06 avril 2012

Grand rabbin Guigui : "En Europe, on a peur de la différence"

Grand rabbin Guigui

"En Europe, on a peur de la différence"

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Propos Recueillis par Gérald Papy, le 06 avril 2012

La tuerie de Toulouse, le grand rabbin de Bruxelles Albert Guigui l'a perçue comme une «catastrophe» pour la communauté juive, mais aussi pour tous les Européens. Car deux symboles importants étaient visés : les enfants et l'éducation, fleuron de nos démocraties. Pour l'homme de religion, l'objectif des extrémistes est aussi politique : déstabiliser nos sociétés. Ce constat conforte Albert Guigui dans la nécessité de jeter des ponts entre les classes sociales, les cultures, les religions... Or, sur ce terrain, les Etats-Unis, lui semble-t-il, réussissent mieux le vivre ensemble que l'Europe. Le droit à la différence y est davantage cultivé. Un atout à condition qu'il s'inscrive dans le respect de l'autre.

Quatre personnes juives, dont trois enfants, parmi les victimes du tueur de Toulouse : qu'avez-vous ressenti ?

C'est une catastrophe pour la communauté juive parce que l'on s'est attaqué à deux symboles : tuer un enfant est le pire des crimes ; s'attaquer à une école juive, c'est s'en prendre à l'éducation, une des fleurons de nos démocraties. On a aussi visé une école juive pour déstructurer nos institutions communautaires, semer la panique parmi les parents, les perturber dans leur quotidien.

A-t-on voulu atteindre un refuge de la communauté juive ?

Non, pas essentiellement un lieu protégé. Surtout un lieu où l'on essaie d'enraciner les enfants dans la tradition de leurs parents, de leurs grands-parents tout en les ouvrant à la vie. Raison pour laquelle c'est une catastrophe non seulement pour la communauté juive mais aussi pour tous les citoyens européens, juifs ou non juifs. Pourquoi vouloir semer la panique dans nos sociétés ? Les défenseurs de la démocratie doivent tout faire pour que ces actes ne se reproduisent plus. Il est important que les Etats s'unissent, notamment au niveau européen, et rassemblent leurs forces pour combattre ceux qui veulent déstabiliser les démocraties.

Une mort violente a-t-elle une signification particulière dans le judaïsme ?

Non. Le judaïsme sanctifie la vie. Dans la tradition juive, la valeur de la vie dépasse toutes les autres. Lorsqu'une vie est en danger, on peut enfreindre tous les commandements de la Torah. Par exemple, Yom Kippour, le jour le plus sacré, peut être enfreint s'il s'agit de sauver des vies humaines.

Ne retrouvons-nous pas, dans l'islam aussi, cette valeur ? Je crois que oui. J'ai entendu souvent mes collègues imams reprendre cette phrase du Talmud et qui, semble-t-il, se trouve également dans le Coran : «Celui qui tue un être humain, c'est comme s'il tuait l'humanité tout entière.» Mais quand on instrumentalise une religion, quand on s'en sert de levier pour ses propres intérêts, on peut lui faire dire tout ce que l'on veut. C'est, je crois, ce que les djihadistes font aujourd'hui.

La tuerie du lycée Ozar-Hatorah relève-t-elle d'un cas isolé et exceptionnel ou exprime-t-elle une lame de fond d'antisémitisme durable et en expansion ?

Si nous nous référons aux événements de France, il est préjudiciable de vouloir importer dans nos sociétés européennes des conflits extérieurs. Il faut surtout oeuvrer à améliorer le vivre ensemble. Si notre monde devient de plus en plus violent, c'est tout simplement parce que de l'autre on ne connaît que les préjugés. Quand on parle de l'islam, c'est le terrorisme. Quand on parle du judaïsme, d'autres préjugés dominent. L'important est d'essayer de connaître l'autre tel qu'il est et non tel que je voudrais qu'il soit. Pour cela, il faut jeter des ponts entre les différentes couches sociales, cultures, religions... Créer ce qu'Emmanuel Levinas appelle «la révélation de l'Autre». Il faut cultiver ce vivre ensemble et favoriser toutes les initiatives qui permettent aux hommes de se rencontrer et de mieux se connaître.

Deux réflexions à la suite de votre réponse. D'une part, affirmer qu'il ne faut pas importer les conflits extérieurs, n'est-ce pas un voeu pieux à l'heure de la mondialisation, des télévisions satellitaires, d'Internet et des réseaux sociaux ?

Nous sommes dans une société devenue un village planétaire. Les informations y circulent presque à la minute. Il faut savoir éviter les amalgames et éduquer les citoyens à éviter les amalgames. Tous les musulmans ne sont pas des terroristes. Il faut le dire. C'est dramatique de condamner toute une communauté parce qu'un délinquant commet un crime. Il faut aussi savoir faire la distinction entre antisionisme, antijudaïsme et antisémitisme. En quoi une jeune fille de 8 ans d'une école juive de Toulouse est-elle responsable du conflit au Moyen-Orient ? Il faut éduquer nos enfants à cette pluralité depuis la plus tendre enfance.

D'autre part, agit-on suffisamment pour favoriser la rencontre des autres ?

Notre pays a été malheureusement endeuillé il y a deux semaines par l'attentat à la mosquée d'Anderlecht. L'imam Abdallah Badou, qui en a été victime, était l'exemple du jeteur de ponts entre les communautés religieuses. Il est venu ici à la synagogue lors de la Fête des kabbales, reçu avec une délégation de sa mosquée et d'autres leaders religieux. Il a parlé de tolérance, d'ouverture, de dignité de l'homme, de respect de l'autre. Il m'a invité chez lui dans sa mosquée. Je m'y suis rendu avec des représentants de notre communauté et d'autres leaders religieux. Je me suis adressé à eux en arabe et en français. Ce sont des hommes comme cela dont on a besoin. Et malheureusement, ce sont ces hommes-là que l'on essaie d'abattre parce que ces extrémistes ont peur de ce vivre ensemble.

Je ne sais si les hommes politiques ont une responsabilité. Mais beaucoup de jeunes se tournent vers l'extrémisme parce qu'ils se sentent un peu perdus dans cette société. Ils ne réussissent pas dans leurs études, n'arrivent pas à avoir une formation, traînent toute la journée dans la rue. Ils deviennent des proies faciles pour tous les extrémistes qui cherchent à les happer. Il faut faire davantage de discrimination positive pour ces personnes en difficulté, auxquelles on doit apporter plus d'aide qu'à d'autres.

Ces extrémistes sont-ils aussi des produits d'une société en crise économique ?

Certainement. La crise économique y contribue. Cependant, certains extrémistes veulent aussi imposer leur mode de vie à nos sociétés occidentales. Ils profitent de ces jeunes-là pour les instrumentaliser et les valoriser. Ils leur donnent ce qu'ils n'ont pas trouvé dans notre société occidentale. Pourquoi beaucoup se radicalisent-ils dans les prisons ? Parce qu'ils se sentent punis par cette société qui n'a rien fait pour les aider. Ils rencontrent des extrémistes qui leur disent : «Vous n'êtes pas des vauriens. Vous pouvez faire quelque chose de votre vie.» Ils leur donnent une mission : «Vous allez défendre l'islam.» Ils ne leur disent pas que c'est l'extrémisme qu'ils vont défendre.

A Anderlecht et à Toulouse, le salafisme, qui tue d'ailleurs surtout des musulmans, est apparu comme un vecteur commun. Cette tendance est-elle spécifique à la religion musulmane ou traverse-t-elle d'autres religions ?

Toutes les religions sont traversées par des courants divers. C'est aussi le privilège de la démocratie de pouvoir laisser la liberté à chacun de réfléchir, de penser comme il l'entend. Je ne vois pas dans la pluralité un danger, j'y vois une richesse. Chacun apporte ce qu'il a de meilleur, chacun offre son vécu. A condition que ce soit dans le respect de l'autre. C'est ce que l'on ne retrouve pas chez certains extrémistes.

A l'heure actuelle, l'islam n'est-il pas dominé par une vision très rigoriste, dont l'émergence du salafisme est une illustration, et ne souffre-t-il pas d'un manque d'interprétation des textes sacrés par rapport à d'autres religions ?

On ne peut jamais généraliser. Il y a dans l'islam des écoles qui interprètent et d'autres qui le font moins. Ce qui est inquiétant, c'est le souhait de quelques-uns de passer à l'acte et d'attenter à la vie de ceux qui pensent différemment. Que chacun pense comme il veut, c'est son droit quand il y a respect mutuel. Je crois au droit à la différence. Le mot tolérance est malheureux parce que tolérer quelqu'un signifie le supporter. Moi, je ne veux pas être toléré. Je veux être accepté tel que je suis. Et je veux que l'autre soit accepté comme il est. Chacun est libre de penser comme il veut. A condition de respecter la loi civile, l'autorité. A partir du moment où je choisis de vivre dans un pays, je dois me soumettre à ses règles. C'est ce qu'on explique dans la tradition juive par la formule «La loi du pays fait loi». Tout en étant ce que je suis.

Antisionisme, antijudaïsme, antisémitisme : estimez-vous que la critique du gouvernement israélien peut dériver vers de l'antisémitisme ?

Souvent. L'Etat d'Israël ne doit pas être traité de manière privilégiée. Chacun a le droit de porter un jugement. Cependant, aujourd'hui, la critique d'Israël n'est pas équilibrée. Souvent l'autre aspect de la question n'est pas pris en compte. Ce que je demande aux médias, c'est qu'ils informent objectivement et pas dans le «deux poids, deux mesures». C'est peut-être difficile à dire : l'antisionisme est parfois un exutoire pour les antisémites qui ne veulent pas se déclarer antisémites parce que ce n'est plus à la mode...

Engranger des progrès dans la résolution du conflit israélo-palestinien, le régler à terme contribuerait-il à pacifier les relations entre les communautés dans les sociétés européennes ?

Je vais vous répondre à deux niveaux. D'abord, cela n'enlèverait pas d'argument à ces extrémistes parce que leurs principales victimes ne sont pas des juifs mais des musulmans. Cela n'arrêtera pas.

Mais, c'est mon voeu le plus ardent qu'un jour je puisse voir la paix entre Juifs et Arabes. Je crois très fort à cette paix et je suis sûr que les Juifs et les Arabes sont faits pour vivre ensemble. Nous avons tellement de points communs. Je suis né au Maroc. J'ai vu cette cohabitation. Elle était merveilleuse. Je rêve d'un Moyen-Orient pacifié.

Depuis plus d'un an, des pays arabes ont connu des révoltes populaires qui ont eu pour effet de favoriser la démocratisation et l'arrivée au pouvoir des islamistes. La participation de ceux-ci dans le jeu démocratique est-elle une bonne chose à terme pour les relations israélo-arabes ?

Celui qui peut dire ce que sera le Moyen-Orient demain, je ne l'ai pas encore vu naître. Il est très difficile de faire des pronostics. Je veux être optimiste même si le climat se radicalise, que ce soit en Egypte, en Algérie... Je ne perds pas espoir que ces jeunes qui ont fait la révolution comprennent qu'il est important de retrouver la démocratie et la paix. Aujourd'hui, apparemment, elle paraît s'éloigner. Je parie sur le positif. Par exemple, dans les derniers développements en Israël, le Hamas n'est pas intervenu. Peut-on en conclure qu'il a compris que la diplomatie vaut mieux que la guerre ? Peut-être. Tout change dans la vie, surtout au Moyen-Orient. Les alliances se font et se défont. Menahem Begin était un extrémiste. C'est lui qui a conclu la paix avec Anouar el- Sadate. L'important est de renforcer les éléments qui aident à la paix pour les aider et de favoriser le dialogue à tous les niveaux, interpersonnel, interétatique, interreligieux, interculturel.

La parole suffit-elle nécessairement ? Vous insistez sur le droit à la différence. Certaines voix se sont élevées ces dernières années pour affirmer que les démocraties européennes, dans la tolérance des autres cultures, n'ont pas placé suffisamment de barrières pour éviter certaines dérives. Que vous inspire cette analyse ?

C'est exact. Les démocraties, malheureusement, ont leurs faiblesses. Certains profitent des avantages qu'elles offrent pour, ensuite, se retourner contre elles. L'exemple des Etats-Unis est intéressant. Toutes les minorités y sont acceptées, reconnues et vivent ensemble. Ici, en Europe, on a peur de la différence. Il faut donner à chacun la possibilité de s'épanouir dans son identité et dans son authenticité. Si les gens sont heureux, ils contribueront au bien-être des autres. A une condition fondamentale : le droit à la différence ne signifie pas la licence, l'anarchie, le n'importe quoi. Que je puisse vivre ma religion comme je l'entends et que l'Etat m'aide à cela, c'est bien. Mais à condition que ma religion ne soit pas un facteur de déstabilisation pour les autres, à condition que cela ne porte pas préjudice aux autres. C'est dans cette harmonie-là que chaque citoyen pourra s'épanouir. Et pourra apporter le meilleur de lui-même à la société.

20:24 Écrit par Rachid Z dans Cultes | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

La violence au Proche-Orient touche la diaspora

Par PIERRE VASSART, le 12 octobre 2000

La tristesse, l'espoir et le malaise dominent les sentiments des juifs de Belgique par rapport aux événements du Proche-Orient.

Je ne suis pas israélien. Je suis belge , s'excuse presque le directeur de l'Institut d'études du judaïsme de l'Université libre de Bruxelles, Willy Bok. Bien sûr, les affrontements de Jérusalem m'attristent peut-être plus que d'autres, mais je ne suis pas davantage que, disons, un observateur avec sympathie: je n'ai pas de point de vue politique à défendre .

La question, liée au regard extérieur porté sur les juifs de Belgique (dont la grande majorité n'est d'ailleurs représentée par aucune association) est-elle incongrue? Peut-être. Mais elle semble justifiée notamment par les quelques incidents à connotation antisémite qui se sont succédé à Bruxelles, et qui ont de quoi troubler. Durant le dernier week-end, une poignée de jeunes maghrébins ont jeté des pierres sur des fidèles qui sortaient de deux synagogues bruxelloises, le Mémorial au martyr juif d'Anderlecht a été profané et des murs de l'école Maïmonide ont été tagués.

En outre, mardi soir, une bande de jeunes excités s'est détachée aux cris de «Mort aux juifs!» d'une manifestation de protestation contre la répression israélienne en Palestine organisée par le comité belgo-palestinien sur la place de la Monnaie et, au grand désespoir des organisateurs, a provoqué quelques déprédations sur la petite ceinture de la capitale. La frontière est parfois ténue entre anti -sionisme et antisémitisme, rappelle Henri Wajnblum, président de l'Union des progressistes juifs de Belgique (UPJB). Et Judith Kronfeld, secrétaire générale de l'Union des déportés juifs de Belgique, se montre inquiète à propos d'une autre manifestation prévue samedi à Anderlecht.

Il ne faut pas monter ces incidents en épingle, assure Georges Schneck, président du Consistoire central israélite. Ils sont le fait de jeunes exclus qui trouvent là une façon de protester contre la société. Les relations entre Juifs et Musulmans sont très bonnes en Belgique. Ce que confirme Albert Guigui, le grand rabbin de la synagogue officielle de Bruxelles, qui estime qu' il serait très regrettable que des groupuscules extrémistes profitent de la situation pour créer des tensions qui n'existent pas et qui en appelle aux hommes de bonne volonté, musulmans et juifs, pour ne pas attiser la situation.

Cela dit, commente le rabbin David Meyer, responsable des cultes à la synagogue libérale de Forest, beaucoup de juifs en Belgique ont des liens étroits, familiaux, avec Israël. Et leur émotion est unanime: Ils étaient si près du but, regrette le rabbin Guigui. Il faut que le dialogue soit rétabli et que les enfants retournent dans les écoles , ajoute Viviane Teitelbaum-Hirsch, présidente du Comité de coordination des organisations juives de Belgique.

Mais entre l'UPJB, qui dénonce sans nuances la violence dont sont victimes les Palestiniens, et le Cercle Ben Gourion, dont le président Arié Renous, tout en se disant atterré par les événements des derniers jours, estime que la volonté de dialogue israélienne doit s'accompagner de fermeté car le dialogue ne doit pas être interprété comme de la faiblesse ,cette émotion se décline sur plusieurs tons. Quand vous mettez deux juifs ensemble, plaisante Georges Schneck, vous avez toujours au moins trois opinions .

David Meyer, par exemple, explique: Selon une certaine tradition, le nom de Jérusalem proviendrait de «Ir Shalom», qui signifie «ville de paix». On en est loin. En tout cas, l'idée d'une Jérusalem «une et indivisible» tient du mythe. La ville a toujours été multiple. Ce dont est également convaincue, entre autres, Michèle Szwarcburt, directrice du Centre communautaire laïc juif, qui estime qu' il y a de la place pour deux Etats dans la Palestine historique. Mais David Meyer va plus loin: Les concepts de souveraineté et de nationalité sont occidentaux. Ils ne sont ni juifs ni arabes. Ce qui ne signifie pas que Jérusalem ne soit pas essentielle pour les Juifs.

Etc. Mais si chacun a sa nuance à apporter, tousparaissent cependant s'accorder sur une idée, exprimée par Michèle Szwarcburt : Il faut laisser parler les gens sur le terrain, et soutenir la voix de la paix...

Écrit par : Rachid Z | 06 avril 2012

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La pire des "hogra" est celle subie par les nôtres

Collectif Cheikh Yassine, le 11 avril 2009

Nous le disons d’emblée, si Mr Boubakeur était un simple quidam, nous n’aurions jamais fait cas de ces déclarations ; chacun ayant parfaitement le droit d’avoir les amis qu’il veut et d’exprimer les opinions qu’il entend défendre. Seulement voilà, le sieur Dalil Boubakeur, n’est pas monsieur tout le monde puisque depuis 1992, il est le représentant de la Mosquée de Paris, et qu’il a été entre 2003 et 2008, le président du CFCM (Conseil Français du Culte Musulman.) A ce titre, lorsqu’il parle, il le fait dans le cadre de sa fonction du moment, c'est-à-dire de représentant d’une communauté de musulmans. C’est donc dans le cadre de ses fonctions de recteur que nous l’apostrophons aujourd'hui.

Dès le 29 mars dernier, nous avons posté sur notre blog l’interview que Mr Dalil Boubakeur a accordée au magazine touristique SVP Israël dans laquelle il déclarait ouvertement sa flamme à l'Etat hébreu. Dans un premier temps, nous n’avons pas communiqué sur ce texte qui nous le disons clairement nous a donné la nausée. Mr Boubakeur n’a jamais été notre tasse de thé ; ce n’est un secret pour personne et nous avons eu presqu’envie de le laisser lui et sa petitesse morale en compagnie de ceux qu’il estime être ses chers amis fidèles.

Et puis, force est de constater, que nous avons ressenti une responsabilité grandissante vis-à-vis de ceux qui ne sont pas toujours au fait de l’actualité. A-t-on le droit de laisser tous ces gens - soi disant représentants de l’islam en France (noter que nous ne disons pas l’Islam de France) - parler en notre nom comme ils le font depuis si longtemps et avoir une visibilité médiatique, sans que jamais personne ne leur manifeste une quelconque opposition ? Parce que dans le fond, c’est toujours au même feuilleton auquel nous avons droit. A force de dire : « c’est gens là ne sont pas des nôtres ; nous ne partageons pas les mêmes valeurs qu’eux etc. etc. » et bien le champ visuel est toujours occupé par les mêmes bons apôtres de la politique française qui, en élèves dociles, propagent cette notion d’« Islam de France » et par voie de conséquence, de discours un tant soit peu exigeants, fondés sur une éthique réellement représentative de la foi musulmane, ni les musulmans, ni les Français n’y ont jamais droit.

Tout ceci a été parfaitement orchestré ; nous sommes en effet en présence d’un pouvoir politique qui depuis fort longtemps - mais tout spécialement depuis que Mr Sarkozy s’est attelé à cette tâche - a décidé coûte que coûte que l’islam devait être revisité pour correspondre à des normes religieuses gauloises acceptables par tous. Il a tout naturellement estimé que pour bâtir « cette nouvelle religion » il avait à sa disposition de braves et vaillants soldats, qualifiés « d’aimables » et de « modérés » qui allaient lui rendre tous les services voulus. Et bien entendu, comme dans n’importe quel autre domaine, « les fréquentables » qui ont tout de suite compris où se situaient leurs intérêts personnels, n’ont pas hésité une seule seconde à donner leur blanc seing pour que soient intégrés à ce « nouvel islam » tous les ingrédients choisis par le pouvoir afin que cette nouvelle religion à la « sauce Marianne » ait le bon goût de la tradition française. Que voulez-vous ! Ce n’est pas donné à tout le monde d’avoir le privilège de voir son portrait régulièrement apparaître sur les écrans de TV et d’être invité dans toutes les réceptions parisiennes là, où tous ceux qui détiennent entre leurs mains la destinée de notre douce France, ont plaisir à se retrouver entre gens de bonne compagnie! Vous avouerez quand même que dans le cas de Monsieur Boubakeur, 17 ans de ripailles, cela fait beaucoup !

Dans tous les cas, on a bien compris que tous ces postes qui n’ont de prestigieux que leur nom au regard de l’islam, doivent être suffisamment intéressants pour justifier tous ces petits ou grands arrangements que Mr Boubakeur se permet avec Dieu et avec le dogme islamique. Parce que des arrangements avec les préceptes de l’islam, on peut dire qu’il en a fait un certain nombre tout au long de ces années; il suffit pour cela de lire toute la documentation disponible. Ce n’est pas cela qui manque.

Disons-le tout net ; il est ulcérant de constater que cet homme qui est à la tête de la Mosquée de Partis depuis 1992 (comme si conformément à ce qui se passe en Algérie, son pays d’origine, il ne pouvait pas y avoir de saine alternance du pouvoir) parlent en notre nom, nous autres musulmans. « Ma communauté » par ci, « ma communauté » par là ; « nous autres les musulmans » et tutti quanti. Et bien nous disons : « stop ! ça suffit ! » Et ce n’est pas parce que, jusqu’à présent, on ne lui a jamais dit ce que l’on pense de lui, que l’envie en était absente. Il y a juste, que souvent, à entendre tant d’ignorance s’exprimée, on ne parvient même pas à se placer à son niveau pour pouvoir y répondre avec la bassesse nécessaire. Ces derniers mois pourtant, Mr Boubakeur, est allé trop loin; beaucoup trop loin. On se demande même d’ailleurs, comment ses amis de tous bords, ne lui ont pas conseillé de la « mettre en sourdine » quelque peu, tant ses dernières déclarations, toutes plus effarantes les unes que les autres, ont provoqué la colère de bon nombre de nos coreligionnaires (même si aujourd’hui il nous est permis d’avoir un léger doute sur le fait qu’il ait la même religion que nous !...)

Il a commis trois faux pas majeurs qui nous conduisent aujourd’hui à lui dire ce que nous pensons réellement de lui.

Sa présence le 02 février 2009 à la synagogue de la Victoire, pour l’intronisation de Monsieur Gilles Bernheim en tant que Grand rabbin de France, nous a semblé d’une incongruité sans nom. Nous rappelons que Monsieur Gilles Bernheim qu’il admire pour « sa grandeur d’esprit, sa sensibilité » s’était fait remarquer en déclarant au quotidien Libération (alors que nous étions en plein massacres de Gaza) lors d’une manifestation publique de soutien à Israël que : « la seule préoccupation de l’armée israélienne est de préserver, avec amour et courage, l’idée d’humanité pour tous les hommes. » Il fallait tout de même oser eu égard à toutes ces multiples images de génocide qui étaient diffusées sur toutes les télévisions arabes (celles de France n’étant évidemment pas assez indépendantes pour faire dignement cet honnête travail d’informations…) En dehors de son côté amoral, il ne fait aucun doute pour nous, que cette déclaration représentait de la part du Grand rabbin un message qui dépassait largement sa fonction de représentant des juifs de France ; d’autant plus que depuis le début du génocide, les membres du gouvernement et le CRIF ne cessaient de répéter à l’envi, que le conflit ne devait surtout pas être importé sur le sol français… Nous avouons, que nous aurions bien aimé voir les réactions politiques de tout bord, si Mr Boubakeur ou Mr Moussaoui, actuel président du CFCM, s’étaient exprimés en faveur de la résistance palestinienne. Je pense que nous aurions eu droit à une levée de boucliers en règle. Mais il n’y a que dans nos rêves les plus insensés que nous pouvions espérer entendre une telle déclaration dans leur bouche respective. On ne peut être dans « les petits papiers » du pouvoir et garder une intégrité digne de ce nom ; c’est tout simplement antinomique par les temps qui courent. Il faut en effet avoir une grande honnêteté intellectuelle ou une foi vive, pour s’en tenir au comportement enseigné par l’islam en toutes circonstances …

Le deuxième faux pas qu’il faut mettre à son passif, fut sa présence à ce dîner du CRIF du 02 mars 2009. Nous nous sommes demandés s’il allait oser s’y rendre alors que les rivières de sang de Gaza était à peine asséchées, et bien comme le « Yes, you can » d’Obama ; il l’a fait. (Monsieur Moussaoui aussi d’ailleurs, mais nous nous sommes déjà chargés de lui dire ce que nous en pensions à travers une lettre ouverte que vous pouvez retrouver sur notre blog !) Sa présence au sein de cette assemblée qui n’a eu de cesse, dans son ensemble, d’apporter son plein et son plus sincère soutien à Israël en dépit de l’abominable génocide des Palestiniens commis quelques semaines auparavant, nous a rempli d’un sentiment de honte eu égard à l’idée que nous nous faisons des valeurs humaines et de la préservation de la vie des hommes. Mais, nous pensons que ce sentiment-là, il n’est plus en mesure de l’éprouver et cela depuis fort longtemps, car nul doute que sinon, nous n’aurions pas eu à supporter de sa part tant de paroles inconsidérées prononcée au cours de l’interview qu’il a accordée ce soir-là et, cela, en dépit des signes très forts de soutien lancés par les membres de « sa communauté » aux Gazaouis dès les premiers jours des bombardements.

Contrairement à lui, de nombreux musulmans n’ont pas hésité à organiser des manifestations de soutien dans toute la France pour que soient dénoncés comme ils se devaient de l’être, les massacres commis sur le peuple palestinien. Il nous apparaît en effet, qu’au lieu d’aller fanfaronner aux côtés de ceux qui soutiennent les criminels de guerre, Monsieur Boubakeur aurait dû se retrouver à leurs côtés pour dénoncer l’Holocauste de Gaza. Comme il le dit d’ailleurs si justement, « quand il y a des a des difficultés » (Gaza est sans doute une des plus grave qu’il nous ait été donné à tous de voir !...) l’amitié, envers les membres de sa communauté, « paraît plus utile, plus précieuse » et nous ajouterons plus morale que jamais. Sa voix aurait dû résonner puissamment à travers les médias dont il se sert à chaque fois que lui ou ses amis en ont besoin, car c’est à lui que revenait en premier, la charge d’inciter les fidèles à se mobiliser afin que les cris de la rue puissent résonner le plus fort possible pour que Mr Sarkozy comprennent bien que, contrairement à lui, les Français dénonçaient massivement le carnage de Gaza. En tout cas, son silence face à cette infamie, a fait autant de dégâts dans nos cœurs que toutes ces bombes destructrices lâchées sur le camp de concentration de Gaza duquel les Palestiniens ne pouvaient et ne peuvent toujours pas se libérer.

Nous sommes obligés de constater que l’Histoire n’apprend décidément rien aux hommes Monsieur le recteur ! En effet, la terrible histoire de son pays, aurait pourtant dû lui enseigner ce qu’est le concept de résistance quand bien même - et ce n’est un secret pour personne - cette notion ne fait pas partie de son héritage familial ; il avait toute une vie d’homme pour refaire une saine lecture de cette histoire coloniale qui a coûté la vie à de nombreux de ses compatriotes qui ont dignement lutté (alors que d’autres les trahissaient) pour assurer l’indépendance de l’Algérie… Car au lieu de se préoccuper du sort de ses « frères de la chère communauté juive » il eut été rassurant pour l’ensemble des fidèles de « sa propre communauté » qu’il trouve les mots adéquats qui auraient traduit « un minimum légal » de « compassion » (eu égard à sa fonction) pour ses frères dans la religion que sont les Palestiniens. Quand on a passé autant de temps que lui avec les politiques, on devrait finir par savoir que, même quand le cœur n’y est pas, on fait semblant de s’associer aux préoccupations de son électorat ; sinon on se met vite en posture de non réélection…enfin il est vrai en même temps, que ce genre de considération ne le concerne pas ! La question d’un scrutin ne peut effectivement pas le pousser à réfléchir en ce sens, puisque lui, son règne à la Mosquée de Paris, ne dépend pas d’un suffrage démocratique…

Le journaliste qui le questionnait au pavillon d’Ermenonville, avait bien raison de s’interroger sur la réaction provoquée dans sa communauté par sa présence dans ces lieux; et il faut dire que son argumentaire « de paix » pour justifier son ralliement à ceux qui soutiennent le génocide palestinien n’a manifestement convaincu que lui-même parce que dès le lendemain il a eu droit à une volée de bois vert dans la presse de la part des musulmans et d’autres personnes pour qui la morale a encore du sens. Pourtant, ces critiques (qu’il n’a pas lues nous en sommes sûrs) ne l’ont pas empêché de remettre le couvert quelques semaines plus tard et de quelle façon ! Sans aucun doute, se sentant plein d’importance d’être ainsi sollicité régulièrement par ses chers amis, il ne s’est pas fait prier pour accepter cette interview que le magazine SVP-Israël lui proposait de réaliser pour son n°22, dans laquelle pour le coup, il a véritablement déclaré sa flamme à Israël.

Et là, on peut dire que ses propos en ont laissé plus d’un estomaqué ! On a eu le sentiment de rentrer dans l’intimité du prétendant romantique qui faisait sa déclaration d’amour à sa "promise… " sans vouloir faire de mauvais jeu de mots. Le champ lexical de l’amour inconditionnel pour l’Etat d’Israël était présent à chaque ligne tant et si bien que nous avons cru à un moment donné que nous nous étions trompés sur l’identité de la personne qui répondait au journaliste. Mais non ! Après vérification, c’était bien lui, Mr Boubakeur, qui faisait l’éloge absolu à longueur de lignes des Israéliens et d’Israël. Tout au long de cette interview, il n’y a pas eu la moindre petite tache d’ombre qui est venue assombrir ce portrait et venir tempérer cette relation en tout point idyllique à ses yeux. Alors, soit l’amour rend aveugle et là il n’y a que l’épreuve du temps dans la relation à deux qui pourra le faire descendre de son nuage ; soit sa mauvaise foi - au sens propre comme au figuré - doit être dénoncée au nom de cette fonction de recteur de la Mosquée de Paris qui est la sienne. Et c’est cette option que nous choisissons.

Son effarante bassesse à propos des derniers évènements de Gaza n’ont fait que le dévoiler encore un peu plus. Nous citons ses propos : « Concernant les derniers évènements à Gaza, je crois personnellement que lorsque des organisations comme le Hamas bombardent pendant des années le territoire d’Israël, elles suscitent forcément des réactions d’Israël et exposent les populations palestiniennes à des représailles. Ce qui est irresponsable et très dangereux. » A t-on besoin encore de rappeler que le Hamas a été élu démocratiquement par les Palestiniens en 2006 ? A t-on besoin de rappeler que la trahison de l’Autorité palestinienne a conduit la bande Gaza à devenir une entité hostile aux yeux de la communauté internationale qui a décidé au nom de « ses plus hautes valeurs civilisatrices » de faire subir en toute illégalité à ses habitants un blocus meurtrier depuis trois ans, transformant de fait la bande de Gaza, en un camp de concentration qui n’a pas d’équivalent ailleurs dans le monde ? Ces gens sont privés de tout : de droits, de liberté, de nourriture, de soins et de vie quand il prend l’envie aux différents responsables politiques israéliens d’en éliminer certains quand bon leur semble par le biais du terrorisme d’état qui lui, semble ne poser aucun problème de conscience à la communauté internationale! Et Mr Boubakeur a l’audace de s’étonner que ces gens résistent ! Ils devraient selon lui, dire « Amen » à leurs bourreaux et se laisser exterminer les uns après les autres pour qu’enfin toute la Terre de Palestine soit le plus rapidement possible entièrement entre leurs mains. Monsieur Boubakeur n’a d’ailleurs aucun état d’âme avec l’insatiable mouvement de colonisation israélien des terres palestiniennes puisque, il a aussi affirmé dans cette interview ceci : « Concernant Israël, je le vois et l’admire comme un pays en pleine expansion et qui a d’énormes possibilités grâce à l’intelligence de sa population, surtout quand on voit comment le pays a mis en valeur ses terres, en comparaison aux terres de ses pays voisins… » Peut-on trahir plus gravement que cela un peuple qui depuis 60 ans lutte sans relâche au prix de son sang pour sa survie et conserver juste un peu de sa terre annexée par Israël au mépris du droit international. Peut-on perdre ainsi tout honneur au point de justifier le génocide de Gaza ?

Alors et parce que cela relève de notre devoir de Mémoire (concept que ses amis cultivent remarquablement, mais que nous avons, nous aussi, décidé de nous approprier pour les Palestiniens) nous vous rappelons, Mr Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris, que les Israéliens dont vous déclarez admirer « l’intelligence » ont soutenu à 96% un génocide de vingt-deux jours commis sur le peuple palestinien totalement prisonnier du camp de concentration de Gaza. Génocide dont le bilan infâme s’élève en ce début avril à presque 1500 morts (dont 413 enfants et 104 femmes) ; 5320 blessés, dont 501 dans un état très critique. Nous vous rappelons aussi qu’après l’opération plomb durci, la bande de Gaza n’est plus qu’un champ de ruines depuis que vos amis dont vous dîtes que « leur sensibilité est leur qualité première» l’ont entièrement bombardée et rasée au bulldozer sous les applaudissements de tous vos chers amis qui venaient faire du voyeurisme et manifester leur soutien en dansant de joie sur la colline de Parash surnommée par quelques rares pacifistes « la colline de la honte » ; même les rabbins ont donné leur bénédiction au génocide. Nous ajoutons à cela Mr Boubakeur, qu’à ce jour des milliers de Palestiniens vivent dans des tentes puisque privés d’habitations, que des milliers d’autres sont toujours privés d’eau, d’électricité, de denrées alimentaires puisque vos fidèles amis ne laissent même pas l’aide humanitaire rentrer normalement dans la bande de Gaza et que même la sioniste Mme Clinton, a dû hausser le ton pour que de simples macaronis puissent parvenir à ces gens qui dépendent aujourd’hui exclusivement de l’aide internationale puisque le rare secteur industriel, déjà considérablement affaibli par trois années de blocus total, est depuis l’opération plomb durci, hors d’état de fonctionner. Et vous, Mr Boubakeur, vous êtes tout à votre joie en constant qu’Israël « a mis en valeur ses terres, en comparaison aux terres de ses pays voisins… »

Toutes ces déclarations sont tout simplement odieuses et relèvent de la justification de crimes de guerre (« elles suscitent forcément des réactions d’Israël et exposent les populations palestiniennes à des représailles ») sur des êtres humains sans défense. Ces paroles que nous condamnerions si elles avaient été prononcées par n’importe quel être humain qui a vu le génocide de Gaza en direct sur les écrans de télévision relèvent de l’inqualifiables dans la bouche d’un homme qui occupe votre fonction de recteur. Nous viendrons donc en personne vous signifier dans le cadre d’un rassemblement ce que nous pensons de votre vision de l’amitié avec les criminels d’enfants! Ne prononcez plus jamais le nom de Dieu devant nous Monsieur Boubakeur!

Pour les lecteurs francophones, le terme « hogra » signifie : mépris (en dialectal algérien), terme utilisé par le mouvement démocratique algérien à partir de 2001 pour désigner l'attitude des autorités vis-à-vis du peuple

Transcription du discours que Mr Dalil Boubakeur a prononcé au cour du dîner du CRIF 2009

Nous sommes avec Mr Dalil Boubakeur, le recteur de la Mosquée de Paris. Monsieur Boubakeur merci d’être avec nous. Fidèle de ce dîner annuel du CRIF, ce qui peut surprendre certains que vous soyez toujours là, à ce rendez-vous même quand les circonstances ne sont pas faciles.

Et je dirais surtout dans les circonstances où la véritable amitié se manifeste particulièrement lorsqu’il y a des difficultés dans l’air ; quand cette amitié paraît plus utile, plus précieuse et je dirais plus sincère que jamais. Mon amitié traditionnelle, affectueuse considère que nous formons au sein d’une même fraternité sémitique c’est évident, des préoccupations qui nous rapprochent beaucoup et comme on dit les malheurs des uns sont souvent les malheurs des autres pour ce qu’ils ont vécu donc, nous compatissons beaucoup lorsqu’il y a, effectivement, des problèmes d’antisémitisme ; lorsqu’il y a des situations qui font de la peine à nos frères de la chère communauté juive et nous voudrions par notre présence leur dire que nous sommes un soutien, un renfort et que comme je l’ai dit souvent, s’il y avait un antisémitisme et bien, je ferai tout pour que les musulmans soient les premiers protecteurs, les premiers remparts contre cet antisémitisme.

Alors ça, c’est le discours d’un responsable religieux, en même temps, parmi vos fidèles à la Mosquée de Paris, certains doivent se dire qu’on ne peut pas échapper à la difficulté d’un contexte politique de violence entre Israéliens et Palestiniens. Est-ce qu’ils ne vont pas être choqués par le fait que vous soyez là ; est-ce que d’une certaine façon ils ne vont pas se dire que vous appuyez aussi les positions qui sont exprimées par le CRIF sur le conflit du Proche Orient, et qui ne sont pas forcément les leurs ?

Alors, nous nous sommes largement expliqués avec les responsables du CRIF et notamment avec Mr le Grand rabbin de France Mr Gilles Bernheim, que tout le monde compatit à la violence, que dans son discours à la grande synagogue de la rue de la Victoire, que Mr Gilles Bernheim a dit qu’il est partisan des hommes de paix et que c’est un homme de paix et que c’est donc entre hommes de paix que nous tendons la main pas du tout pour provoquer la violence, pas du tout pour l’approuver, pas du tout pour la susciter, mais au contraire pour prouver que la main tendue au-delà des troubles, au-delà des évènements, au-delà des circonstances est aussi un facteur de paix ; je travaille pour la paix, je ne veux pas que le discours passionnel, réactionnel ; hostile et violent puisse étouffer les hommes de paix et je me place comme un homme de paix et j’aime lorsque mes frères de la communauté juive parle aussi de paix ; et nous parlons ensemble de paix parce que c’est très important en ce moment

Travailler pour la paix. Merci. C’est le sens de votre présence ici au dîner du CRIF

Lorsque juifs et arabes s’unissent, ils font un travail merveilleux :

Dalil Boubakeur est une grande personnalité de la communauté musulmane en France. Il est l'actuel recteur de la Grande Mosquée de Paris et fut le Premier président du Conseil Français du Culte Musulman. Homme remarquable par son intelligence, sa culture et son ouverture d’esprit, il a bien voulu répondre aux questions de notre Guide-Magazine israélien.

– SVP-Israël : Vous étiez présent à la Synagogue de la Victoire, lors de l’intronisation récente de Gilles Bernheim, nouveau Grand Rabbin de France. Que ressentez-vous lorsque vous assistez à un tel évènement intéressant la communauté juive?

– Dalil Boubakeur : J’ai éprouvé du bonheur, car j’étais entouré d’amis très chers dont Gilles Bernheim que j’admire pour sa grandeur d’esprit, sa sensibilité et sa vision d’avenir. Je suis également très admiratif par la formidable énergie déployée par Joël Mergui, le Président du Consistoire Central, J’ai toujours aimé cette grande sensibilité qui est la qualité première des juifs. Une sensibilité souvent empreinte de souffrance et même d’inquiétude qui m’émeuvent. J’espère ainsi apporter par ma présence, cette fraternité réconfortante et nécessaire, car j’ai toujours pensé que nous sommes faits pour nous entendre et partager les mêmes valeurs.

– Personnellement et par rapport à votre fonction, quels liens entretenez-vous avec la communauté juive de France?

– J’ai toujours tenu à préserver ma liberté de dire les choses telles que je les pense, les ressens et les voie. J’ai ainsi éprouvé, envers ma chère communauté juive, une affection extraordinaire que je souhaite communiquer aux autres. C’est une expérience exceptionnelle que j’ai vécue tant au niveau de la compréhension et des échanges qu’au contact de l’Intelligence. Ce qui m’a d’ailleurs valu pas mal d’hostilité de la part de mes propres amis, notamment lorsque je reçus l’ancien ambassadeur d’Israël en France, pour évoquer le rôle éminent de la Mosquée de Paris pour sauver de nombreux juifs durant la seconde guerre mondiale.

Que voulez-vous ? J’ai toujours admiré et rencontré de très nombreuses personnalités juives et israéliennes de très haut niveau, car leurs vies furent un exemple. Plus généralement, je suis convaincu que l’amitié judéo-musulmane en France peut être un exemple pour le monde entier et même pour nos frères du Moyen-Orient. C’est après tout notre sagesse sémitique commune qui a laissé émerger l’idée de D. pour le monde entier. Qu’attendons-nous pour faire ressurgir cette spécificité et cet héritage ?

– Cette perception et ce sentiment sont-ils partagés par la communauté musulmane de France?

– Il y a, venant des musulmans, un grand mouvement en marche qui tend à leur faire comprendre et respecter ce peuple inscrit dans le Coran et qui a reçu la parole de D. Cette attirance, lorsqu’elle s’affirmera, ravivera l’amitié judéo-musulmane et servira l’intérêt de la paix que D. a voulue. Quand on comprend et respecte, on est compris et respecté par l’autre. La communauté juive est ainsi faite qu’elle rend heureux ceux qui fraternisent et communient avec elle.

– Pour se limiter au contexte français, il faut regretter le manque de passerelles entre les deux communautés… Comment concevoir ce dialogue, cette connaissance de l’autre et les actions à mener en commun qui restent à construire?

– J’ai toujours déploré la pauvreté du dialogue judéo-musulman en France, qui est la conséquence directe du conflit au Proche-Orient. Ceci est d’autant plus regrettable que lorsque Juifs et Arabes s’unissent, ils font un travail merveilleux.

Concernant les derniers évènements à Gaza, je crois personnellement que lorsque des organisations comme le Hamas bombardent pendant des années le territoire d’Israël, elles suscitent forcément des réactions d’Israël et exposent les populations palestiniennes à des représailles. Ce qui est irresponsables et très dangereux.

Pour répondre à votre question portant sur les actions à mener ensemble, il suffit de reprendre nos sources pour voir à quel point le Coran est apparu comme un jalon et dans le droit fil du message biblique d’Abraham ou de Moïse. C’est pourquoi, je souhaiterais aller très loin dans notre identité commune judéo-arabe. D’ailleurs, dans le Coran, il est écrit que le peuple juif est le peuple que D. a choisi.

– Originaire d’Algérie, quel enseignement tirez-vous de la coexistence entre les deux communautés dans ce pays?

– J’ai grandi en Algérie. Je me rappelle que nous disions alors - lorsque des juifs s’installaient dans un village - que la richesse venait avec eux et que s’ils partaient, la misère revenait. Il faut savoir que l’antisémitisme n’est pas une invention arabe mais typiquement européenne. Car être antisémite pour un arabe n’a aucun sens, car ce serait pour un sémite être contre soi-même. Juifs et arabes sont donc amenés, par la nature des choses, à se tenir la main.

– Quelle image avez-vous d’Israël ?

– J’ai souvent été invité en Israël et j’ai promis d’y aller. J’estime pourtant - étant donné ma fonction - que je dois auparavant convaincre ma communauté de l’intérêt de ce voyage. Concernant Israël, je le voie et l’admire comme un pays en pleine expansion et qui a d’énormes ¬possibilités grâce à l’intelligence de sa population, surtout quand on voit comment le pays a mis en valeur ses terres, en comparaison aux terres de ses pays voisins… Israël est l’expression même de l’homme livré à la nature. D’où l’importance à mes yeux, de la connaissance et de l’intelligence humaine.

Écrit par : Rachid Z | 06 avril 2012

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