02 février 2012

Liberté de la presse : la France stagne encore

Liberté de la presse

La France stagne encore

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Par Jérémie Demay, 01 février 2012 

Dans le dernier classement de Reporters sans frontières, la France stagne. Les pays du Maghreb s’améliorent, mais la situation demeure préoccupante dans un grand nombre d’États où les journalistes restent les derniers remparts à une dictature.

Quels enseignements tirez-vous du dernier classement de Reporters sans frontières ?

Gilles LORBET : Nous observons des tendances en rapport avec l’actualité de 2011.  C’est-à-dire les mouvements de contestation, les rassemblements populaires, etc. qui ont rythmé l’actualité l’année dernière. C’est cela qui a pu faire bouger le classement d’un pays, souvent vers le bas. Les risques principaux pris par des médias étaient lors de manifestations. En premier lieu, on trouve le printemps arabe qui a entraîné de nombreux bouleversements. On voit le Bahreïn qui chute. C’est l’exemple type d’une censure réussie. Le Yémen a connu beaucoup de violence. La Libye aussi, où les mouvements d’opposition se sont transformés en conflits ouverts. La Tunisie, à l’inverse, a progressé de plus de trente places. L’enseignement principal est que cela renforce l’idée que l’information libre est du côté des démocraties. Le contrôle de l’information est un enjeu de survie dans les dictatures. C’est pour cela qu’en Syrie l’information est verrouillée ainsi que le net, et l’accès à son territoire interdit aux journalistes.

À côté du classement, un planisphère est édité. On voit des pays du Maghreb passer de la couleur noire au rouge. À l’inverse la Chine passe du rouge au noir. Que s’est-il passé ?

En termes de classement, la Chine n’a pas beaucoup évolué. Elle reste dans les dix derniers pays. Avant, il y avait quand même une information qui passait sur le net, on trouvait aussi des journalistes et des médias de renom. Mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Depuis le printemps arabe, les autorités chinoises se sont raidies à l’égard de l’information. C’est un pays qui est en proie à de grandes tensions sociales en ce moment. Le travail de propagande et de censure s’est considérablement durci. C’est pour cela que la Chine est passée du rouge au noir.

En Russie, la situation ne s’améliore pas non plus…

La Russie change, ce sera intéressant de voir ce qui va se passer pendant les élections. Il y a eu des manifestations de grande ampleur et elles n’ont pas été réprimées ! La situation est «moins pire»… Il y a encore quelques années, de nombreux meurtres de journalistes étaient perpétrés. Mais cela reste risqué pour un journaliste d’enquêter sur des sujets sensibles. Une censure sur le net se développe.

La France, l’an dernier, était 44eme. Cette année nous sommes en 38eme position. Pourtant la situation ne s’est pas forcément améliorée avec les pressions accrues des pouvoirs politiques, les écoutes, la censure… Comment la France a-t-elle fait pour gagner des places ?

Elle n’a pas vraiment gagné des places. C’est plutôt une stagnation. On peut gagner des places parce que d’autres en perdent. Il reste le problème du secret des sources. Charlie Hebdo a été victime d’un attentat et a brûlé. Il y a eu une menace contre un journaliste (1). Il y a eu aussi des incidents repérés en France. C’est pour cela que nous ne pouvons pas dire que la situation s’améliore. Elle est simplement moins mauvaise.

«En France, le secret des sources est malmené»

Quels sont les changements ?

En 2010, il y avait eu des diatribes assez violentes contre la presse, notamment autour de l’affaire Bettencourt. Les prises de positions de la part du pouvoir avaient été violentes. C’est aussi le tout début du scandale des fadettes. Cette année, le secret des sources est toujours malmené, mais la justice travaille.

Restons en Europe. Dans le classement, la Hongrie chute. Est-ce à cause de la politique du président Orbàn ?

C’est effectivement l’organisme de régulation des médias qui a pesé sur le classement.

Soixante-six journalistes ont été tués en 2011, plus deux collaborateurs. Ces chiffres demeurent effrayants…

Effectivement, c’est effrayant. Cette année, au Yémen c’était très violent. En Libye aussi… Mais dans certains pays, les violences contre la presse sont ancrées et perdurent comme au Pakistan, au Mexique, ou en Somalie. Il n’y a pas d’État de droit. C’est donc risqué pour un journaliste de travailler là-bas.

Pendant les révolutions arabes, la place des femmes journalistes était très compliquée. Doivent-elles se préserver pour couvrir des conflits ?

Non. Il faut qu’elles se préservent mais comme n’importe quels autres journalistes. Tout le monde doit rester prudent.

(1) Début septembre 2011, Fabrice Arfi, journaliste de Médiapart enquêtant entre autres sur l’affaire Karachi, reçoit une menace de mort de part de Pierre Sellier, dirigeant de l’entreprise d’intelligence économique «Salamandre».

13:41 Écrit par Rachid Z dans Médias | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

Secret des sources: la Presse judicaire interpelle les candidats

Challenges, le 01 février 2012

L'Association de la Presse judiciaire (APJ) a écrit aux candidats à la présidentielle pour leur demander de prendre position sur ses propositions visant à renforcer la protection du secret des sources.

Dans ce courrier, l'APJ, qui représente 156 journalistes de 70 médias, souligne que "l'affaire des +fadettes du Monde+ illustre parfaitement les insuffisances des textes en vigueur".

"L'APJ souhaite un texte véritablement protecteur", indique le document qui pose la même question à tous les prétendants à la magistrature suprême: "Si vous êtes élu à la présidence de la République, soutiendrez-vous les modifications que nous vous proposons?".

La Presse judiciaire rappelle que dans les années 1990, "plusieurs résolutions européennes ont incité les pays à légiférer afin de protéger les sources des journalistes".

La Cour européenne des droits de lHomme a sans cesse répété que la protection du secret des sources constituait "une pierre angulaire de la liberté de la presse, sans laquelle les sources pourraient se montrer réticentes à aider la presse à informer le public sur des questions dintérêt général", précise l'association.

La rédaction "ambiguë" de la loi du 4 janvier 2010 "a ouvert la voie à des violations répétées" du secret des sources, estime l'APJ.

"Il apparaît indispensable dabroger ce texte, inutile et dangereux, et de le remplacer par une loi assurant une réelle protection des sources dinformation du public", ajoute-t-elle.

LAssociation de la Presse judiciaire souhaite voir protéger non seulement les journalistes et leur collaborateurs, mais également les sources elles-mêmes. "Car actuellement, celles-ci ne bénéficient daucune garantie et ne sont protégées quindirectement".

"Enfin, et surtout, lAPJ souhaite quune sanction pénale soit créée pour réprimer toute violation de la loi sur la protection des sources des journalistes".

Réponse des candidats souhaitée avant le 16 mars.

Écrit par : Rachid Z | 02 février 2012

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merci pour l'article !

Écrit par : coincoin | 04 février 2012

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