12 octobre 2008

Le philosophe, le théologien et la religion

Le philosophe, le théologien et la religion

Par Philippe GAILLARD, Ouest France, le 12 octobre 2008

Hier, Régis Debray, l'agnostique, et Claude Geffré, le dominicain, ont échangé sur l'actualité du fait religieux. Une discussion de haute volée.

Si les messes et les prières ne remplissent plus les églises ou les mosquées, les débats sur les religions remplissent toujours les salles de conférences. Hier, celle de l'abbaye de Saint-Jacut-de-la-Mer était archi-comble. Un public de catholiques, en majorité des retraités, venu confronter sa croyance et se ressourcer à la pensée de deux grands intellectuels. À ma gauche, un philosophe et écrivain, un agnostique qui revendique son héritage culturel chrétien, Régis Debray, 66 ans. À ma droite, un dominicain et professeur de théologie, un croyant, spécialiste du dialogue entre les religions, Claude Geffré, 80 ans. À la tribune, les deux coauteurs d'un livre d'entretiens (1), se partagent la vedette. L'échange est très brillant, les concepts pointus, les mots précis, mais le tout reste accessible. Un bonheur pour l'esprit.

«Pourquoi vous, l'agnostique, vous passionnez-vous autant pour les religions et le fait religieux ?» demande Claude Geffré. «J'ai été élevé dans une culture catholique, mais j'ai perdu la foi à l'adolescence, répond Régis Debray. J'ai reçu une éducation supérieure rationaliste. J'ai connu le socialisme réel dans les pays communistes, poursuit l'ancien compagnon de route de Che Guevara dans les années soixante, devenu conseiller de François Mitterrand. Et je me suis toujours demandé pourquoi les religions durent alors que les systèmes économiques changent ou s'effondrent. J'en déduis qu'il n'y a pas de société sans transcendance. Ce n'est pas parce qu'on est athée qu'on n'a pas de valeurs sacrées. Et on peut faire vivre une sacralité non religieuse. Un homme qui agit est un homme qui a la foi. Foi en Dieu, mais aussi en la République, en l'avenir.» La discussion est lancée sur des bases très élevées, comme l'on dit au départ d'un record du monde 1 500 mètres.

«La quête du divin et du sacré est propre à l'homme, affirme Claude Geffré. Mais il est impossible de rêver d'une religion universelle. Car les religions en tant que systèmes s'excluent les unes des autres. Mais il existe des expériences communes qu'il faut partager pour entamer et poursuivre le dialogue.» Une question fuse. Que pense le théologien du récent discours de Benoît XVI sur la violence de l'Islam ? «Il existe un génie de l'Occident, au point de rencontre des traditions bibliques et de la raison critique, dont nous devons être fiers, répond Claude Geffré. Mais attention à ne pas introduire de hiérarchie entre les religions. Le christianisme est porteur d'un message universel qui doit pouvoir s'ouvrir, même si c'est difficile. On ne peut pas légitimer la violence au nom de Dieu, parce que Dieu est amour.»

Pour sa part, Régis Debray met en garde. «Oui, il faut dire non à l'intégrisme. Résister à ses excès, ce n'est pas mépriser l'Islam. Mais ne tombons pas dans le piège de l'ethnocentrisme occidental. Les Lumières sont aussi aveuglantes. Si pour les autres cultures, le christianisme doit se confondre avec la défense des intérêts politiques et militaires de l'Occident, nous faisons fausse route.»

(1) «Avec ou sans Dieu ?» 154 pages, 16, éditions Bayard

13:45 Écrit par Rachid Z dans Politique - Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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