04 novembre 2010

Instituts Cervantes : L'histoire de l'Espagne et du Rif

Instituts Cervantes
L'histoire de l'Espagne et du Rif

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L’historienne et écrivain espagnole Maria Rosa de Madariaga entame à partir d'aujourd'hui, vendredi, à Rabat une tournée dans les Instituts Cervantes marocains afin d'y présenter ses livres sur le Rif.

Ces derniers sont En el Barranco del Lobo y las guerras de Marruecos (traduit en arabe par Kenza al Ghali, professeur  de l’Université de Rabat) et Abd el-Krim el Jatabi. La lucha por la independencia.

Le premier évoque les évènements sanglants qui ont secoué l'Espagne et s'intéresse aux acteurs du drame du Rif et aux résistants, le second analyse les idées et la trajectoire politique et humaine d’Abdel Krim El Khatabi qui peut être considéré comme le précurseur des mouvements de libération nationale des peuples colonisés après la Seconde Guerre Mondiale explique le communiqué.

Maria Rosa de Madariaga est diplômée en Philosophie et Lettres par l’Université Complutense de Madrid, mais aussi en langue, littérature et civilisation arabe par l’Institut des Langues et Civilisations Orientales de Paris et Docteur en Histoire par l’Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne).

Programme de la tournée

• Vendredi 5 novembre à Rabat à 19.00h (I. Cervantes)
• Lundi 8 novembre à Tanger à 19.00h (Bibliothèque de l’Institut)
• Mardi 9 novembre à Tétouan à 19.00h (l.Cervantés de Tétouan)
• Mercredi 10 novembre à Fez 17.00h (I. Cervantés de Fez)
• Jeudi 11 novembre à Casablanca à 16.00h (Faculté Ain Chok)
• Vendredi 12 novembre à Marrakech à 16.00h (Université Cadi Ayyad)

20:38 Écrit par Rachid Z dans Général | Lien permanent | Commentaires (8) |  Facebook |

Commentaires

LES GUERRES COLONIALES DU RIF

Pat Mourad Akalay, le 20 décembre 2005


Dans son dernier livre intitulé « En el barranco del lobo – las guerras de Marruecos », (dans le ravin du loup – les guerres du Maroc) publié récemment par les éditions « Alianza Editorial », l’historienne Maria Rosa de Madariaga revient sur les évènements tragiques qui marquèrent profondément la mémoire collective des Espagnols tout au long du premier quart du siècle dernier.

D’entrée de jeu, l’historienne a choisi son camp, celui de la lutte anticoloniale, de la paix et de la démocratie. Elle ne mélange pas les genres, entre rébellions d’aventuriers tel Bouhmara ou Raïssouli et la résistance des tribus rifaines à l’occupation coloniale, qui, d’ailleurs, combattirent sans répit ces deux imposteurs. Ainsi fait-elle une nette distinction entre les prises d’otages de civils commises par Raïssouli en tant qu’actes de brigandage, et celles opérées par la résistance rifaine qui elles, constituaient bien des actes de guerre en réponse d’ailleurs aux prises d’otages perpétrées par la « Police indigène ».

Le ravin du loup

Le « ravin du loup » se situe à proximité de Mélilia, sur le territoire des Guelaya où se retrouvent confédérées les cinq tribus : Mazouza, Bni Sicar, Bni Bou Ifrour, Bni Bougafar et Bni Sidel. C’est aussi le nom de la première vraie bataille livrée en 1909 par les insurgés rifains sous l’autorité du chérif des Bni Bou Ifrour, Mohamed Améziane, avec, pour théâtre des opérations, le chantier de construction de la voie ferrée devant permettre l’exportation du minerai de fer par le port de Mélilia. Ce projet qui n’avait d’ailleurs pas reçu l’aval du sultan, ne jouissait pas non plus de l’accord des tribus Guelaya qui menaient sans arrêt leurs assauts jusqu’à interrompre à plusieurs reprises le chantier. Ces escarmouches répétées de la guérilla rifaine qui faisaient à chaque fois des dizaines de victimes, culminèrent près du « ravin du loup » en bataille rangée avec une armée espagnole forte de 17.000 hommes, où l’on ne dénombra pas moins de 2.235 victimes dont 358 morts parmi lesquels un général et de nombreux officiers d’état-major. Loin de s’arrêter, les combats se poursuivirent avec forts renforts de troupes sur le front du Kert, se soldant à nouveau par 1.538 victimes dans les rangs de l’armée espagnole dont 414 tués, et ce, jusqu’à la mort au combat du Chérif Améziane le 15 mai 1912.

Comme le souligne Maria Rosa de Madariaga « A partir de 1909, le mouvement de résistance à l’occupation coloniale prend une nouvelle dimension. Avec l’installation des entreprises minières dans le Rif, aux appels traditionnels au Djihad contre l’envahisseur chrétien, s’ajouta celui de la lutte contre l’exploitation des richesses minières du pays par les étrangers. Le mouvement de résistance dirigé par Mohamed Améziane traduit bien, dès lors, la transition entre le Djihad traditionnel de défense du territoire et le passage à une nouvelle étape de la lutte anti-coloniale, même si celle-ci continue de s’exprimer en tant que Djihad. Le chérif Mohamed Améziane demeurera présent dans la mémoire des nouvelles générations comme étant le prédécesseur de Abdelkrim Al Khattabi. » (page 79).

La guerre toujours subie par les pauvres

Le livre qui brosse un tableau sans fard des rivalités entre officiers supérieurs, montre jusqu’à quel point les guerres du Maroc imposées par la bourgeoisie d’affaires étaient subies presque exclusivement par les pauvres, les nantis s’arrangeant toujours pour s’exonérer de la conscription moyennant paiement d’une dîme, le plus légalement du monde. Le livre passe ensuite au peigne fin les positions des différents partis politiques face aux guerres du Maroc, y compris les campagnes de dénonciation organisées à cet effet, et ce, depuis le début du siècle jusqu’à la reddition d’Abdelkrim en 1926.

Le caractère impopulaire de ces guerres apparaît clairement tant au niveau des débats parlementaires, des articles de presse, des nombreuses désertions parmi les soldats du contingent ( de l’ordre de 20% des appelés) allant parfois jusqu’à la mutinerie.

De l’autre côté, le contraste est frappant avec la forte motivation des résistants rifains évoluant d’abord sur un terrain parfaitement maîtrisé tant au niveau des caprices du relief que de la localisation des points d’eau. Et surtout confortés par une large adhésion des tribus aux mouvements de résistance très vite rejoints par les forces supplétives enrôlées dans les « Regulares » qui faisaient faux bond à l’armée coloniale à la moindre occasion, amenant avec eux armes, munitions et savoir-faire.

En 1924, la disproportion entre les forces en présence est saisissante. D’une part une armée forte de plus de 150.000 hommes, dotée d’une forte puissance de feu sur Terre et par Mer et d’une couverture aérienne, aidée par les forces supplétives indigènes, certes peu fiables, sans compter l’appui de l’artillerie et l’aviation françaises sur le flanc Sud. Du côté adverse, 10.000 combattants dispersés sur trois fronts dont un face à l’armée française, se faufilant dans la nature à la faveur de l’évolution de la situation. Aux uns l’aviation, l’artillerie et pour la première fois dans un conflit armée des tanks si tôt mis hors de combat par la résistance. Aux autres la sobriété, la ruse, des armes légères, la très forte motivation faisant le reste.

La société rifaine

Tournant son projecteur vers le Sud, le livre dresse plus qu’une ébauche de l’histoire du Rif et décrit à grands traits la réalité historique de la société tribale rifaine au début du siècle dernier.

Pour mieux se situer dans le contexte historique de l’intervention coloniale au Maroc, l’auteur présente quelques caractéristiques de la société tribale rifaine qui reste encore largement méconnue. Elle estime que les théories sur la société berbère exposées par Robert Montagne dans son ouvrage « Les berbères et le Makhzen dans le sud du Maroc » paru en 1930, ne s’appliquent pas à la réalité des populations du Rif. Elle lui préfère les travaux de l’anthropologue américain Montgomery Hart et de l’ancien Contrôleur Civil dans le Rif Central Blanco Izaga, basés sur la théorie de la « segmentarité » qui offre l’avantage d’éclairer certains aspects fondamentaux en matière d’équilibre des pouvoirs dans les relations et les luttes intertribales. Même si elle reconnaît que ces thèses n’ont pas la faveur des spécialistes marocains, elle estime que « tant qu’il n’en existe pas d’autres plus convaincantes pour comprendre de manière plus rigoureuse le contexte sociopolitique rifain dans lequel s’est déroulé l’intervention coloniale espagnole, elles constituent à notre avis, un « bon support anthropologique » pour l’historien, nous les ferons donc nôtres ». (page 85)

Ainsi, selon Blanco Izaga, la société rifaine traditionnelle était structurée en plusieurs niveaux, avec de bas en haut :
le foyer ou la famille nucléaire (dadart)
la branche ascendante qui correspond à la famille au sens large (yaigou)
le « groupe familial » («tarfiqt») correspondant à la lignée patriarcale
la «jemaa» composée de plusieurs tarfiqin
la fraction ou association de «jemaa»s voisines
la tribu (taqbitsh) qui constitue le niveau supérieur de l’association des fractions.

Ces structures représente, à partir de la «jemaa» des entités territoriales. La «jemaa» se réfère à la notion de communauté locale bien déterminée, et constitue également l’assemblée ou la réunion des représentants de cette communauté à laquelle s’applique le droit coutumier.

Alors que la «jemaa» n’a pas de leader, le «tarfiqt» est coiffé par un «amghar» désigné selon un système de rotation parmi les chefs des différentes lignées.

« Dans une société comme la société rifaine, où les luttes intra-tribales et inter-tribales faisaient partie inhérente du système, les décisions prises au niveau collectif revêtaient une importance particulière quand elles avaient trait à la guerre. » (page 89) . Ces réunions entre adultes d’une fraction « habilités à défendre leurs opinions y compris par l’usage des armes » appelées « agraou » avaient toute autorité notamment pour déclarer la guerre.

« Les « leffs » ou systèmes d’alliances de fractions au niveau tribal ou intertribal qui constituent un élément fondamental de la société tribale rifaine, se forment dès que se rompent les normes de coexistence, ou que surgit le risque qu’un individu ou groupe n’affirme sa prépondérance menaçant ainsi l’équilibre de l’entité sociale en question. » L’équilibre pouvait être rétabli y compris par le recours à l’alliance avec des fractions de tribus voisines. Les leffs du Rif s’apparenteraient davantage à une série de cercles concentriques « entrelacés » structurant ainsi une « anarchie organisée ». Cette forme de « siba » que les Rifains désignaient par le terme « ripublik » comme étant « le gouvernement tribal basé sur les institutions politico sociales traditionnelles définies plus haut. »

La personnalité d’Abdelkrim

L’auteur s’arrête tout particulièrement sur la personnalité emblématique d’Abdelkrim, qui croyait encore, alors qu’il collaborait de 1907 à 1915 comme chroniqueur au « Telegrama del Rif » puis cadi à Mélilia, au « bénéfice de l’aide européenne et en particulier de l’Espagne, pour sortir le Maroc de son arriération en élevant le niveau économique et culturel du pays » (page 356) jusqu’à devenir le chef incontesté de la résistance armée rifaine.
En 1915, l’entrée en lice sur la scène internationale de la Turquie moderne a très vite suscité la sympathie de l’intelligentsia rifaine dont Abdelkrim et son père étaient d’éminents représentants.

La politique coloniale de la carotte (pension pour le père qu’il finit plus tard par refuser) et du bâton ( emprisonnement du fils en 1915), les exactions commises par la Police indigène et surtout la politique belliqueuse du Général Sylvestre finirent par convaincre Abdelkrim de l’inanité de la thèse d’une entente amiable dans le cadre d’un Protectorat respectant la personnalité rifaine et puisant sa justification dans la « mise à niveau » du pays.

Le livre fourmille de détails sur les différentes batailles livrées par les partisans à Abarran, avec la défection de la harka auxiliaire recrutée parmi les Temsaman qui vint grossir les rangs de la résistance, puis Igueriben, Anoual, Jbel Aroui. Ouvrant de nouveaux fronts à l’Ouest dans les Jebalas et les Ghomaras en direction de Chaouen, les positions de défense tombent les unes après les autres.

Sur la prise de Bni Rzin, le livre reproduit un témoignage de premier plan avec la publication du fac-similé d’une lettre manuscrite adressée par Abdelkrim à son compagnon d’armes Azerkane, provenant des archives du ministère français des affaires étrangères. Cette lettre non datée, écrite de sa main en espagnol, langue qu’il semble maîtriser parfaitement, et qui porte sa signature, a sans doute été rédigée vers le 20 octobre 1921 alors qu’il se trouvait à Bni Rzin dans le pays des Ghomaras.

Maria Rosa de Madariaga relève à juste titre qu’Abdelkrim y utilise le terme « moros » pour désigner les Marocains, ce terme ne semblant pas avoir à l’époque ou du moins chez Abdelkrim, la connotation péjorative qu’il a acquise par la suite.

Voici la traduction du contenu de cette lettre (pages 378 et 379) :

« Bni Rzin,

Mon cher Azerkan : Nous nous portons très bien et nous nous préparons pour une nouvelle attaque plus importante que la précédente.

Tu sais certainement ce que l’ennemi a subi au cours de la grande bataille qui s’est déroulée ici, puisqu’il a abandonné sur le terrain un grand nombre de vies humaines et de matériel de guerre. La position a profité d’un moment d’inattention de la Harka pour recevoir un convoi de vivres après six jours de faim et de soif. Un avion a bien tenté de lui jeter, durant ces journées noires, quelques sacs de glace et de pains, mais ils sont tombés en dehors de la position.

Finalement, l’ennemi fut mis hors de combat et vaincu, laissant un grand nombre de cadavres entre les mains des moros ainsi que de nombreux fusils, des munitions, des obus de canon et deux tentes de campagne. Toute la zone a basculé. Tout ce que je te dis-là est véridique, car, comme tu le sais, je n’aime pas l’exagération.

Ecris-moi et si tu peux te joindre à nous pour quelques jours, ce serait encore mieux.

Ton ami qui t’apprécie.

Signé : M. Abdelkrim »

Nous reviendrons dans un prochain article sur le contenu particulièrement riche et dense de cet ouvrage qui démonte la mécanique mise en œuvre par le « parti de la guerre » qui s’est servi à deux reprises du tremplin des guerres du Maroc pour soumettre l’Espagne à la dictature militaire dont la dernière fut si longue et si meurtrière pour les peuples d’Espagne.

Écrit par : Rachid Z | 04 novembre 2010

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Guerre du RIF : 1ère utilisation des armes chimiques il y a presque un siècle...

Par M.G. HAMMOUCHI

L'armée franquiste a eu le sal privilège d'avoir utilisé la première des armes de destruction massive contre les populations du nord du Maroc , plus particulièrement le RIF.

GAZ TOXIQUES CONTRE LE RIF :

De nombreuses études historiques établissent que l’armée coloniale espagnole a utilisé des armes chimiques durant la guerre du Rif ; un fait qui n’a pas été reconnu officiellement.

Entre 1921 et 1927, selon divers historiens espagnols, tels Maria Rosa De Madariaga, Angel Vinas et Juan Pando, et européens comme Sébastien Balfour et Jean Marc Delaunay, l’armée coloniale espagnole a bombardé systématiquement, avec des armes de destruction massive comme le phosgène, la chloropicrine et l’ypérite ou gaz moutarde, la population du Rif pour en finir avec la rébellion indépendantiste dirigée par Abdelkrim El Khatabi.

Le Rif est une région du Nord du Maroc de culture et de langue amazigh, rebelle et historiquement hostile à la présence espagnole de l’époque coloniale. Les autorités espagnoles d’alors ouvrirent deux fabriques d’armes chimiques en 1924, l’une près de Madrid et l’autre non loin de Melilla (enclave espagnole au Maroc), avec l’assistance d’experts allemands et français. Selon les historiens, l’Espagne parvint à produire 470 tonnes de gaz toxique et utilisa 530 avions de construction française, allemande et danoise, pilotés dans divers cas par des mercenaires européens et nord américains, pour bombarder le Rif.

En vertu du traité de Versailles de 1919, les alliés vainqueurs interdisaient à l’Allemagne vaincue la fabrication d’armes chimiques et le protocole de Genève de 1925 élargit cette interdiction à tous pays. Néanmoins et en dépit de ces normes, les historiens Maria Rosa De Madariaga et Carlos Lazaro Avila, dans une étude conjointe, établissent que l’Espagne a utilisé massivement des gaz toxiques durant la guerre du Rif et la France le fit en 1925 aux alentours de Fès, une cité située dans la zone sous son contrôle colonial.

DES BOMBARDEMENTS PASSES SOUS SILENCE :

Les bombardements espagnols furent passés sous silence, mais certains observateurs de l’aviation militaire comme Pedro Tonda Bueno, dans son autobiographie « La vida y yo », [La vie et moi], publiée en 1974, se réfère au lancement de gaz toxiques depuis des avions et le consécutif empoisonnement des champs rifains. En ce qui le concerne, Ignacio Hidalgo De Cisneros, dans son œuvre autobiographique « Cambio de rumbo » [Changement de cap], révèle comment il fut protagoniste de nombreux bombardements avec des gaz toxiques. Plusieurs années après , en 1990, deux journalistes et investigateurs étrangers, les allemands Rudibert Kunz et Rolf Dieter Müller, dans leur œuvre « Gaz toxique contre Abdelkrim : L’Allemagne, l’Espagne et la guerre du gaz dans le Maroc espagnol. (1921-1927) » apportent les preuves de ce qui était arrivé dans la région rebelle.

L’historien britannique Sebastien Balfour, de la London School of Economics, dans son livre « Abrazo Mortal » [Embrassade mortelle], (Editorial peninsula), confirme l’emploi massif d’armes chimiques dans les terres rifaines. Balfour, qui a étudié de nombreuses archives espagnoles, françaises et britanniques, soutient que la stratégie des militaires coloniaux espagnols se basait de prendre des zones très peuplées du Rif pour lancerndes bombes toxiques. Ainsi le confirme, par exemple, un officiel britannique, H. Pughe Lloyd, dans un courrier envoyé au Ministre de la guerre de son pays en 1926. L’Espagne, qui compta avec la collaboration active de la France durant la guerre contre les rebels – un conflit qui provoqua la mort de 20.000 soldats
espagnols – n’a jamais reconnu officiellement les faits. Les historiens franquistes turent l’affaire et les autorités marocaines n’ont pas démontré le moindre intérêt pour clarifier les faits...

CONSEQUENCES CATASTROPHIQUES.

L’utilisation d’armes chimiques a provoqué des conséquences catastrophiques pour la santé de la population rifaine, qui souffre d’infections et mutations génétiques qui provoquent des cancers, en sus des dysfonctionnements psychiques comme la dépression, l’angoisse et la panique.
Ainsi l’ont établi, dans leurs investigations des scientifiques étrangers et marocains comme le psychologue et criminologue Ahmed El Hamdaoui.

Le propre Institut Oncologique de Rabat étudie les raisons pour lesquelles le cancer est une cause de mortalité plus fréquente dans le Rif que dans le reste du Maroc. Certains experts considèrent que ce fait est une conséquence directe de l’utilisation des armes chimiques. C’est ainsi que l’affirme l’historien Sébastien Balfour.
Le chercheur et médecin de Tanger Abdelouahed Tedmouri explique à Colpisa qu’à partir d’une série d’études comparatives et « constatations cliniques » qu’il a mené, il est en condition d’affirmer que « la moitié des cancers qui se détectent au Maroc, 50% sont dans le Rif, et cela doit déjà être sujet de préoccupation ».
Tedmouri compare les indices de cette maladie dans le Rif avec d’autres régions méditerranéennes d’Europe comme l’Andalousie et le Sud de la France, qui ont un climat, une alimentation et un mode de vie fort semblables. Il arrive à la conclusion que « tandis que dans le cas espagnol ou français la différence avec les autres régions est minime, dans le cas du Rif elles est abyssale si elle se compare avec le reste du Maroc ».

Selon son jugement, « il y a des causes externes qui provoquent un plus grand indice de cancers dans le Rif et il s’agit des conséquences de la guerre chimique des années 20 ».

Les témoignages de rifains qui ont perdu des parents pour cause de cancer sont nombreux. Il y aussi El Omari, président de l’Association de défense des victimes des gaz toxiques dans le Rif, affirme que son père mourut du cancer à 45 ans, mais aussi son grand père et plusieurs de ses oncles.

« L’ESPAGNE DOIT RECONNAITRE PUBLIQUEMENT QU’ELLE A COMMIS UN CRIME CONTRE L’HUMANITE DANS LE RIF ».

Des mouvements sociaux amazighs du Rif et défenseurs des droits humains, ainsi que des chercheurs marocains et étrangers se sont mobilisés pour dénoncer « l’usage systématique » d’armes chimiques par l’armée coloniale espagnole durant la guerre coloniale. Ils demandent à l’Espagne qu’elle envisage des moyens de réparation morale et matérielle pour les préjudices causés à la population et envisagent même de saisir le propre roi Juan Carlos I pour atteindre leur objectif.

Des secteurs importants de la population rifaine croient que « l’Espagne doit faire un pas et reconnaître publiquement qu’elle a commis des crimes contre l’humanité dans le Rif », exprime à Colpisa le journaliste, anthropologue et activiste culturel rifain Rachid Raha.

« Nous ne demandons pas vengeance, mais face à la réconciliation et à la vérité historique, nous pensons que l’Espagne doit assumer ce qui s’est passé dans le Rif », précise le psychologue Ahmed El hamdaoui.

La stratégie que pensent suivre les collectifs sociaux, selon les explications du juriste et professeur universitaire de Melilla, Mimoun Charqi, est d’utiliser diverses voies légales pour obtenir réparation morale et matérielle : saisir les tribunaux espagnols et/ou français contre Madrid et Paris ainsi que les entreprises françaises (Schneider) et allemande (Stolzenberg) qui fabriquaient et vendaient les gaz toxiques, voire recourir à la Cour européenne des droits de l’homme qui est compétente « lorsque les voies de recours internes ont été épuisés et que le demandeur n’obtient pas réparation.

L’Espagne a commis un crime historique et a causé un préjudice à la population du Rif, et doit en répondre en assumant sa responsabilité politique et juridique. La meilleure façon de faire est à travers un partenariat véritable, en investissant économiquement dans le Rif et en menant une active collaboration en matière sanitaire, éducative et culturelle. C’est la meilleure façon de compenser le mal du colonialisme, signale Charqi.

Pour sa part, l’historienne Maria Rosa De Madariaga affirme : « L’Espagne a provoqué beaucoup de Guernica dans le Rif avec ses armes chimiques. Je ne m’identifie pas avec ces militaires qui bombardèrent le Rif, car ils étaient mes ennemis et après ils se sont soulevé contre les républicains.

Écrit par : Rachid Z | 04 novembre 2010

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Tant d’années après la fin de la grande guerre du Rif et quarante ans après le décès de son premier protagoniste, l’Histoire des guerres du Rif et du leader rifain continue de susciter l’intérêt et d’attiser les passions.

Le Rif, berceau de paysans fiers, ayant le sens de l’honneur et attachés à la dignité et la liberté s’est élevé contre les occupants espagnols et français. Au cœur de l’événement, une famille avec à sa tête celui qui allait devenir l’Emir du Rif, le précurseur de la guérilla, celui que l’Histoire allait retenir sous le nom d’Abdelkrim. Avec ce dernier ouvrage, fruit de plusieurs années de travail, l’auteur s’éloigne des livres de droit auxquels il nous avait habitué et revient à sa formation de base, en sciences politiques, pour nous livrer une lecture politique de l’Histoire revisitée de la révolution rifaine. Les révolutions ne sont pas toujours romanesques, pourtant dans celle-là le merveilleux se confond avec la vérité, la légende avec l’Histoire, le mythe avec la réalité au point que cette dernière dépasse le mythe. Abdelkrim fut-il un personnage de fiction ou bien réel ? De prime abord, le contexte et le décor sont plantés, dans ce rif du début du 20e siècle, ravagé par les sécheresses, pauvretés et autres fléaux. Siècle de la consécration des colonisations et des luttes d’indépendances, où les rifains sont pris en proie entre les Espagnoles et Bou Hmara. Comment se prépare et s’engage la pénétration étrangère ? Quels étaient les moyens des rifains ? leurs contraintes, leurs faiblesses et leurs atouts ? Comment un homme de droit, un intellectuel, un homme de paix allait-il se retrouver porté par le cours de l’Histoire en levant les armes contre deux puissances européennes modernes de l’époque ? Quelle fut sa vision pour la promotion et le développement du Rif ? Quel fut le secret des réussites et victoires Rifaines ? pouvait-il y avoir une autre issue à la révolution Rifaine ? pourquoi Abdelkrim ne s’est-il pas attaqué à Melilla, ni à Fès, qui étaient pourtant à sa portée ? Autant de questions et bien d’autres indispensables pour comprendre la révolution Rifaine. Ce livre préfacé par la fille de Mohamed Abdelkrim El Khattabi, Aïcha, conseillère à la récente fondation du même nom, est un premier tome, sur la question, qui devrait être complété par deux autres l’un sur « L’Emir et les instituions rifaines » et l’autre sur « l’Emir et l’exil ». Avant d’en arriver aux événements de Jebel El Qama, D’har Oubarane, Sidi Driss, Igheribene, Annoual, Jebel Aroui, Dar Kebdani et Selouane, etc., le livre se penche sur les résistants rifains, la question du pouvoir et des règles sociales dans le Rif de l’époque, la consistance des amitiés entre la famille Abdelkrim et certains Espagnols, la politique espagnole dans le Rif, puis comment et pourquoi se fait la rupture entre la famille Abdelkrim et les Espagnoles ? Abdelkrim avait un projet de société, des ambitions de paix, de progrès et de développement pour le Rif dans le cadre d’un partenariat avec les Espagnoles qui restaient sourds à ses appels. Livraison espagnole donna lieu au premier combat d’Abdelkrim et au fur et à mesure de la progression espagnole la résistance rifaine s’organisait, jusqu’à donner naissance à des méthodes de luttes inédites en l’occurrence la guérilla, qui servit d’exemple à d’autres : Che Guevara, Ho Chi Minh, Mao Tsé Toung... Comment les Rifains étaient-ils traités par les soldats espagnols et, inversement, comment les combattants rifains traitaient-ils les prisonniers ? Quelles étaient les injonctions de l’Emir rifain ? Qu’est ce que l’esprit du serment de Jebel El Qama ? Quel fut le secret de la réussite du projet d’Abdelkrim ? Abdelkrim triomphant souhaite engager des discussions et négociations pour la paix avec les Espagnols, mais en vain. A contrario, il dut faire face et réduire Raïssouli, qui ne veut pas se rallier à lui et préfère s’engager aux côtés des Espagnols dans le pays Jebala. Le combat s’étend également vers le Sud, dans la zone occupée par les Français. Abdelkrim n’était plus une simple et hypothétique menace pour l’autorité des Espagnols puis des Français, il était le danger et, au-delà, le symbole de et pour tous les peuples colonisés. C’est pourquoi, il fallait le neutraliser, quitte à employer tous les grands moyens y compris les armes chimiques prohibées par le droit international. Que pouvait faire le chef rifain face au surarmement de l’ennemi, aux avions et aux bombes chimiques qui du ciel semaient la mort et la désolation en s’abattant sans distinction sur les populations, les animaux, la végétation ? La sagesse de cet homme le conduit à négocier la paix et sa reddition à des conditions qui ne furent pas respectées par les Français. C’est ainsi qu’il se retrouva en résidence surveillée à l’île de la réunion avant de s’échapper et de s’exiler au Caire d’où il poursuivit le combat sous d’autres formes. Les enseignements à tirer de la pensée et de la conduite de Mohamed Abdelkrim El Khattabi sont immenses et encore d’actualité. Ce livre y contribue pour une partie. La lecture en est à la fois aisée, claire, agréable et utile. A quand la suite ? Avec impatience !
MOHAMED ABDELKRIM EL KHATTABI : L'EMIR GUERILLERO. De MIMOUN CHARQI. COLLECTION HISTOIRE ET LECTURES POLITIQUES. 2003, 196 pages. http://charqi.blog4ever.com

Écrit par : charqi | 16 novembre 2010

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