17 décembre 2011

Naissance d'un mouvement djihadiste Touareg dirigé par Iyad Ag Ghali

Naissance d'un mouvement djihadiste Touareg dirigé par Iyad Ag Ghali

Iyad_Ag_Ghali_lider_tuareg.jpg

Issikta, le 15 décembre 2011

Un mouvement djihadiste populaire touareg dit «Ansar Eddin» est né dans l'Azawad (nord du Mali sous la direction de Iyad Ag Ghali, un ancien diplomate malien , a appris ANI de source informée.

Selon cette même source, Iyad Ag Ghali, qui occupait les fonctions de consul général du Mali en Arabie Saoudite, est rentré récemment dans son pays où il a rassemblé des centaines de combattants touaregs, dont des officiers et soldats des armées malienne et libyenne.

Ag Ghali, qui a élu son QG dans des chaînes montagneuses de Kidal où il a proclamé la naissant d' «Ansar Eddin» avec comme principale revendication «l'application de la charia islamique et la réhabilitation des oulémas» en plus d'autre exigences relatives aux droits des habitants de l'Azawad.

Commentaires

Sahel : Abou Zeid, l’irrésistible ascension : Portrait du djihadiste algérien

Par Adlène Meddi et Mélanie Matarese, le 1er octobre 2010

Al Jazeera a diffusé jeudi une photo des sept otages enlevés dans la nuit du 15 au 16 septembre au Niger, dont cinq
Français. Les otages sont entourés par des hommes armés, aux visages cachés. Sauf un, le chef, sans arme. L’instigateur de ce rapt audacieux. Abdelhamid Abou Zeid, ancien contrebandier versé depuis dans le combat salafiste et qui n’arrête pas d’étendre dans le Sahel sa zone d’action… et d’influence. Portrait d’un djihadiste pas tout à fait comme les autres.

Un visage long, au front marqué par des rides profondes, surmonté d’un chèche et portant une barbe éparse et grisonnante… Il n’existe que très peu d’images de Abdelhamid Abou Zeid, de rares photos et des vidéos de mauvaise qualité. C’est sans doute pour cette raison que l’homme responsable de l’enlèvement de cinq Français, un Togolais et un Malgache, le 16 septembre dernier au Niger, nourrit tant de mythes. Le nouvel ennemi numéro 1 de la France n’est pas un Ben Laden : discret, il n’aimerait pas se montrer. Comble de l’histoire : depuis dix jours, le monde n’aura jamais autant parlé de lui. Mais qui est Abou Zeid, de son vrai nom Abid Hammadou, 45 ans ? Est-il vraiment le terroriste froid et sanguinaire, décrit par les médias français, qui aurait tué de ses propres mains le Britannique Edwin Dyer et Michel Germaneau ? Un salafiste comme l’Algérie n’en a jamais connu ? Ou un simple contrebandier à la solde d’Al Qaîda ?
Flash-back. « Nous sommes en 1998, à Takhoukht, en Kabylie, lors de la réunion constitutive du GSPC qui marque la scission avec le GIA, sous le leadership de Abdelmadjid Dichou, alias Abou Mossaâb », raconte un expert algérien du terrorisme. Quatre groupes principaux assistent à cet événement : ceux qu’on appelle « les Arabes » avec, parmi eux, Abdelmalek Droukdel, « les Kabyles », avec à leur tête Hassan Hattab, « les anciens militaires », sous la direction de Okacha et « les gens du Sud » (axe est-sud), à cette époque, pas très importants. Parmi ces derniers : Mokhtar Belmokhtar et… Abou Zeid.

Imaginer une Oumma

L’homme n’est pas nouveau dans le paysage. « Connu des services libyens et algériens depuis les années 1980, il fait plusieurs séjours en prison, où il est d’ailleurs maltraité », précise un autre spécialiste du dossier. Mais il ne fait alors que dans la contrebande. Selon le magazine Paris Match qui a publié hier une enquête sur le personnage, c’est en 1989, à la mort de son père, qu’il se serait mis à fréquenter les islamistes. Puis en 1992, il aurait basculé dans le trafic pour des réseaux de soutien aux groupes armés. «En 1993, on sait qu’il était chargé de recruter pour le GIA, poursuit-on du côté de la lutte antiterroriste à Alger. Proche de Kamareddine Kherbane, à l’époque responsable des relations extérieures du GIA, il est même devenu en 1995 un des bras droits de l’émir Belabdi Derradji.»

Son ascension commence et ne va pas s’arrêter. En 1996, il monte au maquis en Kabylie, où il aurait brièvement été chargé de la logistique et aurait échappé à une tentative d’assassinat de la part d’autres terroristes. Puis il rejoint la zone est-sud. Très vite, son chef, Abderrezak El Para, en fait son homme de confiance. Dès 1997, il achemine des armes au Nord-Mali pour préparer la base arrière du GSPC. Pourquoi ? « En se ralliant à Al Qaîda, le GSPC reprend la vision stratégique de la plupart des groupes salafistes dans le Sahel, explique un spécialiste à Alger. Le Maghreb islamique s’étend de l’Atlantique avec une profondeur africaine jusqu’au Sinaï. Ce qui explique pourquoi le centre ‘‘Droukdel’’ est descendu vers le Sahel.

C’est une façon de se démarquer du Maghreb arabe traditionnel en tant que frontière, zone géographique et entité politique. Et puis en Afrique, poursuit-il, la circulation des armes et le travail des groupes armés en général sont favorisés par le contexte : une région de coups d’Etat, d’instabilité politique, de pauvreté avec un système social et décisionnel tribal. Enfin, descendre vers le Sud permet d’imaginer une Oumma, de briser l’héritage des frontières, colonialiste et impie.

Homme fort du terrain

Les orientations d’Al Qaîda, d’Afghanistan et du Pakistan ont toujours insisté sur le Sahel, identifié comme région instable et tribale. La stratégie d’Al Qaîda était de faire migrer ses actions du Moyen-Orient vers le Maghreb islamique. » Ce n’est qu’en 2000 que le nom d’Abou Zeid apparaitrait pour la première fois en tant que terroriste en activité dans la zone 5 du GSPC (Tébessa, Khenchela, Batna). En 2001, il fut chargé de préparer un convoi de fourgons pour un déplacement vers le Tassili qui finalement partira pour le Mali. « El Para a su dès 2002 qu’Al Qaîda ne pouvait plus compter sur Hattab et qu’il fallait un nouveau chef, poursuit une source proche du dossier. Le Sahel, zone grise, était l’endroit idéal pour créer une cellule. Voilà comment est née la katiba Tareq Ibn Zyad. El Para voulait devenir le chef et placer Abou Zeid comme l’homme fort sur le terrain. C’est d’ailleurs pour cette raison que ce dernier est entouré d’anciens chefs de la zone 5.»

Le tournant dans le parcours d’Abou Zeid survient en février 2003, lors de l’enlèvement des 14 touristes européens (9 Allemands, 4 Suisses et 1 Néerlandais) en vacances dans le Sahara algérien. « Abou Zeid faisait partie des négociateurs, aux côtés du gouverneur de Gao, d’Ag Bahanga et d’Iyad ag Ghaly », précise-t-on du côté algérien.
Rivalités

Il a alors 38 ans, mais, contrairement à d’autres djihadistes, il n’a pas « fait l’Afghanistan ». L’enfant de la zaouïa El Abidia, près de Touggourt, doit se forger une autre légitimité. Celle du terrain. Son principal rival : Mokhtar Belmokhtar (MBM), d’environ sept ans son cadet. A l’exception de leur mariage avec des femmes de la tribu des Beni Omrane, les deux hommes ne se ressemblent en rien. MBM, lui, est revenu des camps de référence de l’Afghanistan. « Il connaît de nombreux chefs terroristes et s’appuie sur un réseau de contrebande très solide », poursuit un spécialiste des salafistes.

Comme le souligne Dominique Thomas, spécialiste d’Al Qaîda à l’Ecole des hautes études en sciences sociales à Paris, «dans ce type d’organisation, il y a toujours eu des rivalités – rappelons-nous comment est né le GSPC, ou des purges à l’intérieur du GIA puis après du GSPC. Qui plus est dans un territoire géographique aussi grand. MBM a sans doute été très déçu de ne pas avoir gagné le leadership total après la mort de Nabil Sahraoui, émir du GSPC ». Pour l’anecdote, après l’attaque de la caserne de Lemgheity en Mauritanie, Mokhtar Belmokhtar avait donné une interview dans le journal du GSPC, El Jamaa, où il ne cachait pas ses ambitions de devenir l’émir de la région.
Filmer et... parler d’argent

Bien sûr, l’histoire officielle du mouvement n’en laisse rien paraître. «Si on s’en tient au compte rendu du conseil des chefs de 2009, c’est MBM lui-même qui aurait laissé le chemin libre à Abou Zeid, note Mathieu Guidère, professeur à l’université de Genève, spécialiste d’Al Qaîda au Maghreb islamique. Le groupe voulait assainir les modes de financement du djihad. La contrebande sur laquelle s’appuyait Mokhtar Belmokhtar dans le Sahel ne pouvait plus être une solution. Mais comment trouver de l’argent sans trafic ? Leur responsable juridique a alors proposé de recourir aux prisonniers de guerre. Selon le droit de la guerre en Islam, rien ne s’y opposait. S’est ensuite posée la question de qui pouvait prendre cette nouvelle responsabilité. Mokhtar Belmokhtar, reconnaissant que ce n’était pas son domaine, le nom d’Abou Zeid est alors venu naturellement. Il était bien vu et participait déjà activement à la guérilla. Il connaît aussi très bien Droukdel depuis les années 1990.»

Son premier contact avec Al Qaîda remonterait en tout cas à 2004 : il aurait reçu un message d’éloges d’Abou Moussab Zerkaoui. «Il faut comprendre qu’Abou Zeid est dans une logique beaucoup plus doctrinale que MBM», poursuit un expert. «Il a interdit les anachide à ses combattants pour les remplacer par des récitations du Coran !, ajoute un spécialiste de la lutte antiterroriste. Il reproche d’ailleurs à MBM de trop verser dans le business, d’être devenu un notable et d’être trop infiltré par tous les services de la région. » Mais sur ce point, les versions divergent.
«Abou Zeid est tout sauf un fanatique religieux, assure un autre expert du dossier. C’est le Rockfeller du Sahel ! Rien qu’entre 2008 et 2009, le nombre d’affrontements armés enregistré entre contrebandiers et services de sécurité algériens dans la région est passé de 4 à 15 ! Soit trois fois plus. Il a créé une telle dynamique de richesse qu’il est désormais le seul avec qui veulent discuter ceux qui vendent des armes ou de la drogue. Bref, c’est un businessman. Il n’est pas comme Abou Moussab Zerkaoui qui filme ses otages et les égorge ensuite. Abou Zeid les filme et après… parle argent. Quant au message politique de ses actions, il le laisse à Droukdel.» Qui s’est retrouvé dans la même situation que Ben Laden une fois encerclé en Afghanistan.

Yémen et Arabie Saoudite

Il a demandé aux autres cellules de prendre l’initiative. Droukdel a fait la même chose : sa marge de manœuvre limitée en Kabylie, il s’est retrouvé obligé de demander aux combattants du Sud de prendre l’initiative. En clair : il fixe les grande orientations d’AQMI, mais ce sont les djihadistes sur le terrain qui décident des options. Pour Dominique Thomas, il serait tout de même « réducteur de ramener Abou Zeid à un simple contrebandier. A la fin des années 1990, il était vital pour le GSPC d’être adoubé par Al Qaîda, cela a permis de donner à ses opérations une résonance internationale et d’éviter de tomber dans un combat localisé.

Le prolongement dans le Sud était également vital pour l’organisation, dont l’extension au Maghreb avait échoué. Et pour cela, il fallait effectivement des armes, de l’essence, du matériel informatique, analyse-t-il. Donc, on peut penser que l’aspect économique a toujours été déterminant. De là à dire que l’appât du gain est leur seule motivation… La guerre de communication des gouvernements pour « délabelliser » ces mouvements de leur cachet religieux et les ramener à de simples groupes mafieux est une stratégie classique. C’est exactement la même chose au Yémen et en Arabie Saoudite.»

Filière au Burkina Faso

En 2007, Abou Zeid aurait poursuivi ses contacts avec Al Qaîda et rencontré un émissaire libyen de Ben Laden, arrêté par la suite, à qui il aurait exprimé son vœu de partir en Afghanistan. Son ambition : devenir chef. Pour cela, il recruterait pour monter son propre groupe, en Mauritanie jusqu’… au sein même de la fraction de MBM. « Abou Zeid aurait entendu dire que MBM était en train de négocier sa reddition, explique le spécialiste de la lutte antiterroriste. Al Qaîda lui a demandé de devenir le chef, dans un message intercepté par les services libyens et algériens. Il aurait encore rencontré un émissaire de l’organisation, probablement au Tchad. Et il exhiberait même un document selon lequel Ben Laden le chargerait officiellement de restructurer le mouvement en vue d’une nouvelle organisation. Il serait en relation avec une filière au Burkina Faso. » Ce qui correspondrait aux inquiétudes de Said Djinnit, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU. Hier à Dakar, il évoquait les « risques de propagation de la menace terroriste en Afrique de l’Ouest ». Crédible ? Oui. Faisable ? C’est discutable.

Coup d’État

Pour un proche du dossier, MBM et Abou Zeid ont réussi « une sorte de coup d’Etat contre le Nord. Ils sont devenus autonomes. Maintenant, c’est en bas que ça se joue ». La grande réussite d’AQMI dans le Sahel est d’avoir noué des alliances avec le réseau social. Mais ces liens seront-ils assez forts pour éviter les trahisons ? « L’histoire montre que la durée de vie d’un émir dans une zone comme le Sahel, où les pays sont suffisamment bien équipés pour terminer une guerre rapidement, est assez limitée, analyse Dominique Tomas. Et la comparaison avec l’Afghanistan ne tient pas : c’est une autre géographie et une autre sociologie. Les relations entre les talibans et les zones tribales pakistanaises reposent sur des bases sociales bien mieux ancrées qu’elles ne le sont au Sahel. Le ratio des combattants n’est par ailleurs en rien comparable. A en croire les documents, chaque katiba comprend une trentaine de personnes. En Afghanistan ou au Pakistan, les cellules fédèrent plusieurs milliers de combattants. Le jour où AQMI montrera des vidéos avec des centaines de combattants, on verra. S’ils continuent à recruter en Mauritanie, comme ils réussissent à le faire actuellement, les choses peuvent changer. D’autant que jusqu’à maintenant, l’organisation a échoué à maintenir un foyer de tensions suffisamment actif au Nord, faute de recrues au Maroc et en Tunisie, qui font, jusqu’à preuve du contraire, aussi partie du Maghreb islamique. »

Écrit par : Rachid Z | 17 décembre 2011

Répondre à ce commentaire

Iyad ag Ghali

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre

Iyad ag Ghali est un ancien rebelle touareg malien, qui fut le chef du Mouvement populaire de l'Azawad (MPA) pendant les années 1990.

Iyad ag Ghali a été nommé le 21 novembre 2007, premier conseiller consulaire à Djeddah.

Les années 1990

Iyad ag Ghali est connu pour être celui qui a déclenché la rébellion dans la nuit du 28 juin 1990 à Menaka à la tête du Mouvement populaire pour la libération de l'Azawad (MPLA), créé en 1988 et considéré comme le front historique de la rébellion touarègue au Mali.

À la suite d'une opposition aux accords de Tamanrasset en 1991, le MPLA se scinde en trois factions : le Front populaire de libération de l’Azawad (FPLA) dirigé par Mohamed ag Rhissa avec comme secrétaire général, Zeidane ag Sidalamine, et l’Armée révolutionnaire de libération de l’Azawad (l’ARLA) commandée par Abderamane Ghala. Iyad ag Aghali, lui, prend alors la tête du Mouvement populaire de l'Azawad (MPA), mouvement modéré composé d'un millier d'hommes essentiellement recrutés parmi les Ifoghas.

C'est le seul groupe rebelle à soutenir le Pacte national de 1992.

Il est dissous en mars 1996, à l'occasion de la Flamme de la paix à Tombouctou.

La rébellion de 2006

En mai 2006, il participe au mouvement de l'Alliance démocratique du 23 mai pour le changement aux côtés de Hassan Fagaga et Ibrahim Ag Bahanga. Il en devient le secrétaire général. Ce mouvement débouchera sur les Accords d'Alger.

Écrit par : Rachid Z | 17 décembre 2011

Répondre à ce commentaire

Iyad Ag Ghaly : cet homme est dangereux !

CH Sylla,le 4 décembre 2011

L’ex chef de la rébellion et du Mouvement populaire de libération de l’Azawad (MPLA), Iyad Ag Ghaly, a rejoint les soldats (Ifogas) rentrés de la Libye (cf. L’Aube n°383 du jeudi 17 novembre 2011 sous le titre « Nord Mali : Iyad se dévoile »). Pour qui connaît le passé de cet homme, il représente un danger pour la stabilité du pays et la quiétude des populations.

En 1990, le nord du Mali s’était subitement embrasé avec l’éclatement d’une rébellion armée qui avait fait de nombreuses victimes (civiles et militaires). A l’époque, le premier mouvement à déclencher les hostilités à Ménaka et Tinzawaten était le Mouvement populaire de libération de l’Azawad (MPLA). Des garnisons militaires et des postes de gendarmerie furent simultanément attaqués. Iyad Ag Ghaly (avec d’autres) venait fraichement de quitter la légion islamique libyenne (un contingent supplétif de l’armée) que Kadhafi avait créée pour la guerre au Tchad.

Il a fallu la signature des premiers accords d’Alger et celle du Pacte national (1992) pour mettre fin (provisoirement) aux hostilités dans le septentrion malien. Entre temps, le MPLA a connu des dissidences. Iyad était de plus en plus contesté par certains camarades qui ont finalement quitté le mouvement. Mais, il réussit à maintenir son leadership sur ses compagnons Ifogas, jusqu’à la signature du Pacte national. Le pacte prévoit l’intégration des combattants des Mouvements et fronts unifiés de l’Azawad (MFUA) au sein des forces armées et de sécurité.

Iyad Ag Ghaly, contrairement aux autres chefs militaires et politiques des MFUA, se met en marge du processus d’intégration. Il aurait à l’époque exigé des autorités un joli magot pour monter ses propres « affaires ». Quelles affaires ? Nul ne connaît en réalité les activités réelles de cet homme depuis la fin de la rébellion de 1990. Son vrai visage est, en effet, resté longtemps caché sous un turban. Et il multipliait les déplacements entre Bamako, Kidal et l’extérieur.

Ainsi, au fil du temps, Iyad dilapide tout l’argent à lui offert, même s’il est parvenu à se faire construire deux appartements à Bamako (Kalaban Coura) et à Kidal.

En 2006, les Libyens louent celui de Kidal à 1 million de FCFA par mois afin d’abriter le siège du consulat qu’il s’apprêtait à ouvrir. Mais ce consulat n’ouvrira jamais ses portes. Du coup, Iyad voit ses rêves financiers partir en fumée. Entre temps, à partir de janvier 2006, la tension ne cessait de monter à Kidal.

En effet, le colonel Hassane Fagaga et un groupe d’intégrés quittent les garnisons militaires et prennent le maquis. De même, des jeunes (ex combattants) qui avaient bénéficié de fonds pour leur réinsertion dans le secteur économique exigent de nouveaux financements. Les premiers fonds offerts à eux dans le cadre du Pacte national avaient été mal gérés. Au même moment, Ibrahim Ag Bahanga multiplie les menaces et les revendications. En somme, le mercure montait à Kidal à une allure préoccupante. Mais derrière toute cette agitation, se cachait un homme : Iyad Ag Ghaly. L’ex chef de la rébellion tirait incontestablement les ficelles de la contestation en même temps qu’il offrait ses services aux autorités pour gérer la crise latente.

« Je n’ai rien obtenu de ATT »

En mai 2006, Iyad Ag Ghaly quitte précipitamment Kidal pour Bamako. Mais avant, il reçoit Bahanga. Que se sont-ils dit ?. Le 22 mai 2006, Iyad est reçu à Koulouba par le président ATT. L’entretien porte sur les revendications des jeunes et celles des militaires déserteurs conduits par Fagaga. ATT fit part à Iyad, des démarches déjà entreprises par le gouvernement, notamment l’envoi (quelques jours avant) d’une mission conduite par le ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales, Kafougouna Koné. Le chef de l’Etat aurait promis à son interlocuteur du jour de s’investir personnellement pour la satisfaction de certaines doléances des jeunes.

Au terme de cet entretien, c’est un Iyad Ag Ghaly déçu qui a quitté Koulouba. Selon des indiscrétions, l’ex chef rebelle espérait, au-delà du discours présidentiel obtenir une enveloppe à défaut d’une mallette. En réalité, toute l’agitation à Kidal n’avait qu’un seul objectif : soumettre l’Etat à un chantage. Et lors d’un déplacement à Kidal, en avril 2006, du ministre Kafougouna Koné, accompagné du directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi, Bachir Salah Bachir, la tonalité des interventions ne laissait planer aucun doute sur les intentions de Iyad Ag Ghaly et ses acolytes.

Après son entrevue avec le président Touré, Iyad était arrivé à la conclusion suivante : l’Etat ne lui offrira aucune prime. Ainsi, il appelle ses hommes de main, Ibrahim Bahanga et Hassane Fagaga. « Je n’ai rien obtenu de ATT… », tel pourrait être le message passé par Iyad à ses subordonnés, et décrypté sous la forme d’un ordre d’attaquer Kidal. Le lendemain, 23 mai, la 8è région se réveille sous le choc. La garnison militaire, les brigades de la gendarmerie, et de la garde sont attaquées. Les auteurs ? Ibrahim Ag Bahanga et Hassane Fagaga à la tête d’un groupe de combattants.

Peu avant, Iyad Ag Ghaly avait nuitamment quitté Bamako pour Kidal. L’ex chef de la rébellion confie à son entourage que sa vie était menacée. D’où l’obligation pour lui de quitter la capitale. Et qu’il avait été contraint de contourner fréquemment les axes routiers pour sauver sa peau. Vrai ou faux ? En laissant filtrer de telles confidences, Iyad Ag Ghaly cautionnait l’attaque de Kidal, dont il était, en réalité, l’instigateur. Dès lors, il sort une nouvelle carte de sa manche. De 2006 à 2009, Iyad (en fin manœuvrier) se met dans une position de médiateur entre l’Etat et ceux qui étaient présentés comme membres de l’Alliance, un mouvement créé suite aux événements du 23 mai 2006 à Kidal.

Dans cette position, le rentier (Iyad) tend la main à toutes les parties susceptibles de lui apporter des mallettes remplies de liasses. Il négocie avec les autorités. Il sollicite à la fois les Algériens et les Libyens. Durant cette crise de Kidal, le rebelle excelle dans l’équilibrisme entre l’Etat, les insurgés, l’Algérie etla Libye.

Expulsé de Djeddah

A la signature de l’Accord d’Alger, il dicte ses exigences, dont la principale est le retrait de l’armée des localités du nord. Un an après, en 2007, l’Accord d’Alger a du plomb dans l’aile, Bahanga continue les hostilités. Mais dans l’ombre, il y avait toujours Iyad. Face à la crise, le colonel Kadhafi mène des négociations secrètes au Mali et en Libye. Des émissaires de l’Etat rencontrent Bahanga, en présence de Iyad à Tripoli. Alors que les deux parties étaient sur le point de conclure un accord, Iyad pose (une nouvelle fois) sa condition : le retrait de l’armée de Kidal. Au finish, la rencontre capote. En réalité, au-delà de Kidal, le monstre a étendu ses tentacules sur toute la zone nord du pays. Il traite à la fois avec les trafiquants, les salafistes et autres autorités locales maliennes et étrangères. Et la présence de l’armée le gène visiblement.

En février 2009, l’armée chasse Bahanga de la région de Kidal. La crise de Kidal venait ainsi de connaître son épilogue. Quant à Iyad, il accepte (momentanément) sa première fonction officielle. Il est nommé agent consulaire au consulat du Mali à Djeddah. Est-ce une manière subtile pour les autorités maliennes de l’éloigner de Kidal ? Possible. Mais Iyad ne fera pas un long séjour sur le sol du Royaume d’Arabie Saoudite. Il aurait été expulsé à cause, dit-on, d’activités subversives. Pas surprenant pour cet homme qui semble avoir le virus de la subversion dans le sang et qui avait subitement glissé sur le terrain religieux. Au Mali, et sur le plan religieux, Iyad ne faisait plus mystère de son appartenance àla Dawa, une secte islamiste. Ses fréquentations de certaines mosquées étaient suivies par les services de sécurité et même par certaines chancelleries occidentales à Bamako.

Après son expulsion de Djeddah, le rebelle renoue avec les navettes entre Kidal, Bamako, à l’extérieur. Son nom revient souvent dans les négociations visant la libération des otages occidentaux enlevés au Sahel.

Iyad attendait des mallettes de Tripoli…

C’est ainsi que le conflit en Libye arrive comme une aubaine pour Iyad qui connaît le rôle des soldats (touaregs) dans le dispositif sécuritaire libyen. Il active donc ses réseaux au Mali et en Libye. Il est sollicité par certains membres du CNT pour organiser la désertion de soldats (Ifogas) servant dans l’armée libyenne. Ceux-ci retournent finalement au pays avec armes et bagages. En retour, Iyad espérait un geste (de reconnaissance) venant de Tripoli pour sa « contribution » à fragiliser le système sécuritaire de Kadhafi. Las d’attendre, il a finalement rejoint les revenants dela Libye, notamment un groupe d’Ifogas qui a pris position dans les montagnes de Kidal. Mais, comme toujours, Iyad Ag Ghaly a suffisamment préparé le terrain à coup d’intoxication, de menaces et de fausses justifications.

Selon une source sécuritaire, il aurait par ailleurs démarché des chefs de fractions afin de les inciter à un soulèvement dont le but est « d’obtenir l’indépendance des régions » nord du Mali, voire la création d’un Etat islamique. Même discours tenu à certains chefs locaux d’Aqmi, avec qui il aurait de solides liens. Par contre, ce discours change à l’adresse des Occidentaux, notamment les Français.

Cependant, e n fin stratège, Iyad Ag Ghaly a toujours réservé une place aux négociations, tout en espérant au bout sur un geste financier. Ce qui pourrait expliquer toute l’agitation actuelle.

Mais il n’est pas seul. En effet, ils sont nombreux, à Bamako et à Kidal, à tenter de profiter de chaque tension dans la 8è région sous le couvert de négociateurs, médiateurs ou facilitateurs. En réalité, ils sont devenus des pompiers pyromanes qui arrivent toujours à tirer leur épingle du jeu.

Aujourd’hui, la menace Iyad est donc réelle. Selon de nombreux observateurs, les actes de banditisme, et d’enlèvements intervenus récemment dans le septentrion malien portent sa signature. Cet homme a suffisamment apporté la preuve de sa capacité de nuisance. Il est tout simplement une menace, pour Kidal et pourla République.

Écrit par : Rachid Z | 17 décembre 2011

Répondre à ce commentaire

Kidal : IBRAHIM AG BAHANGA REND DÉFINITIVEMENT LES ARMES

Différentes versions sont avancées sur les circonstances de la mort de l’ex-rebelle


par Modibo Naman Traoré, le 29 août 2011,


La nouvelle a vite fait le tour du pays vendredi et même au-délà : Ibrahim Ag Bahanga est mort. L’ex-rebelle a été tué dans un accident de la route le même vendredi, quelque part dans le cercle de Tin-Essako qui fait partie des quatre cercles de la Région de Kidal. Ibrahim Ag Bahanga était membre fondateur de l’Alliance démocratique du 23 mai pour le changement (ADC), un mouvement armé qui avait attaqué deux garnisons militaires à Kidal, le 23 mai 2006. Déclenchant ainsi une nouvelle rébellion dans la Région de Kidal.

Cette alliance avait été créée par Iyad ag Ghali, Hassan Ag Fagaga, Amada Ag Bibi et Ibrahim Ag Bahanga. Parmi ces quatre membres fondateurs de l’ADC, le défunt était le seul à ne pas adhérer pleinement à l’Accord d’Alger qui a permis de mettre fin aux hostilités. Iyad Ag Ghali avait été par la suite nommé pour un poste à l’ambassade du Mali en Arabie Saoudite. Hassan Ag Fagaga a rejoint les rangs de l’armée nationale avec le grade de colonel. Amada Ag Bibi, lui, s’est reconverti dans la politique en se faisant élire député à Tin-Essako en 2007.

La mort d’Ibrahim Ag Bahanga a été annoncée en premier lieu par Mahamoudou Ag Ateyoub, son chauffeur personnel. Mais le jour de l’accident, c’est Ibrahim lui-même qui était au volant du véhicule Toyota Land Cruiser cabine unique avec Mahamoudou Ag Ateyoub à son côté. L’homme était réputé comme l’un des plus grands trafiquants dans le nord du pays. Son dernier passage dans la ville de Kidal avait confirmé cette mauvaise réputation. Il avait distribué à tour de bras des billets de banques à tous ceux qui l’approchaient. Après l’accident qui lui a coûté la vie, c’est son chauffeur, Mahamoudou Ag Ateyoub qui a informé Iyad Ag Ghali, l’un des anciens compagnons d’armes de Bahanga. Celui-ci a aussitôt informé à son tour les autorités. C’est alors que la nouvelle a rapidement fait le tour de la ville et de la Région de Kidal. Les autorités régionales voulurent se rendre immédiatement sur le lieu de l’accident. Mais Iyad Ag Ghali n’a pas vu cette démarche d’un bon œil. Il a préféré se rendre seul sur le lieu, la nuit tombée. Et c’est au lendemain de l’accident que l’ex-rebelle âgé de 49 ans, sera enterré à Tin-Essako, dans son cercle natal.

Diverses versions ont été données sur les circonstances de sa mort. Une première version faisait état d’un règlement de compte entre lui et d’anciens alliés pour un conflit d’intérêt. Il y aurait eu un accrochage armé entre Bahanga et ces dissidents. En cherchant à se replier, Ibrahim Ag Bahanga au volant de son véhicule tout-terrain, se serait embourbé dans un oued en cru. Le véhicule se serait renversé du côté de Bahanga. L’incident s’est déroulé à Inoufoussane, une localité située à 65 km au nord-ouest du cercle de Tin-Essako. D’autres sources assurent que Bahanga s’apprêtait à rejoindre une de ses bases dans les montagnes pour rompre le jeûne quand son véhicule a percuté un gros caillou, avant de se renverser plusieurs fois. L’intéressé n’a pas survécu au choc et serait mort vers 17h 30 mn. Il a été enterré par ses proches dans son hameau natal, à Achibogo.

Ibrahim Ag Bahanga, ancien caporal-chef de la Garde nationale, n’a jamais su se plier aux exigences de la vie de l’armée régulière. Et a déserté plusieurs fois les casernes pour s’engager dans une aventure meurtrière contre l’Etat malien. Les nombreuses attaques des convois de l’armée, et particulièrement celle du camp de garde de Abeibara ont été attribuées à Bahanga et ses hommes. Il était revenu en début du mois de juin de la Libye, pour entreprendre des activités politiques dans la perspective des élections générales de 2012. Il avait recruté des jeunes désœuvrés dans la Région de Kidal pour aller combattre comme mercenaires en Libye. Lorsqu’ils sont arrivés, leurs « employeurs » auraient exigé que la troupe de Bahanga soit repartie entre les positions de défense. Cela n’aurait pas été du goût de l’ancien rebelle qui voulait combattre avec ses propres éléments. Ce qui expliquerait son retour prématuré au pays.

Selon plusieurs sources, Bahanga voudrait changer l’ordre politique dans la Région de Kidal en parrainant certains de ses anciens compagnons de maquis pour briguer le fauteuil de député à Kidal et Tin-Essako. Il s’activait ainsi pour soutenir la candidature de Hassan Fagaga aux élections législatives de l’année prochaine à Tin-Essako, un bastion traditionnellement acquis à Mohamed Ag Intallah. Et ce serait au cours de ses prises de contact dans cette perspective qu’il a trouvé la mort. L’après-Ibrahim Ag Bahanga se préparerait déjà. Parmi les hommes supposés prendre sa place, le nom de Tana Ag Ateyoub, le frère aîné du chauffeur du défunt, revient régulièrement. Ce dernier selon une source qui l’a côtoyé pendant un bon bout de temps dans le passé, serait encore plus radical que son mentor. « Il est en quelque sorte le bras armé de l’ancienne rébellion. C’est lui qui incitait Bahanga à camper sur sa position dans les négociations », assure l’interlocuteur. Une autre source indique que Tana Ag Ateyoub est un grand stratège. Mais il serait manipulé lui aussi par un cercle très restreint qui résiderait en dehors de la Région de Kidal.

Écrit par : Rachid Z | 17 décembre 2011

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.