31 octobre 2011

Commémoration afro-algérienne à l'Hôtel de Ville de Bruxelles

 Commémoration afro-algérienne à l'Hôtel de Ville de Bruxelles

IMG_1321.JPG 

Par Rachid Z, le 31 octobre 2011

Contrairement à ce qui était annoncé, ni le bourgmestre Freddy Thielemans ni l’échevine Faouzia Hariche ni aucun membre du Conseil communal n’étaient présents lors de la conférence de presse organisée ce 31 octobre à l’Hôtel de Ville de Bruxelles par les associations K-Alem Euro-Eldjezaïr et Algériennes Solidaires et destinée à commémorer le déclenchement, le 1er novembre 1954, de la "Révolution Algérienne".

Malgré l'absence des responsables politiques, le public d’une quinzaine de personnes dont des officiels du régime algérien a été chaleureusement accueilli. Et était invité à écouter les discours des intervenants suivants : Faten Alamat (cheffe de cabinet de l’échevine algéro-belge Faouzia Hariche), la féministe Asma Guenifi (présidente de l'association des Femmes Euro-Méditerranéennes Contre les Inégalités et l'Intégrisme (AFEMCI)), Omar Diab (membre du bureau de l'association «Algebel» qui regroupe les Algériens de Belgique et du Luxembourg), Gustave Luzolo (avocat d'affaires et fiscaliste, présenté comme spécialiste en droit international) et Ribeiro Datcha (journaliste à Vox Africa).

Faten Alamat a ouvert la conférence en commençant par remercier les organisateurs d’avoir choisi la Ville de Bruxelles pour commémorer l’évènement. Elle rajoute : «il représente pour l’échevine, de par ses origines, une grande importance».  Ensuite, elle a lu un message de l’élue absente dans lequel elle déclare «souhaiter que ces commémorations algériennes puissent participer à sensibiliser les jeunes au respect du principe de l’égalité, des droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes».  Et continue : «car ces valeurs, de respect, d’égalité, de solidarité, de progrès pour tous et de liberté inscrites dans la charte des Nations Unies, sont autant de fondements d’un monde en paix et d’une société démocratique plus juste et plus équitable que nous voulons voir émerger partout dans le monde».

Faisant suite à ce discours, Omar Diab prit la parole pour raconter sa propre version de l’histoire de la colonisation et de la décolonisation de l’Algérie.

Après, le juriste Gustave Luzolo a mis en avant le concept de «diplomatie judiciaire» qui consiste, selon lui, «à utiliser le droit comme arme de guerre». Il remarque que dans le cadre de sa profession «les Africains oublient le droit ou n’utilisent pas suffisamment cette arme». Il les invite à chercher à mieux comprendre les rouages du droit afin d’en faire usage mais "les populations issues de l’immigration ont peur de faire valoir leurs droits". Et c’est avec un tel esprit, très politico-économico-juridique, qu’il interpelle l’adjoint du Consul général sur l’existence de fonds souverains : «jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas connaissance qu’il y ait une vive volonté de démonstration pour que ces fonds souverains puissent bénéficier de l’immunité comme la résidence de l’ambassadeur, afin que ces fonds ne soient pas gelés comme l’ont été ceux de la Libye» du défunt Khaddafi.

Pour le journaliste Ribeiro Datcha, le bilan de la décolonisation est plutôt positif. Il prétend que les problèmes qu’endurent les États africains ne sont pas dus au manque de liberté ou de démocratie mais à ce qu’il nomme «la bonne gouvernance». Il estime que «malgré tout ce qui est arrivé ou arrive, les pays africains sont libres, et nous sommes aujourd’hui des citoyens libres avec deux nationalités». Abordant la problématique des conflits générés par le tracé des frontières africaines, il déclare : «grâce à l’intervention de la charte de l’Organisation de l’Union Africaine, qui a décidé d’accepter les frontières coloniales imposées nous avons évité d’autres catastrophes mais il est à reconnaitre, qu’avec le temps, cette charte s’est avérée caduque parce que le monde évolue». Il finit en évoquant ses voyages en Libye durant l’ère Khaddafi et n’hésite pas à vanter ses mérites puisque «de bonnes choses ont été faites, j’ai pu constater à Tripoli l’école gratuite pour tout le monde».

Pour conclure, Asma Guenifi s’est employée à promouvoir son livre, qui est en fait un hommage rendu à son frère assassiné en 1994. Elle y raconte comment dans un quartier populaire d’Alger, suite à l’interruption du processus démocratique, plusieurs de ses proches et amis ont été tués. Et s’en prenant essentiellement aux responsables «intégristes», elle en appelle à ce que justice soit rendue.

Durant la séance débat, deux questions ont été posées au journaliste et au juriste : Ce concept de «bonne gouvernance» ne remplace-t-il pas ce que les démocraties ex-colonialistes privilégiaient sous la dénomination de dictature éclairée ? Et comment qualifierez-vous le régime actuel algérien, sachant qu’il émane d’un putsch militaire ? A l’avocat : Pensez-vous qu’ici, dans la commune de Bruxelles-Ville, les populations issues de l’immigration africaine connaissent suffisamment leurs droits pour lutter efficacement contre les violations dont elles sont victimes ?

En guise de réponse, le journalise illustre le concept de «bonne gouvernance» en s’appuyant sur la comparaison avec un chef de famille qui parviendrait malgré le peu de moyen dont il dispose à nourrir les siens, à l’inverse, la «mauvaise gouvernance» serait la gestion par ces responsables politiques qui avec beaucoup de ressources ne parviennent pas à satisfaire leur population. Sur le plan du respect des principes démocratiques, il déclare : «je ne vais pas entrer dans les détails mais je pense qu’il s’agit d’une affaire propre aux Algériens».

En fait, le concept de «bonne gouvernance» revient fréquemment dans la littérature du développement durable. Il qualifie la manière dont les institutions publiques gèrent les projets et utilisent les ressources avec l’objectif de garantir l’application des droits de l’Homme.

Évitant de répondre à la question qui lui était adressée, l’avocat se contenta de dire que les Africains n’utilisaient pas le droit à bon escient. C’est Omar Diab, qui a tenu à nous fournir sa conception, très mal éclairée, du respect des droits, des libertés et du principe de neutralité : «Moi, j’estime que nous devons nous adapter au système qui existe, c’est également écrit dans le Coran et le prophète l’a dit. Ce système nous dit que nous devons être neutre, en France on parle de laïcité et en Belgique de neutralité, c’est dans la Constitution et donc ça implique que les gens ne doivent pas mettre des choses ostentatoires qui montrent d’où ils viennent, leur religion et leur origine».

Malgré la mobilisation de services consulaires algériens et des associations co-organisatrices, cet événement commémoratif semble avoir été un échec, contrairement à une soirée commémorative similaire en juillet 2011, puisqu’elle n’a rassemblé qu’une vingtaine de personnes dans les prestigieux locaux de la Ville de Bruxelles.

23:14 Écrit par Rachid Z dans Pays du Maghreb | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.