23 janvier 2012

Birame Dah Abeid, président de l’IRA

Birame Dah Abeid, président de l’IRA

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«Les oulémas qui sont très écoutés dans la société mauritanienne, ont une grande part de responsabilité dans la légitimation de l’arbitraire par leur accompagnement des pouvoirs esclavagistes et racistes»

Propos recueillis par Haiba, le 05 décembre 2011

Dans un entretien exclusif accordé au site d’information Levéridique online, le jeune leader du mouvement abolitionniste IRA a indiqué que son organisation ne défend pas la seule cause des haratines mais lutte contre toutes les manifestations de violation des droits de l’homme en Mauritanie. C’est pourquoi a-t-il expliqué, l'IRA a manifesté sa solidarité avec le magistrat radié récemment pour avoir prononcé un verdict condamnant des esclavagistes, de même que notre mouvement est solidaire avec l’ancien commissaire aux Droits de l’Homme Ould Dadda, victime de détention arbitraire. Le leader d’IRA s’est encore insurgé contre les oulémas qui participent à la légitimation des phénomènes d’injustice comme l’esclavage et la castification de la société. Il a par ailleurs assuré qu’en aucun cas, il n’emmènera des armes de l’étranger, ou ne comploterait avec un pays étranger pour déstabiliser la Mauritanie ou saper son unité nationale. Voici dans son intégralité cet entretien :

Le Véridique : Lors de votre conférence presse d’avant-hier, vous avez appelé vos militants et sympathisants de ne pas faire recours à la violence. Est-ce là un nouveau virage dans votre discours et votre méthode de lutte ?

Il ne s’agit pas d’un nouveau discours mais de propos qui sied à la situation explosive que vit actuellement le pays. Parce qu’au sommet de l’Etat et dans les rouages des renseignements dans les centres de décision se sont installés des hommes des segments qui n’ont aucune responsabilité, qui n’ont aucune vision et dont les actes peuvent provoquer de graves préjudices à l’unité nationale et à la paix civile. Le projet d’assassinat de ma personne soit à l’ordre du jour au sein de ce segment, au sein de ces hommes qui détiennent le pouvoir actuellement et cela peut emmener toute action violente qu’ils ont projeté et qu’ils peuvent exécuter peut provoquer des réactions que nous ne maitriserons pas de la part de la rue de la part des hommes et femmes qui souscrivent à notre vision des populations qui peuvent se sentir visé à travers notre personne. C’est pourquoi j’ai voulu anticiper et dire à tous nos sympathisants qu’en cas ou l’Etat ou les services de renseignements commettent l’irréparable par un attentat mortel contre nous que leur réaction ne soit pas une la violence par la violence ne paie pas. Nous répondons à la violence par résistance morale, par une force de sacrifice. J’ai appelé tous mes partisans à ne jamais répondre à la violence par la violence. Mais de continuer le combat pour la réalisation de nos positions de principe fondés sur notre farouche détermination à changer les choses en Mauritanie, à créer les mécanismes qui permettent à chacun d’avoir une citoyenneté égale.

Le Véridique : Vos détracteurs vous reprochent de vouloir saper l’unité cohésion et à dresser les composantes du pays les unes contre les autres à travers votre engagement pour une seule frange de la population ?

BODA : Nous ne menons pas un combat en faveur d’une seule composante de la population parce que notre organisation est une organisation nationale multiethnique qui a en son sein des cadres et des militants de toutes les catégories de la population mauritanienne. D’autre part notre discours est unitaire. Il vise à soulager les problèmes et les difficultés de toutes les franges des populations sans distinction de couleur, de classe, d’ethnie. Même si le combat contre l’esclavage occupe la part de lion dans notre action parce que la majeur partie de la population mauritanienne c’est des hratines victimes de l’esclavage ou de ses séquelles. Donc les hratines sont en pointe dans ce combat mais c’est aussi le combat des autres couches. IRA s’est rendu à Inal, il ne s’agit pas d’un problème hratine, c’est un problème qui concerne les négro-mauritaniens que nous soutenons car ils comptent pour nous comme tous les hratines. Les maures étaient présents à Inal comme ils sont présents dans le combat contre l’esclavage pour lequel ils se sacrifient. D’autre part, nous soutenons les populations arabo-berbères lorsqu’elles sont victimes d’injustice. C’est pourquoi IRA est allée soutenir le magistrat radié injustement, nous avons également soutenu Ould Dadde victime de détention arbitraire. Je considère personnellement que le sacrifice des arabo-berbères dans la lutte contre l’esclavage n’est pas moindre que celui mené par les hratines. Autant dire que notre combat concerne toutes les franges de la population au même titre que tout autre combat pour la citoyenneté. Nous ne croyons pas à un combat mené par une seule ethnie ou pour une seule ethnie.

Le Véridique : Pour revenir à votre dernière conférence de presse, vous avez pointé un doigt accusateur contre les oulémas ?

BODA : Cela s’inscrit dans le cadre de la subversion idéologique que mène IRA. Nous considérons que le système en place en Mauritanie est assis d’abord sur des piliers idéologiques, fondés sur des «valeurs» et une vision qui prônent l’inégalité des races. Le code malékite, personnifié par oulémas en Mauritanie, joue un grand rôle dans la légitimation des phénomènes d’injustice comme l’esclavage et la castification de la société. Nous considérons qu’il s’agit d’une interprétation fallacieuse et travestie de la religion. Ces oulémas qui sont très écoutés dans la société, ont une grande part de responsabilité dans la légitimation de l’arbitraire par leur accompagnement des pouvoirs esclavagistes et racistes. Il faut casser le monopole des fatwas et son accaparement par ce groupe d’oulémas car ils se contentent d’interprétations qui vont dans le sens de leur soutien aux pouvoirs, et non de l’intérêt de l’Islam et des musulmans. C’est pourquoi, je déplore la requête formulée à l’Etat par Ould Habibourahmane pour constituer une commission de prévention du vice. Il s’agit là d’une récupération politicienne de cette question. Ce principe édicté par le prophète Mohamed (PSL), antérieur à tous les gouvernants actuels, est une obligation pour tout musulman surtout un érudit, il n’est nul besoin de constituer une commission pour s’en acquitter. C’est un problème de conscience.

Le Véridique : certains vous reprochent de faire recours à l’étranger alors que les questions pour lesquelles vous militez ne peuvent être résolues qu’en Mauritanie et pour les Mauritaniens eux-mêmes. Pourquoi menez-vous votre lutte à partir de tribunes basées à l’étranger ?

BODA : Toutes les questions qui concernent la Mauritanie sont débattues dans des tribunes à l’étranger par le gouvernement lui-même. A toutes les manifestations où je me rends, des délégations du gouvernement s’y rendent et me portent la contradiction. Et puis l’accord de Dakar qui a permis de dépasser la profonde crise institutionnelle que connaissait le pays à l’époque, a été conclue à l’étranger même si par ailleurs il a été paraphé à Nouakchott. L’étranger où je me rends est le même que celui auquel le gouvernement fait recours. Ce qui est sûr, c’est qu’en aucun cas, je n’emmènerai des armes de l’étranger, ou ne comploterait avec un pays étranger pour déstabiliser la Mauritanie ou saper son unité nationale. Je ne viendrai de l’étranger qu’avec ce qui est de nature à aider le pays à raffermir son unité et consolider la paix sociale. En fait, si réellement l’Etat est prêt à trouver solution aux problèmes que nous soulevons à l’étranger, il n’y aura plus de raison à nos déplacements à l’extérieur. Nous avons recours aux tribunes de l’étranger parce tout simplement notre pays nous réprime, nous violente, alors que l’étranger nous encense, nous félicite et reconnait la légitimité et la justesse de notre combat. Je m’inscris en faux par rapport aux libyens qui ont offert à l’OTAN l’occasion de bombarder leur pays, et contre les irakiens qui ont emmené les américains à détruire l’Irak. Je suis farouchement opposé à toute forme de recours à des pays étrangers dans le but de provoquer des dissensions et des tensions au sein de mon pays. Bref, je suis contre tout interventionnisme étranger.

Le Véridique : L’accord politique conclu entre les parties prenantes au dialogue national ont davantage criminalisé l’esclavage. S’agit-il là d’une avancée dans ce dossier ?

BODA : Non, il ne s’agit nullement de progrès. C’est plutôt une fuite en avant. C’est une manière de cacher l’échec et l’incapacité du parti de l’armée et des partis politiques civils qui lui sont arrimés, à faire une avancée dans les domaines de l’application des lois antiesclavagistes. C’est très décevant surtout si l’on sait que cela émane de partis politiques sur lesquels nous avons toujours fondé un grand espoir de les voir contribuer efficacement à l’avancée du dossier de l’esclavage. Il s’agit de diversion car il existe une panoplie de lois qui sont bonnes, le problème qui se pose ce n’est pas un vide juridique, il existe un arsenal juridique cohérent, il suffit d’appliquer ces lois au lieu d’en rajouter d’autres. Ce qui a été décidé lors du dialogue national n’a aucun intérêt pour les victimes de l’esclavage et de ses séquelles.

Le Véridique : Seriez-vous candidat lors des prochaines consultations électorales ?

BODA : Je ne me présenterai à aucun mandat électif. Je souhaite avoir un contrat moral avec les mauritaniens qui consiste à libérer le pays des séquelles préjudiciables qui menacent la paix sociale et empêchent la promotion d’une démocratie apaisée. Cependant, je puis vous dire que l’organisation IRA et son président joueront un rôle déterminant en faveur des forces progressistes du pays, lors des prochaines échéances électorales. Notre poids et notre influence seront déterminant dans la quantification des rapports de force des partis en compétition.

13:10 Écrit par Rachid Z dans Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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