03 août 2010

Dans les coulisses de la fête du Trône

Dans les coulisses de la fête du Trône

«Représentant de Dieu sur terre, il est aussi l’ombre de Dieu sur terre»

 

La Vie-éco, le 02 août 2010

 

La fête du Trône se compose de deux événements : une cérémonie moderne et la bey'a, rituel d'allégeance vieux de plusieurs siècles. Sa forme actuelle a été instaurée par Ahmed Al Mansour Addahabi.

 

Qui sont les personnes qui prêtent allégeance au Roi ? Qui les choisit ? Comment se passe la cérémonie : tout est codifié.

 

Le cheval, le carrosse, le dais, les habits du Roi..., chaque détail porte une symbolique.

Les 30 et 31 juillet, le Maroc célèbre la Fête du Trône, la 11e sous le règne du Roi Mohammed VI. Cette tradition est ancestrale chez les dynasties marocaines et musulmanes. La monarchie perpétue un rite chargé de significations pour le pouvoir au Maroc. En deux jours, des cérémonies réuniront dans l’enceinte du Palais royal tout ce que compte le pays comme hauts fonctionnaires, membres du gouvernement, officiers militaires, notables, parlementaires…, pour renouveler le serment de fidélité au Souverain et sceller l’union de la nation. Au centre de ce cérémonial, Tajdid Al Bey’a est par excellence l’acte fondateur du système politique marocain.

 

Comme chaque année, en ce 31 juillet, le renouvellement d’allégeance se déroulera selon des procédures minutieusement arrêtées. Bien que la cérémonie officielle soit programmée à 17 heures, les personnalités qui prêteront serment de fidélité devant le Roi doivent impérativement se présenter le matin, à 8 heures, devant le siège de la wilaya qui abrite la cérémonie (Tétouan pour cette année). Elles viennent de toutes les régions du pays. Ce sont les walis et les gouverneurs qui établissent les listes des personnes qui représentent leurs régions. En général, elles comprennent tous les chefs des services extérieurs (délégués des ministères et des établissements publics), des parlementaires, des notables, des représentants de la société civile. Les représentants de chaque région s’arrangent pour faire le déplacement, soit de manière collective, soit individuellement. «Nous avons l’habitude de faire le voyage ensemble dans des autocars et c’est la wilaya qui se charge de la logistique», indique le délégué d’un ministère à Marrakech. L’essentiel est d’arriver à temps et surtout ne pas oublier l’habit obligatoire exigé pour la cérémonie : djellaba et chemise blanches, babouches jaunes, «chachia» (couvre-chef traditionnel) rouge et selham (burnous) blanc.

 

La bey'a, contrat entre la monarchie et le peuple, commence à 17 heures

 

C’est à partir de 11 heures que les délégations ont accès à la grande cour du Palais royal. Des boissons puis un déjeuner leur sont servis en attendant l’arrivée du Souverain. Des tribunes d’honneur sont aménagées à droite du lieu où le Roi fera son entrée. Elles sont réservées aux membres du gouvernement et aux hauts responsables de l’Etat civils et militaires, ainsi qu’aux représentants diplomatiques qui suivront la cérémonie debout. Ces derniers arrivent généralement un peu plus tard. «Une à deux heures avant le début officiel de la cérémonie», précise un ministre. Une chose est sûre en tout cas : avec le Roi Mohammed VI, le protocole est devenu plus «confortable» et la ponctualité scrupuleusement respectée. «Du temps du défunt Hassan II, il nous arrivait d’attendre parfois pendant plusieurs heures sous le soleil et on n’avait même pas de quoi se couvrir», se rappelle un notable. Il ajoute, cependant, que «ce moment de proximité avec le Roi, même très court, n’a pas de prix». Un tel sentiment est partagé par la majorité des personnes présentes à cette cérémonie. Assister à ce rite chargé de symboliques est très convoité par les notables et les hauts commis de l’Etat. «On fait tout pour y être présent, car c’est la preuve qu’on fait toujours partie du système», confie un ancien ministre.

 

C’est vers 17 heures que le monarque fait son apparition sur un pur-sang arabe, sous une grande ombrelle. Deux étalons précèdent le cortège royal et deux autres le suivent. Un carrosse fait partie aussi du défilé. C’est la principale innovation qui a touché ce cérémonial ancestral. Tout est minutieusement étudié et chargé de significations. Le Souverain est le seul à ne pas fouler le sol et à être protégé du soleil. «Représentant de Dieu sur terre, il est aussi l’ombre de Dieu sur terre», explique l’historien Noureddine Belhaddad de l’université Mohammed V

 

La suite : La Vie-éco

03:56 Écrit par Rachid Z dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

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La communion des chrétiens du Maroc, un témoignage pour le peuple musulman

ZENIT, le 30 juillet 2010

Homélie de l'archevêque de Rabat au pèlerinage des Sept Dormants (Côtes d'Armor) - samedi soir 24 Juillet 2010

Vous avez dû être étonnés de prier aujourd'hui avec les textes de Saint Abraham ; l'idée m'en est venue car ce pèlerinage des sept dormants n'est-il pas un lieu de rencontre entre chrétiens et musulmans, rencontre non seulement humaine, mais aussi spirituelle ; et au Maroc nous avons dans notre propre liturgique cette messe spéciale de Saint Abraham. Et puis en même temps d'ici quelques jours, nos frères musulmans vont commencer le Ramadan qui se terminera par l'immolation d'un mouton, comme Abraham, par chaque famille.

Ainsi c'est Jésus Christ qui nous rassemble, mais aussi Abraham car comme nous l'a rappelé Saint Paul «les vrais fils d'Abraham, ce sont les croyants» ; et à Abraham fut annoncé cette bonne nouvelle «en toi seront bénies toutes les nations»... «il n'y a plus ni juif, ni païen, il n'y a plus ni esclave ni homme libre...car tous vous ne faites plus qu'un dans le Christ Jésus». En entendant cela, rêvons-nous, ou bien recevons-nous l'invitation de participer à la création d'un monde nouveau !

En Jésus Christ, en Abraham, nous sommes invités à faire la communion, à nous rencontrer, à nous estimer, à nous connaître, à nous aimer chrétiens et musulmans ; n'est-ce pas ce que le Concile nous invitait à comprendre, et à vivre ?

C'est tout le sens de notre Eglise au Maroc qui se veut être une Eglise de la communion, une église de la rencontre, une Eglise de la gratuité.

Une Eglise de la communion, car sur une population de 38 Millions d'habitants, nous sommes 25 mille chrétiens, tous étrangers venant de 90 pays différents. Chrétiens venant d'Europe, d'Amérique, d'Asie, mais surtout d'Afrique subsaharienne, nous sommes invités à faire la communion autour de Jésus Christ et du Maroc. Nous ne sommes pas là pour reproduire les habitudes de tel ou tel pays, mais de par notre travail, nous sommes là pour être ensemble les témoins de l'Amour miséricordieux de Dieu pour tous les hommes ; c'est une responsabilité passionnante à vivre, car elle nous invite à être créatifs et à rentrer sur des chemins de conversion que nous n'avions pas prévu, et de nous enrichir de la différence des autres. Déjà dans un diocèse, en Europe, je suppose, il n'est pas facile tous les jours de vivre la communion, mais imaginez la dose d'imagination qu'il faut pour faire qu'un français, un polonais, un camerounais, un ivoirien, un palestinien, un américain ou un colombien et tant d'autres, ne veuillent rien imposer, mais accepte de reconnaître tout simplement cette richesse que nous avons à construire tous les jours dans cette catholicité de l'Eglise. Cette richesse ne peut venir que de Jésus Christ et du Maroc qui nous rassemblent pour prier. Et nous avons la chance, catholiques étrangers, d'avoir une liberté de culte. La cathédrale, toujours ouverte, est le centre de la ville de Rabat ! Cette communion de tous les chrétiens quelle que soient leur culture ou leur origine géographique est un témoignage pour ce peuple musulman qui nous accueille.

Une Eglise de la rencontre ; c'est l'un des points de conversion que nous avons à vivre, chrétiens arrivant dans ce pays. Car les chrétiens viennent au Maroc pour des raisons professionnelles ou des études universitaires et ne restent que quelques années. En ce laps de temps, ils ont à comprendre qu'ils sont en première ligne dans un dialogue islamo chrétien, non pas par de grandes conférences, mais par leur vie ; leur vie de travail, leur vie sociale, leur vie d'étudiants se fait presqu'exclusivement avec des musulmans. Il leur faut du temps pour arriver à comprendre que c'est par eux que des musulmans connaîtront des chrétiens ; c'est par eux que les musulmans découvriront que le christianisme n'est pas une séquelle du colonialisme... nous avons même des prêtres et des religieuses africaines. Il leur faut une grande conversion à ces chrétiens, car l'Islam tel qu'il est vécu en Europe ou tel qu'il est vécu au sud du Sahara, n'est pas la même réalité que l'Islam qui est vécu au Maroc, même s'il s'agit de la même religion !

Il leur faut du temps pour accueillir l'autre différent, mais si riche en tellement de domaines. Il nous faut un peu d'humilité, à nous qui sommes chrétiens, pour accepter de croire que notre religion donne tout un sens à notre vie, mais n'est pas le centre du monde. Et cette rencontre enrichit notre foi ; rappelez-vous que Charles de Foucauld a retrouvé le Jésus de son enfance en voyant prier des musulmans sur les routes du Maroc. Et c'est avec joie que j'ai reçu, durant le synode africain du mois d'octobre dernier cette réflexion d'un frère évêque subsaharien «Merci à l'Eglise au Maroc qui a transformé nos jeunes qui reviennent au pays humainement et spirituellement transformés et plus mûrs». Oui l'Eglise au Maroc a aidé ces étudiants à s'enrichir au contact de la religion de l'autre.

Une Eglise de la gratuité, en effet, nous sommes là comme des témoins aimants, manifestant l'amour de Dieu pour tous les hommes ; nous essayons d'être là comme Abraham, des croyants et des priants ; mais il est hors de question pour nous de convertir, de baptiser, de célébrer le sacrement de mariage, de faire de la catéchèse. Nous avons à redécouvrir l'essentiel de notre foi, l'amour gratuit de Dieu pour tous les hommes quelle que soit leur culture ou leur religion. Nous n'avons pas à remplir des registres de catholicité, mais cela ne nous empêche pas de vivre à fond notre foi en contemplant le Royaume de Dieu qui grandit chaque foi que l'amour est promu, chaque fois que des gestes de pardon, de solidarité, de paix, de vérité, de vie sont effectués. Cette gratuité la plus totale permet des amitiés inébranlables où chacun se respecte dans ce qu'il est. Dans un monde qui recherche l'efficacité à tout prix, même sur le plan spirituel, vivre la gratuité la plus totale n'est pas facile... mais le plus grand amour de Dieu pour tous les hommes, n'est-il pas gratuit ?

Nous ne perdons pas notre temps en vivant ainsi, mais nous retrouvons l'essentiel de notre foi, et nous rentrons dans le temps de Dieu que nous avons à ne pas confisquer pour une quelconque stratégie !

En ce temps de pèlerinage, auprès des sept dormants, en tant qu'évêque je voudrais rendre grâce à Dieu de mieux me faire comprendre que je ne suis pas évêque pour 25 mille chrétiens... mais je suis évêque de ces 38 Millions d'hommes et de femmes qui habitent ce Maroc.

En ce temps de pèlerinage, auprès des sept dormants, que chacun et chacune d'entre nous, nous prenions davantage conscience que tout musulman est mon frère, et que c'est avec lui que, comme nous y a invité le Synode pour l'Afrique, nous serons des acteurs de la paix, de la justice et de la réconciliation dans le monde ; non pas chacun de notre côté, mais ensemble !

AMEN

Écrit par : Rachid Z | 03 août 2010

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