort et la pratique des bonnes méthodes culturales ?"

Diriger et administrer

Tintin est celui qui trouve la solution au problème en remorquant, grâce à une belle automobile européenne, la locomotive fatiguée. Son ingéniosité et sa débrouillardise interpellent les indigènes. Ces derniers, manifestement impressionnés, proposent d'eux-mêmes au jeune reporter de rencontrer le chef local. Ce dernier convie alors Tintin à l'une de ses parties de chasse.

Au fond , même lorsqu'il est exploité par un colon, en tout cas un Blanc, l'indigène, soumis, se tourne automatiquement vers un autre blanc, comme si il avait intégré son incapacité à trouver une solution à ses problèmes. Ci-dessus, le garçonnet est humilié jusqu'au bout puisque c'est Milou, un vulgaire cabot, qui le ramène à la raison. Paternaliste, il rappelle à l'enfant qu'il se trouve entre de bonnes mains, celles du colonisateur. Il ne peut donc rien lui arriver de mauvais.

le décalage technologique

Plusieurs dessins diffusent l'idée que la "civilisation européenne" représente UN modèle indépassable à suivre. De nombreuses planches permettent de souligner la supériorité technologique européenne. Lorsque le train percute la voiture de Tintin, c'est lui qui déraille et non l'automobile (ce qui se passe plutôt rarement dans la réalité!!!).

Un seul recours possible dans ces cas là, utiliser le savoir faire et la technologie européennne pour triompher d'autres potentats locaux (ci-dessus). Cette manière de présenter les populations indigènes est récurrente dans l'album. Les Africains singent le mode de vie des Européens de manière particulièrement grotesque.

Des populations belliqueuses

Ce qui nous amène à évoquer un autre poncif maintes fois répété: les populations autochtones sont belliqueuses et passent leur temps à s'entredéchirer en d'interminables guerres civiles.

Au fond, seul le sens de la diplomatie et de la médiation des Européens permettra de ramener un semblant de calme entre les chefs de tribu. Le fait que la grande guerre ait déchiré l'Europe, dont l'histoire est émaillée de nombreux conflits meurtriers, semble alors bien vite passé sous silence.

Les missionnaires comme relais actifs de l'administration coloniale

Les missionnaires propagent le christianisme. Leur action est aussi sociale : rachat d’esclaves, fondation d'orphelinats et d'hospices, combat pour la monogamie. Ils partagent avec l’administration coloniale l’enseignement et l’action médicale.

La consécration

Des populations, conscientes de leurs limites, qui acceptent la domination du Blanc. Elles se placent sous la férule,ferme mais juste, de Tintin. Ce dernier devient une référence indépassable en matière de bonté, d'efficacité, d'ingéniosité. Même Milou devient un modèle pour les chiens congolais, qui appartiendraient donc, eux aussi, à des "races inférieures" de canidés... Les populations vouent même un véritable culte au jeune reporter et à son fidèle compagnon, manière de souligner la crédulité de populations superstitieuses, qui se prosternent devant leurs nouvelles idoles.

Enfin, et pour être tout à fait honnête, n'omettons pas l'ultime pirouette de la bande-dessinée. En effet, l'auteur laisse entendre que les vrais méchants sont les Occidentaux, en tout cas certains d'entre eux, dépeints sous les traits d'affreux mafieux qui se livrent au pillage de l'Afrique. Rappelons aussi les prises de position tiers-mondistes d'Hergé dans ses albums ultérieurs.

Tout cela ne saurait néanmoins effacer l'impression d'ensemble. Même dans sa version de 1946, Hergé propose une vision particulièrement paternaliste, voire raciste, du monde colonial. Ces dernières années, des plaintes portées par des associations ou des particuliers au Royaume uni, en Belgique et en France, visent à interdire la BD, ou en tout cas la censurer. On peut s'interroger quant à l'opportunité de telles démarches. Juger le contenu d'une oeuvre n'a de sens que si on la replace dans le contexte de son époque.

Écrit par : Rachid Z | 27 avril 2012

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